‹ Vie de M. de CoursonChapitre 125 sur 336 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

ne s'exposerait plus à se faire demander pardon par un ami si dévoué et un père si tendre '. »

C'était toujours dans les pensées de la foi que M. de Courson puisait les motifs d'obéissance qu'il proposait à ceux qui se trouvaient contrariés par un changement de poste ; mais il savait les présenter avec une bonté si cordiale que difficilement on aurait pu lui résister. Il écrivit à un curé que son évêque tirait d'une paroisse, où il avait bien réussi, pour l'envoyer dans une autre fort difficile: « Mon bon ami, ce que j'avais prévu est arrivé. Monseigneur, dans son désir de faire droit aux raisons que vous lui avez présentées, a vainement cherché une autre combinaison qui fût dans l'intérêt du plus grand bien. Sachez -lui gré des efforts qu'il a faits pour cela et voyez dans ce qu'il va vous dire un ordre de la Providence. Oui , songez que là où un bon et saint évêque se contente d'exprimer un désir, souvent la Providence ordonne. Ayez confiance dans le secours de Dieu, ce secours ne peut manquer à un prêtre obéissant. La circonstance dans laquelle vous vous trouvez est pénible, c'est la première fois depuis que vous êtes prêtre que Dieu vous met à une épreuve rigoureuse. Soyez courageux et généreux dans ce sacrifice. Vous vous êtes livré à l'Église corps et ame, et vous sentez ce que doit être, ce qu'est un prêtre. J'ai bien prié, je prie encore pour vous de tout mon cœur : vous savez ce qu'a été, ce qu'est encore ce cœur à votre endroit. Je vous fais de la peine en appuyant les désirs de Monseigneur, je vous assure qu'il m'en

i Notice, p. 6.

coûte pour cela , mais il faut à tout prix défendre la cause de Dieu. »

Tel était M. de Courson pour le clergé de Nantes. Tous ceux qui, après sa mort, ont transmis leurs souvenirs, s'accordent à le montrer comme le guide et le confident de la plupart des ecclésiastiques du diocèse. Personne à Nantes n'était plus visité et plus consulté que lui. Pour favoriser ces amicales relations dont il comprenait l'utilité, il avait, dès le temps qu'il était grand vicaire titulaire, pris l'habitude de recevoir indistinctement à sa table tous les membres du clergé « et, dit M. l'abbé Cahour, à qui nous devons ce détail , il conserva cette fraternelle coutume à la maison de philosophie , qui devint pour eux une maison véritablement hospitalière. Là ils pouvaient communiquer plus aisément et plus longuement avec lui, lui faire part de leurs embarras, de leurs entreprises. C'était toujours avec le cœur autant qu'avec l'intelligence qu'il traitait leurs affaires ^ »

Il serait impossible de faire connaître combien de prêtres trouvèrent dans ces entretiens avec le bon supérieur les lumières, les encouragements et la consolation dont ils avaient besoin. « Pour moi, dit un respectable aumônier, plus je le voyais, et mes relations avec lui étaient bien fréquentes, plus je l'admirais, plus je l'aimais, plus je me sentais de courage pour travailler à devenir un saint prêtre. Oh ! que de fois succombant sous le poids du découragement , à la vue de l'inutilité de mes efforts, un mot, un regard de ce bon ami me relevait et me donnait une

1 Biographie, p. 15.

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