CHAPITRE XXllI
défendre la liberté d'enseignement. « M. le marquis dellégnon, disait-il, est un excellent catholique; il a les meilleures intentions du monde : malheureusement l'ardeur de son esprit le fait aller trop loin et marcher trop vite , et ce défaut chez lui peut devenir nuisible à la cause qu'il défend. Son projet de journal * n'aura aucun succès, parce que, parmi ceux qui déplorent aussi bien que lui les maux de l'Église, peu voudront et pourront marcher avec lui. »
En attendant que la Providence s'expliquât sur ces graves conflits et que Dieu prît visiblement en main la défense de la liberté de son Église, M. de Courson ne cessait d'intéresser le Ciel à une cause si sainte. « Que nos prières, disait-il à un de ses élèves, récemment ordonné prêtre, se rencontrent dans l'intérêt de notre sanctification personnelle et aussi dans l'intérêt de cette grande cause de l'Église, à laquelle nous appartenons et pour laquelle nous devons vivre et mourir. C'est surtout par la prière que nous ferons descendre sur elle le secours d'en haut. Pour moi, je prie et je fais prier autant que je puis. »
A la prière il joignait les bons conseils et usait de toute son influence pour soustraire au péril qui les menaçait les jeunes gens avec lesquels il avait des rapports. Sa sollicitude veillait particulièrement sur ceux qui , après avoir fait une partie de leurs éludes dans une maison ecclésiastique, étaient tentés d'en sortir pour rendre plus facile leur admission au baccalauréat. « Les pauvres parents qui exposent ainsi leurs enfants au péril de perdre le fruit de leur pre-
* La Liberté comme en Belgique.
mière éducation, disait- il dans une circonstance, sont bien à plaindre. Je regretterais que le jeune élève dont vous me parlez, n'achevât pas son éducation où il l'a commencée, mais je regretterais bien plus encore qu'en le retirant du petit séminaire on l'exposât aux mauvaises doctrines et aux mauvais exemples. Usez de toute votre influence sur sa famille pour le préserver de ce malheur. »
Mais ce n'était pas assez pour son zèle de préserver ainsi quelques jeunes gens isolés du péril que l'on court dans les collèges, où la religion n'est pas en honneur; il souhaitait ardemment qu'il s'établît dans chaque diocèse quelque maison d'éducation de plein exercice, où les enfants pussent terminer leurs études littéraires et se préparer au baccalauréat , sans avoir rien à craindre pour leurs principes religieux. C'est dans cette vue qu'il écrivait en 1842 à M. Louis : « Je me réjouis cordialement des succès de Redon et des mesures que vous prenez pour l'avenir, en préparant des sujets aux degrés. Si nous voulons sauver la jeunesse française , il faut que dans tous les diocèses on s'occupe de faire comme vous. Les discussions relatives à la liberté d'enseignement s'échauffent, elles amèneront quelque résultat. »
M. de Gourson n'aurait vu cependant qu'avec peine la création de ces établissements, si, pour les pourvoir de bons professeurs dans un diocèse, on avait dû dépouiller les petits séminaires ou les collèges ecclésiastiques déjà existants. Il s'explique là-dessus avec beaucoup de force dans une occasion : « Serait-il juste, disait-il, de compromettre un bien certain pour un bien incertain , un bien qui a une très grande