‹ Vie de M. de CoursonChapitre 145 sur 336 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

blissements. Toutefois, grâce à son zèle, à ses démarches, à ses encouragements et à des sacrifices pécuniaires qu'il s'imposa, le nombre s'en accrut encore, et ceux qui existaient devinrent plus florissants. Rien ne lui coûtait quand il s'agissait d'une œuvre si excellente et si chère à son cœur.

Dans ce pays, où la foi conserve tout son empire, les vocations ecclésiastiques ne sont pas rares; la plupart des familles consentent volontiers à ce que leurs enfants choisissent cet état. La seule, ou du moins la principale difficulté qu'y rencontre le recrutement du clergé, ce sont les frais d'éducation dont les parents , dans bien des cas , ne peuvent pas se charger. M. de Gourson ne négligeait rien pour lever cet obstacle. Lorsqu'il priait MM. les curés des paroisses de choisir parmi les enfants du catéchisme ou des écoles ceux qui, appartenant à des familles bien chrétiennes , annonçaient des dispositions pour l'état ecclésiastique , il leur disait avec simplicité qu'il comptait sur eux pour le payement de la pension, si les parents ne pouvaient y suffire. C'était pour lui un grand sujet de consolation de voir la générosité avec laquelle plusieurs entraient dans ses vues et procuraient ainsi à l'Église de bons et fidèles ministres. « Je vous remercie, disait -il à l'un d'eux, des soins que vous donnez aux enfants dans lesquels vous apercevez des dispositions pour l'état ecclésiastique. Mes remerciements sont bien peu de chose ; la récompense que Dieu vous donnera pour cette bonne œuvre, la meilleure de toutes les œuvres, vous vaudra bien mieux. Soyez pauvre avec Jésus- Christ et pour Jésus-Christ, c'est la gloire et le triomphe du prêtre. »

Aux encouragements, le charitable supérieur joignait le secours de ses largesses. « Tant que M. de Courson a vécu à Nantes, dit un curé à qui on faisait le reproche d'avoir laissé interrompre la chaîne des vocations ecclésiastiques dans sa paroisse , il venait à mon secours pour cette bande d'écoliers que j'avais tantôt à Saint-Mars-du-Désert , tantôt au petit séminaire. Il voyait bien que je ne pouvais suffire à tout, et sa bourse s'ouvrait pour me venir au secours, comme son cœur pour m'encourager. Pourquoi Nantes l'a-t-il perdu ? »

Il existait dans les écoles ecclésiastiques du diocèse de Nantes un règlement d'après lequel personne ne pouvait être reçu sans verser cinquante francs en entrant. On pria plus d'une fois M. de Courson de dispenser des enfants pauvres de cette règle ; il n'y voulut jamais consentir, connaissant le besoin des établissements; mais alors il prenait dans sa bourse la somme exigée. « Je le reçus presque à regret, dit un des ecclésiastiques auxquels il accorda ce secours pour un de ses paroissiens, ayant été plusieurs fois à même de remarquer que sa belle fortune ne suffisait pas à ses libéralités. »

Il avait tellement à cœur un genre de bien si excellent qu'il économisait jusque sur son nécessaire pour le procurer. Durant tout le temps qu'il habita Nantes, il n'eut pas de montre, et il se régla sur une petite pendule des plus ordinaires. Comme on lui faisait observer qu'une montre lui serait très utile pour le dehors : « Cela est vrai, répondit-il, mais je n'aurais pas le courage de mettre cent francs dans une montre. Savez -vous qu'avec cette somme je puis ménager

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