‹ Vie de M. de CoursonChapitre 124 sur 336 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Indes et au Japon quand il s'agit de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes. Quelques talents sont enfouis , quelques avantages particuliers sont méconnus, mais à mes yeux ce sont là des choses d'un ordre très secondaire. »

« Il aimait beaucoup les prêtres et les séminaristes, ajoute l'ancien vicaire de Vallet, à qui nous sommes redevables de ces souvenirs ; son cœur saignait quand il devait sévir contre quelqu'un ; cependant il ne balançait pas, même à l'égard de ses meilleurs amis, et il désapprouvait fortement ceux qui n'avaient pas la force de contrister les âmes, quand cette tristesse devait être salutaire. Leur mollesse dans la direction, disait-il, nous donne des vertus de trois mois. »

M^^' de Guérines savait utiliser ces généreuses dispositions , et il recourait souvent à la douce et puissante influence que le saint prêtre exerçait sur le clergé, ainsi qu'au rare talent que Dieu lui avait donné pour manier les esprits. Lorsque dans le conseil on prenait quelque détermination capable, malgré son opportunité, de froisser ou du moins de contrister ceux qu'elle intéressait, le bon évêque priait ordinairement M. de Courson de joindre à l'annonce officielle une lettre de sa main qui adoucirait le coup ou ferait généreusement accepter la mesure. Chose assez remarquable , de semblables commissions ne compromirent jamais l'influence de M. de Courson, elles ne refroidirent même pas l'atïection qu'on avait pour lui, tant il savait y mettre de tact, de prudence et surtout de cordialité. On sentait , malgré la noble franchise avec laquelle il disait la vérité, que c'était

un ami, un père qui parlait, et l'on prenait tout en bonne part. « Il avait reçu du Ciel , dit un de ses anciens disciples, l'esprit de prudence et de sagesse dans un très haut degré , et dans ses relations avec les prêtres il savait faire oublier l'homme qui parlait, pour ne laisser apercevoir que Dieu dont il était l'organe. Tous nos cœurs étaient à lui : notre confiance n'avait pas de bornes. »

Que si, par la franchise de sa parole, le bon supérieur fit parfois quelque blessure, son humilité profonde eut bientôt réparé le mal. « Un jour, dit l'auteur de la notice, le supérieur d'un collège ecclésiastique étant venu consulter M. de Gourson sur une mesure dont plusieurs s'étaient plaints avec raison , ce prêtre fut blâmé avec quelque sévérité par son excellent ami. Étonné de ce langage dans la bouche d'un homme d'une douceur si inaltérable, le supérieur se laissa aller à un léger mouvement de vivacité et il demanda à M. de Gourson s'il voudrait, lui, être traité de la sorte par son supérieur. A ces mots, M. de Gourson se jeta aux pieds de son ami, et, les yeux remplis de larmes, il lui demanda humblement pardon et le supplia d'oublier une sévérité à laquelle il n'avait eu recours qu'en faisant violence à son cœur. « Mon devoir, lui dit-il, étail de vous adresser ce repro- « che ; quelque pénible qu'il fût, je l'ai rempli; mais si « j'a manqué dans la 7nanière, si le Ion que j'ai em- (( ployé, si les expressions dont je me suis servi ne sont « pas conformes à la charité', pardonnez-le-moi. » Ges paroles rappelèrent le supérieur à lui-même ; il reconnut le double tort dont il s'était rendu coupable ; et plus tard il répétait souvent à ses confrères qu'il

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