CHAPITRE XXV
qu'il aurait encore un long voyage à faire pendant ces vacances, et sa rare modestie ne lui permettait même pas de soupçonner le motif qui devait le nécessiter. Il savait bien que M. Garnier, supérieur général de Saint-Sulpice, avait convoqué, pour la seconde moitié du mois d'août, l'assemblée générale de sa compagnie et qu'on aurait à y nommer quatre assistants pour remplacer MM. Cartal, Royer, Ruben et Boyer, morts depuis la dernière assemblée; mais il ne lui venait pas en pensée que l'on pût songer à lui pour remplir une de ces places. Il n'était pas, il est vrai, aussi connu à Paris qu'à Nantes; cependant sa réputation d'homme prudent et sage y était déjà bien établie. Sans parler de M. Mollevaut qui faisait de lui le plus grand cas , il avait l'estime très particulière de plusieurs assistants; M. Garnier lui-même, comme on le voit par sa correspondance , le regardait depuis longtemps comme un des sujets les plus précieux de la compagnie de Saint-Sulpice. Aussi sa nomination à la charge d'assistant ne fut -elle un sujet d'étonnement pour personne. Quant à lui, sa surprise fut grande lorsqu'il reçut la lettre qui le mandait immédiatement à Paris, pour y assister aux dernières séances de l'assemblée. Il se mit cependant en route et, dès le 27 août, il était à Issy et prenait rang parmi les assistants '.
La charge qui venait d'être conférée à M. de Gour-
1 L'assemblée générale de 1842 se composait de MM. Garnier, Vernet, Morel, Chaillou, Carbon, Mollevaut, Carrière, Bénech et Houssard, auxquels s'adjoignirent, après leur élection, MM. Gosselin, Renaudetetde Courson. M. Paillon, nommé pareillement assistant, en 1842, ne fut pas appelé : il était en Provence.
son ne le fixait pas à Paris, et, sauf le devoir d'assister aux assemblées générales qu'elle lui imposait, rien n'était changé à sa position. Toutefois dans les desseins de la divine Providence c'était un acheminement, un premier pas vers la place importante qu'il allait bientôt se voir contraint d'accepter. S'il n'avait pas, en effet, été nommé assistant en 1842, l'on n'aurait pu, en 1845, le choisir pour succéder à M. Garnier, le supérieur général de Saint- Sulpice devant toujours être choisi parmi les assistants. Mais tout cela n'était ni prévu ni concerté par les hommes ; c'était encore le secret de Dieu, et, en attendant qu'il fût manifesté, le nouvel assistant retourna modestement à ses fonctions ordinaires.
Elles ne tardèrent pas à altérer de nouveau sa santé : il souffrit beaucoup, en particulier, pendant les deux mois qui suivirent la rentrée des élèves , à cause des efforts qu'il ne manquait jamais de faire à cette époque de l'année pour donner aux nouveaux venus l'impulsion dont ils ont besoin en ces commencements. L'année cependant s'acheva sans maladie proprement dite; mais, comme par le passé, les vacances ne lui apportèrent presque aucun soulagement. « Je suis cloué à ma croix, disait-il à un ami qui lui proposait un petit voyage, je ne sais si Dieu me permettra de m'en séparer, même pour quelques jours. »
Néanmoins la seconde quinzaine d'août lui ayant procuré un peu de loisir, il en profita pour faire un pieux pèlerinage à Laval. C'était le moment où allaient avoir lieu , dans cette ville , les belles cérémonies de la translation de saint Jomède, martyr de