CHAPITRE XXIII
devait être contrislé de l'indévotion à peu près générale des enfants qui s'y rassemblaient pendant l'année. Mais si telle était sa douleur alors, combien ne dutelle pas devenir amère et profonde lorsqu'il vit que ce n'étaient pas les pratiques de la religion seulement , mais les principes même de la foi qui couraient risque d'être enlevés à cette jeunesse qu'il aimait tant, par l'enseignement de plusieurs professeurs de l'université. On jugera de son effroi par la lettre qu'il adressa à M. Vrignaud.
« Il importe, lui disait-il, que l'épiscopat, dans des circonstances aussi graves, se pose dignement et fermement. La question de la foi est ici intéressée. Je regrette beaucoup que vos occupations ne vous laissent pas le temps de lire le livre que j'ai entre les mains (le Monopole universitaire). Je ne soupçonnais pas que le mal des doctrines fût porté si loin ; c'est à faire frémir, et l'impiété de ces doctrines ne peut être contestée. L'auteur cite les textes en indiquant les pages et il met à découvert une plaie affreuse. Le premier devoir des évêques est de se tenir au courant des attaques dirigées contre notre foi par ses plus redoutables ennemis. Ne serait-il pas à propos de correspondre à ce sujet avec plusieurs prélats, afin d'arriver à quelque concert? L'isolement rend faible et expose à de fausses démarches. Malgré ma maladresse et mon défaut de savoir-faire, j'écrirais volontiers à quelques évêques si vous le jugez utile. »
11 profita, en effet, quelques jours après, de l'occasion qui s'offrit d'exprimer au secrétaire d'un vénérable prélat les sentiments que lui inspirait son amour
pour l'Église : « Monseigneur, lui disait-il, doit bien souffrir de la situation où se trouve l'Église. Quelles doctrines que celles de plusieurs professeurs de l'Université ! Plus on les approfondit, plus on est effrayé. La polémique du jour ouvre les yeux à ceux même qui sont le plus en garde contre les exagérations et l'opposition passionnée. Où allons-nous? Hélas ! qu'apprend-on à nos pauvres jeunes gens ? A vivre sans Dieu, et souvent à vivre en garde contre Dieu et contre l'Évangile. Que Dieu dirige nos vénérables prélats, qu'il leur inspire la sagesse et la force dont ils ont besoin, dans une lutte qui intéresse à un si haut point la religion et la société. »
Cependant la douleur qu'éprouvait M. de Gourson à la vue des dangers que l'enseignement de certains professeurs de l'université faisait courir à la jeunesse de France, ne l'entraîna jamais au delà des bornes delà vérité et de la justice. Son bon esprit le mit toujours en garde contre toute sorte d'excès, et ne lui permit ni de généraliser les accusations ni de les exagérer. Tout ce qui ressentait la passion lui était suspect; il en avait de l'éloignement et le blâmait, même dans ses meilleurs amis, quand il l'y voyait. « Je regrette, disait-il à M. Louis en parlant du Monopole universitaire , que l'auteur de ce livre se soit trop souvent servi de paroles injurieuses, qu'il ait pris le ton de persiflage. Du reste, les citations sont bien choisies, bien ordonnées, et les réflexions de l'auteur sont solides quand il réfute. »
Parlant d'un autre écrivain, son compatriote et son ami, M. de Courson ne dissimulait pas davantage ce qu'il trouvait de répréhensible dans sa manière de