EXTRAIT DU TESTAMENT U L DUC DOHLÉA.NS
copie le 1.3 mai ISiS. d'après une copie faite sur l'original trouve uus Tuileries dans le sac du château, le '1\ /Vrn>r 18iS.
Si le jlevoir sacré que je \ai» remplir doit èlre le dernier d'une carrière sans Priai, mais sans lache, je suis reriain que loule ma famille ne \frra dans I ex- [nessinn de mes derniers \œui (ju une manière de plus de lui témoigner laffeclion Cl la reconnaissance dnni je suis penoiré. en fotirnissanl à tous les miens, lorsque je ne serai plus au milieu deux, le moyen de réaliser (juelques-unes des pen-sees que j aurai emportée» avec mui. .Mais avant d'indiquer ces >œui que je ne consigne peut-être pas ici dans une forme légale, sachant qu'entre nous cette précaution est inutile, j'éprou>e ici le besoin de faire agréer ma respectueuse ie< onnaissance au Rrti. <|ui a toujours été si bon pour moi, à la Reine, à (]Ui je dois tant, et à ma tante, qui m'a toujours traité comme un fils.
Quoique je sois certain que ma famille, dont je connais l'union indissoluble, fera pour moi ce que j aurais fait en pareil cas pour chacun de ses membres ei se regardera comme asKoi ice intimement a louic mon aiïeclion pour mu iltère
Tant d'intrépidité dut fléchir devant une nécessité inexorable. Des rumeurs menaçantes se succédaient et se rapprochaient; toutes les espérances des amis de la dynastie se détachaient une à une. Des avis auxquels la princesse ne pouvait opposer que la résignation lui apprirent que c'en était fait. '< On connaissait déjà sa retraite aux Invalides... Déjà les hordes insurgées se préparaient à violer cet asile... (^.omment leur résister avec des piques, car on n'avait pas d'aulres armes?... Il n'y avait plus ni troupes, ni gouvernement, ni ministres... La régence était devenue impossible... Pour en prévenir l'établissement, des fanatiques ou dessicaires pouvaient aller jusqu'à l'assassinat... Il n'y avait plus de sûreté, ni pour les fils ni pour la mère; tous périssaient sans utilité pour la France. »
Voilà les paroles sinistres qui retentissaient autourde la princesse : elle résistait encore; alors on lui conseilla de se retirer secrètement dans une maison particulière, en laissant croire qu'elle était restée aux Invalides, afin d'assurer sa fuite, si l'hôiel était envahi, ou d'y rentrer dans l'hypothèse d'une réaction monarchique. M"'' la duchesse d'Orléans rejeta hautement ce dernier parti. Elle déclara qu'elle ne voulait pas de ce qu'elle appelait une supercherie, que surtout elle ne voulait pas exposer les Invalides sans partager leurs dangers. « Je reste tout à fait ou je m'en vais tout à fait » s'écria-t-elle avec une émotion généreuse peu éloignée d'une sorte d'indignation. Elle se décida enfin à se laisser conduire par ses amis dans la
Hélène, cependant j'ose croire qu'en recommandant de nouveau au Roi, à 1:; Reine, à mon frère Nemours, à ma la nie el à lous mes frères et sœurs, celle qui ma rendu si heureux, j'établirai encore un lien de plus entre elle et ma famille dont je me (latle qu'elle partagera en tous points les destinées.
J'ai la confiance que lors même que ses devoirs, vis-à-vis les enfants que je lui ai laissés, ne l'enchaîneraient plus au sort de ma famille, le souvenir de celui (jui l'a aimée plus que tout au monde l'associerait à toutes les chances diverses de notre avenir et de la cause que nous servons. Hélène connaît mes idées ardentes et absolues à cet égard et sait ce que j'aurais à souffrir de la savoir dans un autre camp que celui où sont mes sympnlhies, où furent mes devoirs. C'est celle confiance si pleinement justifiée jus(iu';\ présent par le noble caractère, losprit élevé et les facultés de devoùmenl d'Hélène, qui me font désirer qu'elle demeure sans conlesialion cnclusivcmenl chargée de l'cducation de nos enfants.
maison de l'un d'entre eux, située dans le voisinage, et sortit par une porte qui donne sur l'avenue de Tourville. M""' la duchesse d Orléans était restée aux Invalides depuis deux heures après-midi jusqu'à sept heures du soir. Elle passa toute la matinée du 25 dans sa retraite hospitalière; mais il fallut en repartir le lendemain.
L'esprit des campagnes paraissait inquiétant; la République était proclamée à Paris. A l'aide d'un peu d'argent ramassé à la hâte et d'un passeport à l'Etranger, la princesse et ses fils, accompagnés d'un ami, prirent le chemin de fer dans la soirée du 26 Cette nuitlà, ils couchèrent à Amiens; le lendemain, à Lille; puis, après avoir traversé la Belgique sans s'être livrée à la joie douloureuse d'aller embrasser à Bruxelles sa sœur chérie, sa meilleure, sa plus constante amie, W""' la duchesse d'Orléans passa la frontière et s'arrêta à Ems. Quelque temps après, elle se relira à Ei.senach, dans les Etats du grand-duc de Saxe-Weimar, son oncle. Elle y réside encore en ce moment, avec M"" la grande-duchesse douairière de Mecklembourg-Schwt^rin, sa belle-mère ou plutôt sa mère.
Alexis de S.mnt-Pimest.
âiQsi3iâ§ [iï)3?i\Qiî'3 m (Là ^mm-.
Il Que lui reilnil-il à demander au Ciel ou à
• devircr sur la (Tre? Ella voyait le Koi au » comble de» pruspùrilut liumeiues, aime den uot,
• eitimc de tous, pouvant tout ce qu'il veut et iiu
• voulant que ue qu''il doit, et par sa modération » au-dessus de sn gloire même Que devait-on
• voir après sa mort?., la surprise et refTiot ;
• puis les re^^rets et la douleur des peuples ; les > prières et les oucriliccs o'ruits pour elle, \e» » larme* di>s pauvret répandues, les lénioii;na^«!» '> rendus par la voix publique à sa vertu. »
^Fl LCIIIEK )
La tombe de Weybridge s'était à peine fermée sur le roi Louis-Philippe que déjà la mort inexorable s'apprêtait à ouvrir une tombe de plus pour cette noble famille d'Orléans que tant d'infortunes frappaient après tant de grandeurs. Depuis longtemps la reine des Belges était atteinte du mal qui devait l'emporter, jeune encore. Les douleurs morales, la perte de parents chéris, la révolution de Février, dispersant sa famille et la condamnant à l'exil, tout avait agi sur ce cœur si aimant, si dévoué, que tant de sollicitudes remplissaient. Les récentes douleurs deClaremont et de Saint-Léonard, ces touchants adieux à un père qu'elle ne devait plus revoir, attristèrent les derniers jours de la Reine. Lorsqu'elle revint d'Angleterre, le mal avait fait de rapides progrès; il prenait d'heure en heure un caractère plus aigu, plus alarmant; et les médecins voyaient bien qu'il ne leur restait plus qu'à disputer quelque temps encore la pauvre malade à une mort qui s'approchait à grands pas.
La présence subite au palais d'Ostende de la reine Marie- Amélie, de la duchesse d'Orléans, de la duchesse Clémentine
de Saxe-Cobourg, des princes, ses frères, dut dire clairement à la Reine que le mal avait de la gravité. Mais la mort ne l'effraya pas! Au milieu de ces tristesses du cœur auxquelles ne saurait échapper, lorsqu'il faut quitter la vie, l'épouse dévouée et fidèle, la mère qui ne doit plus revoir ses enfants, la reine Louise se montra chrétienne résignée ; elle fut douce envers la mort, comme elle l'avait été toute sa vie avec ceux qui l'entouraient, avec les grands de la terre comme avec les humbles qu'elle aimait tant à consoler.
A la nouvelle du danger qui menaçait la vie de la Reine, son beau-frère le duc de Saxe-Cobourg Gotha était accouru. Le duc de Nemours, le prince de Joinville et le duc d'Aumale ne quittaient plus le chevet de leur sœur bien-aimée. Bientôt aussi beaucoup de personnages de distinction, gardant leur attachement ou leur foi politique à la maison d'Orléans, arrivèrent à Ostende.
Le mal était sans remède; la reine Marie-Amélie se chargea de la douloureuse mission d'éclairer la Reine, sa fille, sur la gravité du péril, et l'auguste malade ne pensa plus dès lors qu'à remplir ses doubles devoirs de chrétienne et de mère. L'abbé Guelle * reçut sa confession ; le viatique et l'extrèmeonction lui furent administrés en présence du Roi et de toute la famille royale. Puis, la Reine appela ses enfants et les bénit! La duchesse d'Orléans, la duchesse Clémentine de Saxe-Cobourg, le duc de Nemours, le prince de Joinville, le duc d'Aumale et le duc Alexandre de Saxe-Cobourg reçurent successivement ses adieux, et on vit la pauvre malade chercher à les rassurer comme pour diminuer leur douleur et dire autour d'elle : « J'ai voulu être prête à partir... mais je ne • désespère pas... consolez-vous, je me sens encore de la vie!» Toute la nuit les larmes coulèrent autour du chevet de la
* Auinùiiiei de la roine Marie-Amclic.
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Reine, car l'agonie se déclarait et tout espoir s'évanouissait ! Vers quatre heures du matin, la Reine embrassa ses enfants pour la dernière fois, au milieu des prières des agonisants, et, faisant un dernier effort, elle demanda la main du Roi, la retint dans la sienne et la porta à ses lèvres... Puis, la mort voila ses yeux ! . .
Voici l'indication des personnes de distinction qui se trouvaient au palais d'Ostende au moment où la Reine expira : M™" la comtesse Henri de ]\lérode, sa dame d'honneur ; M™^ la comtesse Vilain XlIIl et M"" la comtesse Van der Straten, dames du palais; M. le lieutenant-colonel de Moerkerke, M. Conway, intendant de la liste civile, M. le comte de Briey; M. le duc de Montmorency; M. le comte Anatole de Montesquiou, chevalier dhonncur de la reine Marie-Amélie; M. le comte d'Houdetot, ancien aide-de-camp du roi Louis-Philippe; M. Cuvilier-Fleury, ancien précepteur du duc d'Aumale; M""^ la duchesse de Marmier; M""' la comtesse Mollien et M""' la comtesse d'Hulst, dames d'honneur de la reine Marie- Amélie; M'"*^ la marquise de Wyns de Peysac.
La nouvelle du péril que courait la vie de la Reine avait fait éclater dans la Belgique entière des témoignages de sympathie et de dévouement que peu de souveraines ont su inspirer. A Bruxelles, la foule se pressait dans la cathédrale pour obtenir du Ciel le rétablissement d'une santé sur laquelle reposait tant d'espérances. Le clergé et les fidèles s'étaient rendus dans l'antique basilique pour y célébrer une grand'messe solennelle en l'honneur du Saint-Sacrement des miracles. Là toute la population mêlée, confondue dans un même sentiment, n'ayant plus qu'un seul cœur, priait pour cette reine chérie. A Ostende, la reine Marie-Amélie et la princesse Clémentine, duchesse de Saxe-Cobourg Gotha, assistaient aux prières publiques; on célébra une neuvaine en l'honneur de la Sainte- Vierge, pour obtenir la gucrison de l'auguste malade. Le jour où le duc de
Brabant, le comte de Flandre et la princesse Charlotte accompagnèrent pour la première fois la reine ï\Iarie-Amélie à l'église paroissiale d'Ostende, le curé vint au-devant de la famille royale et s'exprima en ces termes : <( Madame, je m'es- » time heureux d'avoir l'honneur de recevoir V. M. dans )» ce lieu sacré. Plût à Dieu que ce fût dans une circoni> stance plus propice! Entrez dans le temple divin et que » Dieu soit votre force, votre secours, dans les amertumes » qui vous ont assaillie. Madame, toute la Belgique prie sans » relâche pour obtenir du Ciel le rétablissement de notre Reine » chérie, dont la vie et la santé sont si précieuses, si nécessai- » res à la patrie, à la famille royale et à la religion. » La reine Marie-Amélie répondit : « Monsieur le curé, je vous remercie '> dessentiments quevous venez d'exprimer. Je suis convaincue » que la prière est le seul moyen de sauver mon enfant. Je rei> commande ma fille, Monsieur le curé, à vos prières et à celles » de vos paroissiens. » Et après la messe, lorsque le curé reconduisit l'auguste veuve du roi Louis-Philippe, elle répéta : «t Je vous en prie, Monsieur le curé, priez beaucoup pour mon » enfant! »
La prière et les larmes ne désarmèrent pas les rigueurs de la mort. La reine Louise expira, tenant la main du roi Léopoid sur ses lèvres, ses enfants agenouillés auprès d'elle, ayant à son chevet la Reine, sa mère, et à ses côtés ses frères bienaimés, ces nobles princes aujourd'hui sans patrie, que l'ingratitude, l'exil et le deuil ont frappés à la fois et qui, malgré leur infortune, bénissent toujours la France.
« La perte est grande pour la Belgique; — écrivait M. Cuvi- » lier-Fleury au Journal des Débats — pour les princes de la » famille royale, elle est plus grande encore. La reine des » Belges, autrefois le conseil et le conseil toujours écouté de » leur haute fortune, était devenue l'ange de leur exil, la provi- • dencc de leur adversité. Elle était, après le roi Louis-
Philippe et après la reine Marie-Amélie, un des liens les plus puissants de ce bon accord qui est la force des familles comme des empires. Pourquoi déguiser l'étendue de cette perte, si grande qu'elle soit? La reconnaître et la constater, c'est le plus noble hommage qui puisse être rendu à la mémoire de cette Reine qui fut douce, simple et modeste et dont la mort, pourtant, fait un si grand vide non-seulement dans les affections, mais dans tous les intérêts supérieurs, dans toutes les préoccupations sérieuses de sa famille. »
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• )ilaiirh<-ur, symixiln di; son innocence et da la >i cnnrteur do «ton finio, n'u fuit, imiir ninsi parler, > que pastrr aii-Hi-ilan«, où niiii<i la voyons
• n-liiiu»>ce diiiio iuinièi<- iliviin-. »
vCoSiVKT.)
La reine des Belges avait rendu le dernier soupir, le vendredi 1 1 octobre, à huit heures du matin. L'adliction du Roi <itait sans égale; les sanglots des jeunes princes et de la princesse Charlotte déchiraient l'Ame des assistants. Seule supérieure à sa douleur, la reine Marie-Amélie trouvait la force de parler de résignation ! Il fallut arracher les enfants du Roi à celle scène déchirante.
Pendant ce temps, on préparait une chambre ardente pour y déposer la dépouille mortelle de cette Reine objet de tant de regrets. Le curé de Téglise paroissiale, M"*^ la comtesse de Mérode, dame d'honneur, M"'^ la comtesse Vilain XIIII, dame du palais, et M""^ la comtesse d'Hulst, dame d'honneur de la reine Marie- Amélie, passèrent la nuit en prières auprès de ces restes précieux.
Le 12, à neuf heures du matin, toute la famille royale se trouvait réunie dans la chapelle. La messe fut dite par le curé d'Ostcnde. Le Roi, le duc de Brabant, le comte de Flandre et la princesse Charlotte, la reine Marie-Amélie, la duchesse
d'Orléans, la princesse Clémentine, le prince de Joinville et le duc d'Aumale y assistaient. M. le duc de Nemours n'avait pu se rendre à cette cérémonie funèbre. Lorsque, la veille de la mort de la Reine, à quatre heures du matin, on l'avait prévenu que l'agonie de sa sœur bien-aimée allait se déclarer, il s'était dirigé vers la résidence royale au milieu des épaisses ténèbres de la nuit ; son genou avait heurté un perron en saiUie et occasionné une chute violente suivie d'une contusion douloureuse au genou. Le prince était tenu de garder le lit.
Derrière la famille royale on remarquait M. d'HoCfschmidt, ministre des affaires étrangères. M. Frôre-Orban, ministre des finances, M. Tesch, ministre de la justice; M. le duc de Montmorency et le comte de Montesquieu, chevalier d'honneur de la reine Marie-Amélie; les lieutenants-généraux comte Goblet d'Alviclla et baron Prisse; le lieutenant-colonel de Mocrkerke: M. Cuvilier-Fleury, ancien précepteur du duc d'Aumale, le baron Fain, ancien chef du cabinet du roi Louis-Philippe; le baron de Crassier, secrétaire-général du ministère de la justice; M. Conway, intendant de la liste civile du loi Léopold; les docteurs Janssens, Carswell etGucncau de Mussy, le docteur Kocpl, chirurgien du roi Léopold, chargé de procéder à l'embaumement.
M"V' la comtesse Henri de Mérode, M""^ la comtesse Van der Straten-Ponthoz et M""" la comtesse d'Hulst étaient placées derrière les princesses.
La chapelle ardente avait été dressée dans un salon voisin de la chambre oii la Reine venait de rendre le dernier soupir. Le chillVe royal s'y dessinait en broderies d'argent sur des draperies noires. L'autel était aussi voilé de noir; des cierges de cire jaune brûlaient autour du lit de parade sur lequel les restes de l'auguste défunte se trouvaient déposés.
La Reine était là, habillée comme dans les derniers jours qui avaient précédé sa mort, la physionomie pleine de douceur
et de sérénité; ses yeux avaient encore de la vie, et ses niains jointes offraient l'attitude de la prière.
M. Rogier, ministre de l'intérieur, M. Van Praet, ministre de la maison du Roi, et le comte de Marnix, grand-maréchal du palais, furent reçus par le roi après la messe funèbre. Pendant ce temps, la reine Marie-Amélie et la princesse Clémentine allaient \o\r a riiôtel Fontaine le duc de Nemours, toujours alité. L'extrême pâleur de la princesse Clémentine fut fort remarquée; bien des pleurs avaient coulé sur son visage. Le prince de Joinville les accompagnait; la douleur semblait l'avoir vieilli de dix ans en quelques jours.
L'embaumement du corps de la Reine fut terminé le 12 au soir. Les dispositions à prendre pour le cercueil avaient été confiées par le Roi à M. Léon Suys. Le corps était déposé dans une boite tapissée de satin blanc à l'intérieur, recouverte de salin noir au dehors. Un second cercueil de plomb recouvrait le premier ; le tout fut placé dans un entourage d'acajou à fermoirs et écussons d'argent
Dans la matinée du 13, des messes furent dites dans la chapelle ardente par Tabbé Guelle, aumônier de la reine Marie- Amélie. Pendant ce temps, le Roi et M'"" la duchesse d'Orléans assistaient au service religieux dans la chapelle anglicane où leur douleur s'était montrée telle qu'ils pleurèrent tous deux, au milieu de l'assistance émue, l'un la compagne de dix-huit années de sa vie, l'autre une sœur dévouée. Le révérend Robert Inkes, ministre de l'église anglicane à Oslende et chapelain du Roi, avait pris pour texte de son sermon le bonheur des justes. La duchesse d'Orléans repartit pour Londres le soir à huit heures, après avoir rendu visite au duc de Nemours et fait sesadieux à la reine Marie-Amélie. Le princedeJoinvilleet le duc d'Aumale l'accompagnèrent jusqu'au bateau à vapeur.
Ostende voyait arriver dans ses murs un grand nombre de voyageurs venus de Bruxelles, Bruges, Gand ou d'autres
points de la Belgique. Le convoi de quatre heures du soir amena M. Van tloorebeke, ministre des travaux publics, legénéral Brial mont, ministre de la guerre, le général de Gruquenbourg, aide de camp du Roi. Le public ne put être admis dans la chapelle ardente oia M. l'abbé Guelle, M. de Goninck, doyen de Sainte- Gudule de Bruxelles, et le curé d'Ostende se relevaient à l'autel pendant que M'"" la comtesse Henri de Mérode, M""" la comtesse Vilain XI 111, M"'*^ la baronne d'Hooghvorst, M"'^ la comtesse Van der Straten et M'"^ la baronne d'Overscbie de Neeryssche priaient tour à tour auprès des restes de la reine Louise.
Pendant que tant de douleurs et de regrets éclataient à Ostende, l'aspect de Bruxelles respirait une morne tristesse. Les magasins restaient fermés. Les habitants prenaient le deuil : les officiers de la garde civique et de l'armée avaient le crêpe au bras; à l'Hôtel de ville, aux galeries Saint-Hubert, aux hôtels des ministères et à tous les édifices publics flottaient d'immenses oriflammes voilées de crêpes funèbres et semées de larmes d'argent. Plusdedivertissements, plus de fêtes de famille; tous les théâtres fermés; la Bourse suspendant ses opérations; la douleur publique et le glas funèbre des cloches leur avaient succédé.
Dans la matinée du 14, un convoi spécial quittait Oslende pour conduire à Laeken le Roi, ses enfants, la reine Marie- Amélie, la princesse Glémentine, les princes français et le duc de Saxe-Gobourg Gotha. Dans un compartiment du train royal, on avait disposé une voiture pour le duc de Nemours, toujours souffrant. Le convoi arriva à midi à la coupure du chemin de fer; là des voitures de la cour, tendues de noir, reçurent les augustes voyageurs.
Le convoi funèbre qui devait transporter à Laeken la dépouille mortelle de la Reine se composait de deux diligences, de deux chars à-bancs, drapés de noir, et du catafalque dans lequel se trouvait le cercueil. Le chilTre de la Reine et le lion belge
se dessinaient sur les tentures funèbres avec cette inscription : Obiit 11 octobris 1850. Une chapelle ardente était dressée dans l'intérieur du wagon du centre, Taulel tendu de noir, les cierges allumés et quatre prêtres en prières. Sur les ailes du catafalque, on voyait des génies et des lions argentés, la couronne royale reposant au soniniet sur un coussin de velours et recouverte d'un voile funèbre. Au départ d'Ostende, la locomotive Geneviève de Brabanl dcwedi servir de remorqueur. Une inscription placée sur le cercueil portait ce qui suit :