CHAPITRE XXII
l'entrée des séminaires à plusieurs jeunes enfants qui, plus tard, feront d'excellents prêtres. » La chose était vraie, parce que selon la réflexion du biographe à qui nous devons ce trait : « M. de Courson avait pour principe de conduite de ne point se charger à lui seul d'une bonne œuvre. Volontiers il en faisait la première avance, mais c'était afin de stimuler la générosité d'autrui et de le forcer, pour ainsi dire, à s'ingénier pour compléter et parfaire l'entreprise. Son action bienfaisante s'étendait par là sur une plus grande échelle, et il était rare que l'œuvre qu'il avait ainsi mise en train n'arrivât pas d'une manière ou d'une autre à bonne fin '. »
Par suite du même principe, il se contentait quelquefois de prêter sans intérêts la somme dont on avait besoin pour faire ses études, se réservant de rentrer dans ses déboursés quand on serait en état de se libérer. Mais ces cas ont été rares, et plus rarement encore il a consenti à recevoir le payement de ces sortes de dettes. Il écrivait, peu d'années avant sa mort, à un curé qu'il avait aidé ainsi pour les frais de son grand séminaire et qui se trouvait dans une paroisse où il y avait beaucoup de pauvres : « Vous ne me devez rien qu'un peu d'affection pour correspondre à la mienne, et beaucoup de compassion dans la vue de mes péchés et du châtiment qu'ils méritent. Brûlez vite ce vieux billet, il y a longtemps que vous vous en êtes acquitté. »
Procurer des élèves aux écoles cléricales n'était ni l'unique ni le principal objet de la sollicitude de
1 Biographie , p. 35.
M. de Gourson, à l'égard de ces maisons ; avant tout, il avait à cœur de les mettre sur un bon pied et d'y faire régner un excellent esprit. A cette fin , il donnait la plus grande attention au choix des supérieurs, directeurs et professeurs. C'était chaque année, pendant les vacances, la principale de ses préoccupations. Souvent il fut obligé de s'adresser aux diocèses voisins pour se procurer les maîtres que tant de maisons d'éducation réclamaient ; mais il n'en admettait aucun que sur de bons renseignements.
Dans ce travail si laborieux pour lui, M. de Courson ne refusait pas d'entendre les désirs des sujets, et volontiers il y avait égard quand le bien général n'y était pas opposé. Toutefois, il ne voyait pas sans quelque peine qu'on se livrât à des calculs peu compatibles avec la simplicité et l'esprit de parfaite soumission, qu'il voulait rencontrer dans tous les prêtres. En quelques occasions il reprit même d'une manière assez piquante ceux de ses disciples qu'il trouvait coupables en ce point. Il écrivait à un jeune professeur de mathématiques qui lui avait demandé un autre enseignement : « Les choses sont arrangées comme vous le désirez : vous serez chargé de la cinquième. Je me persuade que cet arrangement réussira à merveille, car vous avez fait tous les calculs imaginables sur ses avantages et ses inconvénients. J'en suis dans l'admiration. Un ministre d'État n'aurait pas fait mieux, quand il s'agit du salut de la patrie. Pauvre petit calculateur, laissez-moi me moquer de vous, et gardez -vous bien de vous fâcher, car vous ne me corrigeriez pas ; puisque cette liberté que je prends de rire à vos dépens , quand je suis seul avec