‹ Vie de M. de CoursonChapitre 165 sur 336 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

senter très spécialement auprès des saints Donatien et Rogatien, pour lesquels j'ai toujours une douce confiance et une tendre dévotion. »

Un homme si cordialement et si saintement dévoué à la Bretagne ne pouvait voir, sans souffrir beaucoup, les dangers qui menaçaient la foi dans ce pays.

Sa correspondance nous fait connaître quelle était sa douleur en apprenant les tentatives faites par les impies et les révolutionnaires pour porter dans cette religieuse province leurs funestes doctrines , qu'ils appelaient pompeusement les principes de la civilisation moderne. « Les misérables, disait-il dans une occasion, n'ont-ils pas fait à la chambre une motion pour porter leurs lumières d'enfer dans notre pays. Qu'ils marchent à cette lumière; pour nous, nous ne voulons d'autre lumière que celle de Jésus-Christ. »

M. de Courson n'appréhendait guère moins pour sa chère Bretagne les menées de l'hérésie que celles de l'impiété. On sait que, durant les premières années de la Restauration, la secte des jansénistes s'efforça de relever la tête dans quelques diocèses de France. L'Ami de la Religion parlant, en 1821, des Dialogues sur la grâce efficace, que M. Massé, chanoine de Vannes, venait de publier, n'hésitait pas à dénoncer ce livre comme renouvelant, moyennant quelques détours et artifices , les prétentions erronées des disciples de Jansénius. C'était une tentative du parti, mais elle fut promptement et vigoureusement réprimée par M^'' de Bruc, évêque de Vannes, qui se prononça avec force contre des opinions tant de fois réprouvées par l'Église. Sa lettre eut un succès d'autant plus complet dans son diocèse qu'à l'époque

OÙ il l'écrivit cessa de paraître la Chronique, revue mensuelle publiée à Paris et dont le but unique était de continuer la guerre que les Nouvelles ecclésiastiques et les Annales des constitutionnels avaient entretenue si longtemps. Pendant vingt ans la Chronique ne fut pas remplacée; mais, en 1838, un nouveau journal, sous le nom de Revue ecclésiastique, vint réveiller les animosités. Dès la première livraison il fut aisé de voir ses tendances : les doctrines jansénistes y étaient à peine voilées.

Grande fut la désolation du zélé supérieur en apprenant que la nouvelle revue avait un nombre considérable d'abonnés dans le diocèse de Vannes. Les relations qu'il avait eues avec ce pays pendant que M^'' de Bruc, son compatriote et l'ami de sa famille, en était évêque ', les relations habituelles qu'il entretenait encore avec plusieurs prêtres de ce diocèse, ne lui permettaient pas de fermer les yeux et de garder le silence. Il écrivait, en 1839, à un de ses confrères de Paris : « Le jansénisme paraît reprendre vigueur dans le diocèse de Vannes. Les prêtres attachés à l'Église gémissent et tremblent. On m'assure que le journal janséniste , qui se publie chaque mois à Paris, a plus de quatre-vingts abonnés dans le diocèse. Je suis décidé à agir un peu dans l'intérêt de la foi. Le saint évêque paraît circonvenu et trompé. Le P. Bazin a été obligé de quitter Vannes, par suite, je crois, des intrigues de la faction. J'ai vu hier l'abbé Jean de Lamennais, disait-il encore quelques

1 M^ de Bruc, né à Vallet, avait été curé de Guérande et vicaire général de Nantes avant d'être promu au siège de Vannes. Il mourut en 1826.

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