‹ Vie de M. de CoursonChapitre 161 sur 336 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

l'ordre des Carmes, auquel appartint la pieuse duchesse, à lui rendre tous les honneurs que l'Église rend à ses enfants glorifiés.

Pour faire connaître la part qu'a eue M. de Courson dans cet heureux événement, nous n'avons qu'à interroger la vie de la Bienheureuse, composée par M. l'abbé Richard, aujourd'hui coadjuteur de Paris, et que nos lecteurs connaissent déjà. Dans ce beau travail, où l'érudition et la piété marchent toujours de compagnie, le modeste auteur n'a pas manqué de rendre hommage à ceux qui l'avaient précédé dans l'étude des documents et des faits soumis à son examen. « Plus d'une fois, dit-il, en écrivant le mémoire sur le culte de la Bienheureuse , ou.en rédigeant sa vie, je me suis rappelé la parole de Notre -Seigneur dans l'Évangile : D'autres ont travaillé et vous êtes entrés dans leurs travaux lAlii laboraverunt,etvos in labores eorum introistis '. Des prêtres pieux ont ouvert le sillon que je devais creuser après eux. Il m'est doux surtout de retrouver, au début de cette lâche qui s'achève aujourd'hui, inspirant le travail et renouant les traditions du passé aux espérances de l'avenir, un homme, breton par le cœur autant que par le nom et la famille, un des ecclésiastiques les plus vénérables de notre temps, M. l'abbé Louis de Courson, pendant vingt-deux ans vicaire général de Nantes, et mort, en 18û0, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice. Prêtre véritablement plein de l'esprit de Dieu, il eut l'intelligence des choses du ciel et l'amour des saints, et, quoique dans son humilité il

1 Joan. IV, 38.

s'accusât de ne pas avoir suivi avec assez de zèle les intérêts de notre Bienheureuse, je ne puis m'empêcher de reconnaître en lui l'instrument que Dieu avait choisi pour amener la restauration de son culte'. »

On sait que la bienheureuse Françoise d'Amboise avait été la fondatrice du monastère des Gouëts, à une lieue et demie de Nantes, et qu'elle mourut en odeur de sainteté dans ce monastère. Pendant trois siècles, ses restes vénérables y avaient été l'objet d'un culte religieux; mais la révolution, qui ne respectait rien, n'attendit même pas ses plus mauvais jours pour envahir le monastère des Gouëts , dont la supérieure avait courageusement refusé l'entrée à l'évêque intrus de la Loire- Inférieure. Arrachées d'abord avec violence à leur saint asile, les filles de la bienheureuse Françoise ne tardèrent pas à y rentrer, mais ce fut pour s'en voir de nouveau brutalement chassées. Après leur expulsion, le couvent fut dévasté, l'église profanée, le tombeau de la duchesse violé et ses ossements jetés çà et là. Mais le Seigneur veilla sur eux : la tête et une partie notable des ossements de la Bienheureuse, avec des morceaux de ses vêtements, furent soigneusement recueillis, et la boîte dans laquelle on les renferma, après avoir été quelque temps enfouie dans le jardin de l'ancien sacristain du couvent, fut cachée dans sa maison. Là, même pendant la période révolutionnaire, ces précieux restes ne cessèrent d'être l'objet de l'amour et de la confiance des fidèles qui venaient la nuit, quelquefois de fort loin, s'agenouiller près du saint dépôt

2 Vie de la Bienheureuse , I, vu, viii.

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