‹ Vie de Louise d'Orléans reine des BelgesChapitre 24 sur 28 · MANDEMENT DE MONSEIGNEUR L'ÉVEQUE DE BRUGES · texte numérisé non relu

MANDEMENT DE MONSEIGNEUR L'ÉVEQUE DE BRUGES

Nos très-chers Frùres,

La mort vient de frapper à la fleur de son âge Louise-Marie-Thérèse-Charlolle- Isabelle d'Orléans, notre Reine bien-aimée. Ce fut le 11 de ce mois qu'un cri de douleur relenlil dans les niurs d'Oslende : Notre Reine n'est plus 1 et ce cri, porte avec la rapidité de l'éclair jusqu'aux extrémités du royaume, remplit tous les cœurs d'amertume et de regret. Dans nos campagnes comme dans nos villes on n'entend que pleurs; ou ne voit que deuil et tristesse; chacun mesure d'un regard elTrayé le vide immense que la perte de cette illustre et pieuse Reine creuse autour de nous !

Notre Souverain a perdu en elle une épouse chérie, nos princes une tendre mère, les grands un modèle, les faibles un appui, les malheureux une protectrice, la patrie une Reine vénérée, tout le monde l'objet de son admiration et de son amour !

En vain làcherions-nous, N. T. C. F., de célébrer sa mémoire sans répéter les éloges qui sont sur toutes les lèvres. Qui n'a dit, en parlant de notre bonne Reine, que les qualités les plus rares de l'esprit et du cœur relevaient en elle l'éclat de la naissance et la majesté du rang ? Jamais princesse ne porta sur le trône plus d'amour de la simplicité, uni à des vertus plus sublimes. Elevée dans les sentiments de la piété chrétienne par une mère sincèrement pieuse, elle aima sur le trône, tout ce que la religion lui commandait d'aimer, Dieu, son époux et ses enfants.

Modèle parfait de piété, elle ne croyait point satisfaire à la loi de Dieu en pratiquant sa foi à l'ombre de ses palais; mais bravant avec une noble franchise les critiques du monde et la tyrannie du respect humain, elle aima toujours à fréquenter nos églises et à y professer publiquement sa foi. Le peuple fidèle en se pressant autour des autels, nétail point étonné de voir la Reine sassocier à ses prières, participer à nos fêtes, approcher de la Table sainte, écouter la parole de Dieu. Le recueillement qu'on remarquait alors en elle édifiait, sans exciter de surprise, tous ceux qui en étaient témoins.

Grande leçon, N. T. CF., dans ce siècle d'indifférence et de tiédeur ! Leçon utile surtout pour ces âmes charnelles, qui cherchent dans les exigences du monde

ou dans les embarras d'une haute position, des prétextes pour ne point servir le Seigneur! Leçon utile encore pour ces âmes faibles et lâches qui se laissent dominer par le respect humain, et qui rougissent de se montrer partout et toujours enfants de Dieu, et héritiers du royaume des Cieux !

Après Dieu, la Reine était tout à son époux. Modèle parfait des épouses chrétiennes, elle étudiait ce qui pouvait plaire au Roi. La volonté de son époux était la règle et le mobile de sa conduite. Elle y sacrifiait au besoin et ses aises et son repos. Aux jours de fête, où ses devoirs religieux l'appelaient dans nos saints temples, elle venait de très- grand matin aux pieds des autels, afin de ne point déranger les heures du palais. Lorsqu'elle parcourait avec sa famille nos cités populeuses, pour y recueillir le témoignage public de l'affection de son peuple, elle ne consultait, dans ses fatigues, ni ses forces, ni ses goûts, mais les désirs du Roi. En un mot, toutes ses paroles comme tous ses actes révélaient son désir de rendre heureux celui auquel Dieu avait uni ses destinées.

Notre Reine ne partageait qu'avec ses enfants l'amour qu'elle avait voué à son époux. Elle fut vraiment le modèle des mères chrétiennes. La sollicitude qu'elle étendait à toute sa famille était de toutes les heures et de tous les instants. Lorsqu'elle ne pouvait garder ses enfants sous ses yeux, elle ne les confiait qu'à des mains sûres. Elle répandait elle-même dans leur esprit la lumière des vérités chrétiennes; elle leur inspirait, dès leur enfance, la piété la plus tendre, et les habituait à la pratique de la vertu. L'enseignement que leur donnait un vénérable ecclésiastique servait de base à ses leçons; elle leur inculquait à toute occasion, que sans la pratique de la religion, l'homme ne peut pas être heureux sur la terre, et qu'il peut bien moins encore y faire des heureux.

Ah! N. T. C. F., si une pensée tempère aujourd'hui la douleur qui nous accable, c'est le souvenir de ces pieuses leçons ; car les avis d'une bonne mère ne s'effacent jamais de la mémoire d'un bon fils ! — Et pourquoi vous le cacher ?.. . Oui, nous savons qu'en présence des restes inanimés de notre Reine, ces princes chéris, notre gloire et notre amour, ont juré d'être fidèles aux leçons de leur mère, et de se montrer toujours dignes d'elle !

Puisse cette âme sainte du haut des cieux appeler sur ces vœux les bénédictions du Seigneur pour le bonheur de la Belgique!... Notre patrie n'a rien a craindre de l'avenir si notre bonne Reine revit dans ses enfants'.

Un cœur si noble et si dévoué ne pouvait rester insensible aux souffrances des malheureux. Afin de procurer aux pauvres l'aumône spirituelle dont ilsoni le plusbesoin, noire Reine fonda des écoles gratuites qu'elle entretint à ses frais Les institutions charitables n'eurent jamais recours en vain à sa royale génèresite. Donner était pour elle un bonheur. Lorscjue les personnes chargées de lui soumettre des demandes qui afiluaicnl de toutes parts, manifestaient la crainte de l'importuner, elle excusait leur embarras et les engageait à produire les requêtes : Demandez, leur disait-elle, demandez sans cesse; ne craignez l)oinl de demander : je donnerai aussi longtemps que je pourrai! Admirable

expression de ia ohariié chrétienne qui, obligée de niellre des bornes à ses œuvre», n'eu met point à ses désirs!

De cette piété envers Dieu et de cette charité envers les pauvres naissaient dans notre Reine un grand sentiment de force qui la rendait supérieure aux malheurs de la vie, et un caractère qui la rendait aimable à tout le monde.

Son âme sensible et aimante avait acquis un tel empire sur elle-même, que rien au monde ne pouvait l'abattre. Semblable à son illustre mère, qui a su tracer dans sa conduite une image fidèle de la femme forte de l'Écriture, elle subit avec une résignation parfaite les épreuves auxquelles Dieu la soumit. La mort de la princesse Marie sa sœur, du duc d'Orléans son frère, de son propre fils, enfin de son père, la chute et l'exil de sa famille purent émouvoir, troubler, altérer son cœur, mais rien ne put l'abailre. Elle adora les jugements cachés de la divine Providence, sans plainte et sans murmures; elle en souffrit; sa santé plus faible que sa volonté en recul peut-être une cruelle atteinte; mais la sérénité de son esprit, le calme de son cœur n'en furent jamais altérés.

Celte force de caractère s'alliait dans noire Reine avec une grande douceur. Son langage était toujours celui de la bonté, du respect et de la reconnaissance. La fatigue des honneurs n'ôtait rien à l'aiïabilité de ses traits, ni à l'amabilité de ses discours. Toujours patiente, toujours dévouée, toujours préoccupée d'autrui, elle semblait en toute circonstance n'oublier qu'elle-même.

Une si belle vie devait finir par une mort plus belle encore. Dès que notre Reine eut compris, au langage dune amie, que la mort approchait, elle remercia celle amie dévouée avec effusion et à plusieurs reprises ; elle voulut voir aussitôt le directeur de sa conscience, et se préparer à recevoir les derniers Sacrements, Elle les reçut avec une piété angclique le jour nième, veille de sa mort, entourée de sa famille eploréc, et elle ne songea plus dès lors, qu'au grand voyage de l'élernité. Quelques heures avant sa mort elle fit ap|)eler le prêtre vénérable qui avait instruii jusqu'alors sesenfautsdans lesdevoirs de la piété, et. le remerciant avec un sentiment de vive reconnaissance, elle le conjura de leur accorder encore ses soins à l'avenir. « Je sens, dit-elle ensuite, que ma dernière heure approche, et je désire que vous priiez pour moi! » Le prêtre commença aussitôt à réciter en français les prières des agonisants, que la Reine récita avec lui.

Enfin, sentant ses forces l'abandonner, l'auguste malade fit un dernier effort pour saisir la main du Roi ; elle la baisa avec respect et peu d'instants après, elle rendit sa belle âme à Dieu.

Telle fut la vie, N. T. C. F., telle fut la mort de la Reine chérie que nous pleurons! Qu'un exemple aussi beau, aussi louchant de piété chrétienne ne soit point perdu pour nous, mais qu'il nous engage à servir Dieu avec plus de ferveur. Si nous voulons mourir comme notre bonne reine dans la paix du Seigneur, efforçons-nous de vivre comme elle, en pratiquant notre foi, en aimant notre prochain, en nous sanctifiant nous-mêmes.

En ce moment nous ne pouvons nous conlenler d'une admiration stérile. Après avoir donné un libre cours à notre tristesse, il convient que nous acquittions la dette de la reconnaissance. — Unissons donc nos vœux et nos prières l»our supplier le Seigneur de recevoir sans relard notre Reine bien-aimée dans ses tabernacles éternels ! Afin que ces prières répondent mieux aux sentiments qui les inspirent, nous avons arrêté les mesures suivantes :

1° Un service funèbre pour le repos de l'àme de S. M. la Reine sera célébré par nous dans notre cathédrale, le mardi 29 de ce mois, en présence des autorités invitées à cette solennité.

2° Dans toutes les paroisses de notre diocèse, hors la ville de Bruges, sera chantée à la même intention, au premier jour libre, une messe solennelle de Requiem. Les autorités y seront invitées,

3" Pendant un mois, tous ies prêtres ajouteront à la sainte messe la collecte pour la Reine défunte.

4" Nous engageons toutes les communautés religieuses de noire diocèse à faire célébrer une messe, ou à offrir une communion générale à la même intention.

Enfin, nous recommandons la famille royale aux prières du clergé et des fidèles, afin que le Seigneur, après l'avoir éprouvée, lui accorde l'abondance de ses bénédictions célestes.

Fait à Bruges, le 15 octobre iSoO.

t JEAN-BAPTISTE, evéque de Bruges.

Par mandement de Monseigneur l'Évêque, » P. J. Tangue, chari. -secret.

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