‹ Vie de Louise d'Orléans reine des BelgesChapitre 8 sur 28 · I-OnSE-MARIE-TnÉUfeSE-CUARLOTTE DORLÉANS · texte numérisé non relu

I-OnSE-MARIE-TnÉUfeSE-CUARLOTTE DORLÉANS

reine des Belges,

nce ù Palerme, le 8 avril 1812,

dvcé'lee à Oslende

le 11 octobre

Le 14, à sept heures du matin, une messe fut dite dans la chapelle ardente par Mgr. Malou, évoque de Bruges, assisté d*un vicaire-général et du curé d'Ostende. La foule stationnait aux environs du palais, beaucoup de dames en grand deuil occupant les fenêtres; les femmes du peuple avaient garni leurs bonnets de rubans noirs: la douleur était peinte sur tous les visages. A dix heures, MM. les ministres des travaux publics et de la guerre, le général Goblet, le général de Cruquenbourg, le lieutenant-colonel de Moerkerke, le lieutenant-colonel Van der Burch se rendirent au palais, pendant que les troupes et la garde civique stationnaient aux abords. A dix heures et demie, le cortège funèbre se mit en marche dans Tordre suivant :

Un bataillon du 7" de lisne, tambours voilés, fusils renvei ses — la société musicale d'Ostende, ses instruments et son drapeau recouverts d'insignes funèbres — la société Saint-Sébastien d'Ostende — les frères d'armes de l'Empire — les pé-

cheurs d'Ostende tenant de petits drapeaux de deuil — les députations de diverses sociétés de la province de la Flandre Occidentale — la garde civique ~ un bataillon du 7*" de ligne

— le clergé d'Ostende — Mgr. l'évcque de Bruges et ses assis tants, l'abbé Andries, vicaire général, et le doyen de Coninck — le duc Auguste de Saxe-Cobourg-Gotha portant Tuniforme d'officier- général au service de Prusse et le grand-cordon de l'ordre de Léopold — M. Van Hoorebeke, ministre des travaux publics, et M. le général Brialmont, ministre de la guerre — le baron de Vrière, gouverneur de la Flandre Occidentale — le lieutenant-général Goblet— le consul d'Angleterre — MM. de Moerkerke et Van der Burch — M. Serruys, bourgmestre d'Ostende — M. Van Iseghem, membre de la chambre des représentants— le colonel Rosolani , commandant de place à Ostende.

— Puis venaient la dame d'honneur et les dames du palais de la Reine. Les voitures de la cour et un bataillon du 7^ de ligne fermaient la marche.

Le cortège s'achemina lentement vers la gare du chemin de fer par la rue de la Comédie, la place d'Armes, la rue de la Chapelle, la rue Saint-Thomas, le pont du Bassin et le quai. Sur la Place d'armes on distribuait la circulaire suivante, en langue française et flamande :

Oslendais, pleurez!

Votre Reine bien-aimce n'est plus! Celle qui, pendant dix-huit ans, fut la douce compagne de votre Roi, celle qui fut la mère chérie de vos princes el de votre princesse, celle qui fut la consolatrice des malheureux, l'ange de votre pays, vous a quittés. Elle est morte parmi vous qu'elle aimait lanl ! Que son souvenir reste vivant parmi vous; qu'il soit le lien qui vous unit à votre Roi el à sa famille. Alors et toujours votre Reine, veillant sur vous du haut des cieux, sera véritablement l'ange de la Belgique.

A dix heures quarante-cinq minutes, la dépouille royale entrait dans la station au milieu de la foule silencieuse et recueillie. Les ingénieurs du chemin de fer étaient à leur poste, en

costume officiel, le cièpe au bras. Un couj) de canon donna alors le signal du départ.

A Bruges, la station était encombrée dès le matin par la population, la garde civique formant la haie. M. le baron de Pélichy Van Huerne, bourgmestre de Ï3ruges et membre du Sénat ; MM. Devaux, Sinave et Peers, représentants; le général Pletinckx, gouverneur militaire de la province; le conseil communal ; le général Borremans; M. Van den Bulcke, commissaire d'arrondissement, et les membres de la dépiitation permanente étaient présents. A l'arrivée du char funèbre, Mgr. l'évêque de Bruges, accompagné de son chapitre, procéda à l'absoute et entonna le de profundis dans la chapelle ardente*. Cette cérémonie si triste et si imposante à la fois émut tous les cœurs.

* Le dimanche 13, Mgr. lévcquc Je Bruges était arrivé h Osleiide pour dire la messe, le lendemain, dans la chapelle ardente. La famille royale »e rendit à celle messe, après laquelle le duc de Brabanl alla au-devanl du prélat et, le prenant par la main, il lui dit, les larmes aux yeux : « Monseigneur, je vous remer- » cie dos prières que vous venez de dire pour la Reine; nous nous montrerons » dignes de noire mère! » — a Mon prince, répondit le prélat, je ne pouvais re- » cueillir de votre bouche des paroles plus capables de loucher mon cœur. Si » vous n'oubliez jamais les leçons de votre illustre mère, vous ferez un bien in- » dicible à notre chère patrie ! »

Quehiues miiiutes après, Mgr. levèque fut introduit avec sa suite auprès delà reine Marie-Amélie. Dès qu'elle vil le prélat, elle leva les yeux au ciei et lui dit d'un ton pénétrant : « Ah! Mgr. l'évêque, que je vous suis reconnaissante des » prières que vous êtes venu dire pour mon Ange. Je recommande encore son )> àme à vos prières. Nous voyons ici combien la vie de Ihomme est fragile cl »> combien les choses terrestres sont vaines » — « Oui, Madame, répondit » Mgr. l'évêque, la triste circonstance qui m'a amené ici est un malheur affreux » pour le pays, et elle nous apprend que nous avons à attendre une meilleure » vie; mais au milieu de nos douleurs, nous avons la consolation de penser que » nos princes ont trouvé dans Votre Majesté une autre mère. » — « Quant à moi, » répondit la Reine, je suis trop avancée en âge ; je ne puis plus faire grand'chose » pour eux. Mais ils m'ont promis, sur le cercueil de leur mère, de suivre ses » leçons. » Et se tournant vers le duc de Brabanl : « N'est-ce pas? » lui dit-elle. — « Certainement! » répondit le prince d'un ion convaincu ei en versant des larmes.

Entre Bruges et Gand, sur la ligne du chemin de fer, les populations foraines accouraient pour renare un dernier hommage à leur Reine adorée. Les ouvriers occupés à la construction d'un pont pour le canal de Schipdonck interrompirent leurs travaux et vinrent tous s'agenouiller sur le passage du train royal. A la gare de la station de Gand, plus de neuf mille gardes civiques ou soldats et une immense population se trouvaient réunis. M. de Jaegher, gouverneur de la Flandre Orientale, plusieurs membres de la Chambre des représentants, M. de Kerkhove-Denterghem, bourgmestre de Gand, les échevins, la cour d'appel, les tribunaux et l'université étaient présents. Mgr. Delebecque, évéque de Gand, fit l'absoute assisté de Mgr. Malou, évcque de Bruges, et d'un grand nombre de chanoines. Ce dernier prélat s'arrêtant à Gand , Mgr. Delebecque accompagna le cercueil jusqu'à Malines, où S. E. Mgr. Sterckx, cardinal-archevêque, devait, à son tour, suivre le convoi funèbre jusqu'au château deLaeken. Quatre chanoines du chapitre de Saint-Bavon étaient en prières dans la chapelle.

Le clergé de Termonde assista l'évêque du diocèse dans la cérémonie religieuse qui fut célébrée pendant que le train royal traversait cette ville. La dépouille mortelle de la Reine fut reçue à la station par M. le baron de Terbecq , commissaire d'arrondissement, par le bourgmestre, les échevins, la garde civique et les troupes de la garnison.

Le convoi se trouvait à Malines vers trois heures. Tous les bâtiments du chemin de fer avaient arboré des drapeaux noirs à larmes d'argent. Dans l'enceinte de la station centrale s'étaient rendus M. Teichmann, gouverneur de la province d'Anvers, M. de Pauw, bourgmestre de Malines, et M. de Perceval, membre de la Chambre des représentants. Lorsque le convoi s'arrêta, S. E. le cardinal-archevêque, la mitre en tête et la crosse à la main, s'avança à la tête de son chapitre et des prêtres du séminaire. Le cardinal ofiicia, assisté de Mgr. l'évêque

de G and. Les versets du De Profundis étaient répéte's en chœur par tous les chanoines présents.

La garde civique , la garnison de Bruxelles et les flots d'une population accourue de tous les points du Brabant et du Hainaut attendaient le convoi funèbre depuis la Coupure du chemin de fer jusqu'au village de Laeken ; jamais les quatre légions de Bruxelles n'avaient offert des contingents plus nombreux, bien que le service fût volontaire ce jour-là ; tous les officiers et sous-officiers et un grand nombre de gardes portaient des crêpes au bras et au pommeau du sabre. Puis venaient les blessés de Septembre, les élèves de l'École militaire, la garde civique de Bruxelles et de la banlieue sous les ordres du général Petithan, le général-major Vanderlinden ayant le commandement des troupes de ligne.

Le corps diplomatique s'était réuni chez M. Quinette, ministre de France, pour se rendre ensuite à la Coupure; on remarquait aussi tous les ministres à portefeuille; M. Dumon-Dumortier, président du Sénat; M. Delfosse, vice-président de la Chambre des représentants, remplaçant M. Verhaegen, absent de Bruxelles; les bureaux des deux Chambres et un grand nombre de sénateurs et de représentants; beaucoup de magistrats appartenant à la cour de cassation , à la cour d'appel et aux divers tribunaux; toute la maison du Roi; M. le comte de Marnix, grand-maréchal du palais, et les aides de camp de S. M.; le lieutenant-général baron Prisse, commandant la division; beaucoup d'offîciers-généraux, les fonctionnaires supérieurs de toutes les administrations, les bourgmestres, échevins et membres des conseils communaux de Bruxelles et de beaucoup de communes voisines.

A trois heures un quart, deux voitures de la cour, drapées de noir et attelées de quatre chevaux, amenèrent de Laeken le Roi, le duc de Brabant et le comte de Flandre, le duc de Nemours, le prince de Joinville et le duc d'Aumale. A la vue du

Roi et des princes, 1 émotion fut extrême; les traces d'un abattement profond et de l'insomnie étaient gravées sur la figure du Roi; les princes français le suivaient, Tœil morne, la tête inclinée; le prince de Joinville, surtout, paraissait brisé par la douleur.

Et chacun s'attristait, en les voyant, au souvenir de l'exil qui les a frappés depuis le jour où quittant, l'un et l'autre, leurs commandements en Algérie, on entendit le duc d'Aumale dire aux olTiciers de l'armée d'Afrique, courtisans du malheur qui avaient eu le noble et trop rare courage d'accompagner le prince jusqu'au vaisseau qui le menait sur un sol étranger : « Messieurs, il faut partir; adieu, peut-être pour toujours! » Mais en quittant cette terre pour l'exil, ma dernière pensée '> est pour la France ; n'oubliez jamais vos devoirs envers elle ; )> servez-la bien cette France que Dieu fit si belle , et n'ayez '» qu'un seul cri : Vive la France! ' Le prince de Joinville était là, lui aussi; le prince de Joinville, l'honneur de la flotte, qui disait sur le port à un olTicier, avec les signes d'une émotion profonde : » Que vous êtes heureux, vous, Monsieur, à qui il '> est du moins permis de mourir pour la France. >

A quatre heures moins vingt minutes, le canon annonça que le convoi funèbre était en vue. Peu d'instants après, les précieuses dépouilles s'arrêtaient à la Coupure en face du Roi. Douze sous-ofTiciers choisis dans la garde civique et dans l'armée reçurent aussitôt le cercueil et le placèrent sur le char funèbre qui devait le transporter jusqu'à l'église de Laeken. Ce char, traîné par six chevaux entièrement caparaçonnés de drap noir, était orné d'une draperie de velours noir semé d'étoiles d'argent. Le cercueil , recouvert d'une immense poêle de même étoffe et traversé par une large croix d'argent, était surmonté de la couronne royale reposant sur un coussin de velours noir. Une seconde couronne était placée au sommet du char.

S. E. le cardinal-archevêque s'avança alors vers le Roi et lui

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adressa une courte allocution à laquelle S. M. ne put répondre qu'en s'inclinant avec un air d'ineffable tristesse ... des larmes coulaient de ses yeux.

Le cortège se mit en marche à quatre heures, des détachements de troupes précédant le clergé, les chanoines de la cathédrale de Malines, le cardinal-archevêque et le char funèbre. Les coins du poêle étaient tenus par M. Dumon-Dumortier, président du Sénat; M. Delfosse, vice-président de la Chambre des Représentants ; M. Tesch, ministre de la justice; M. le général Brialmont, ministre de la guerre, et M. le baron d'Hooghvorst, inspecteur-général de la garde civique.-

Derrière le char, marchaient le Roi, ayant à sa droite le duc de Brabant, à sa gauche le comte de Flandre; le duc de Nemours, le prince de Joinville, le duc d'Aumale et le prince de Saxe-Cobourg Gotha, arrivé d'Ostende par le convoi funèbre. Puis venaient les ministres, le corps diplomatique, les généraux, magistrats, fonctionnaires civils, et après eux la population pcle-mèle, mais sans bruit, sans tumulte, avec tristesse et recueillement.

La Reine avait voulu que ses cendres reposassent dans cette église de Laeken oiiellosctait si souvent agenouillée au pied des autels, et le Roi déférait à ce pieux désir. Une modeste églisede village allait recevoir la fille des rois, sans pompe, sans splendeur. Le Roi et les princes prirent place derrière le catafalque, du côté du chœur, pendant que les ministres, le corps diplomatique et la maison du Roi se groupaient autour du funèbre monument. Les douze sous officiers , chargés du précieux fardeau, le placèrent ensuite sur le catafalque, précédés de S. E. le cardinal-archevêque qui donna labsoule. Allant ensuite chercher le Roi dans le chœur, ce prélat l'accompagna processionncllement jusqu'à la porte de l'église où les voitures de la cour attendaient S. M. et les princes pour les conduire au château.

La foule alors s'écoula lentement au milieu d'un recueillement

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que rien ne troublait; seulement, le nom de la Reine se trouvait dans toutes les bouches; chacun disait ses regrets; toutes les familles que cette Reine adorée avait secourues étaient là. Vivants témoignages d'une charité discrète, éclairée, que rien ne lassait, elles pleuraient leur bienfaitrice.

Cependant l'église de Laeken s'ouvrit à la foule, et pendant que le gros de la population regagnait Bruxelles et les villes voisines , plusieurs milliers de personnes se pressaient aux portes de l'église et se trouvaient successivement admises devant le catafalque , autour duquel avaient pris place M. le général Chazal, aide decamp du Roi; M. de Sorlus, colonel d'étatmajor de la garde civique; M. Vangelder-Parys , lieutenantcolonel de la même arme ; M. Kennens, colonel de la gendarmerie , et M. Renard , colonel de l'état-major de l'armée , tous l'épée nue à la main.

Les chasseurs-éclaireurs de la garde civique , les chasseurs carabiniers de l'armée et l'artillerie de la garde civique furent successivement de service dans l'église. A minuit, la garde civique de Laeken releva l'artillerie de la garde civique bruxelloise. Vers 8 heures du soir, M. le général Chazal et le colonel Kennens avaient été relevés par un autre officier supérieur de la maison du Roi et par le colonel du 1" chasseurs.

Un prêtre priait devant le cercueil ; un autre à l'autel. Le matin, vers huit heures, on annonça que la reine Marie- Amélie et les princes allaient se rendre à l'église. Deux dames du palais en grand deuil et deux ofhciers-généraux aides de camp de service auprès du Roi avaient pris place près du maître-autel. M. Ranwet, colonel de la première légion de la garde civique bruxelloise, le colonel Renard, de l'état-major général de l'armée, et deux autres colonels de la garde civique et de l'armée étaient aux angles du catafalque. La garde civique de Molcnbeék Saint-Jean et une compagnie de la première légion de Bruxelles, occupaient l'entrée de l'église. Des artil-

leurs de la garde civique bruxelloise se trouvaient mêlés à la garde d'honneur placée près du cercueil.

Bientôt l'émotion gagna tous les cœurs... la veuve du roi Louis-Philippe, la princesse Clémentine, le prince de Joinville et leducd'Aumale franchissaient le seuil de l'église, sans suite, sans autre cortège que leur douleur. L'abbé Torfs, curé de Laeken, offrit l'eau bénite et conduisit la famille royale dans le chœur. En passant devant le cercueil, la reine, la princesse, sa fille, et ses deux fils s'agenouillèrent et se retirèrent, après la messe, au milieu des marques de respect de toute l'assistance.

Le Moniteur publiait en même temps un arrêté royal, rendu sur la proposition des ministres de la justice et de l'intérieur, et décrétant la construction d'une nouvelle église à Laeken à la mémoire de la reine des Belges *. Le Roi mit tout d'abord

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