CHAPITRE XXX
amis qui s'attristaient de son départ et appréhendaient qu'on ne le retînt à Paris. Il s'en expliqua plus clairement encore, dans les premiers mois de 1845, à l'occasion d'un article publié par un journal de Nantes, qui supposait que son pays l'avait perdu pour toujours ^ « Rien n'est changé dans ma position provisoire, répondait -il au vénérable curé de la Boissière, qui lui exprimait les craintes communes qu'avait fait naître cet article. Dieu aidant, je serai près de vous au mois d'août. Je n'en serais empêché que par des événements majeurs que Dieu dispose seul et dont il a le secret. »
En parlant ainsi, l'humble supérieur ne se doutait pas qu'il était à la veille de voir cet événement majeur et providentiel qui devait l'empêcher de retourner à Nantes et le fixer à Paris pour toujours. Nous
1 « Le clergé de notre diocèse, disait M. Merson, auteur de l'article, vient de faire un perte bien sensible en la personne de M. de Courson, vicaire général et supérieur du séminaire des philosophes, appelé à la direction du séminaire annexe de Sarnt- Sulpice, à Issy. En acceptant cette nouvelle position qui l'éloigné de son pays, de sa famille, de son diocèse, où il était unanimement respecté, et où les prêtres le considéraient comme un père plein de bienveillance, de lumières et d'abnégation, M. de Courson donne une nouvelle preuve do cet admirable dévouement à la chose de Dieu dont il ne s'est jamais départi. Quoi qu'il en soit, il laissera à Nantes un vide difficile à combler, et il sera suivi à Issy par de vifs regrets. {L'Ouest , 19 février 1845.) » La lecture de ces éloges fit éprouver à M. de Courson un vif sentiment de déplaisir; mais il prit le parti d'en rire, d Voilà donc, écrivait- il, l'article nécrologique, ou, si vous voulez , l'oraison funèbre de M. de Courson. Le brave Merson n'y va pas de main morte. Un grain d"'encens sur la tombe, pour honorer le chrétien et le prêtre; mais on oublie l'eau bénite, et le grand pécheur a grand besoin d'expiation. Enfin , c'est fini , et fini sans les merveilleux et funèbres accords des cloches de la cathédrale. »
voulons parler de la mort de M. Garnier, supérieur du séminaire et de la compagnie de Saint-Sulpice.
Depuis quelques mois déjà ce vénérable vieillard, malgré la force de son tempérament et les soins dont il était entouré, s'affaiblissait à vue d'œil,et les douloureuses infirmités dont il souffrait habituellement ne permettaient pas d'espérer qu'il résistât longtemps aux crises fâcheuses qui à chaque instant menaçaient de l'emporter. Dans les premiers jours de mars , il demanda lui-même avec instance les derniers sacrements, et il les reçut en donnant les marques de la plus vive piété; huit jours après (16 mars 1845), il rendit son âme à Dieu dans la quatre-vingt-troisième année de son âge*.
1 Antoine Garnier, né en 1762, dans le diocèse de la Rochelle, fit ses études chez les Oratoriens de Niort. En 1782, il vint à Paris et obtint au concours une bourse, à la communauté des Robertins. Ordonné prèlre, il alla demeurer chez M. Lourdet, professeur au collège de France, et fit sous sa direction de si grands progrès dans l'étude des langues orientales que son maître le présenta à Ms' de Juigné, archevêque de Paris, et lui obtint une pension de l'assemblée du clergé de France. S'étant offert, en 1790, à M. Émery, pour travailler dans la compagnie de Saint-Sulpice, il fut envoyé au séminaire de Saint-Irénée , à Lyon, pour y enseigner le dogme. La révolution l'en ayant chassé, il s'offrit pour accompagner M. Nagot, qui allait fonder un séminaire à Baltimore, et pendant douze ans il remplit avec zèle et succès les divers emplois qui lui furent confiés : il mérita même que Msf CaroU l'honorât de sa confiance et de son amitié. En 1803, M. Émery le rappela au séminaire de Paris pour y enseigner l'Écrilure sainte et l'hébreu. Ce vénérable supérieur l'estimait beaucoup et le fit même héritier de tout ce qu'il possédait. M. Duclaux ayant succédé à M. Émery, en 1814, choisit M. Garnier pour directeur du séminaire de Saint-Sulpice, et lorsqu'il donna sa démission, en 1826, M. Garnier fut élu pour le remplacer. Malgré son peu d'attrait pour l'administration, il s'acquitta par-