‹ Vie de M. de CoursonChapitre 206 sur 336 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Quoique prévue, la mort de ce bon supérieur si dévoué à la compagnie de Saint-Sulpice, si zélé pour en conserver l'esprit et les traditions, si tendre et si paternel à l'égard des directeurs et des séminaristes, fut un grand sujet de deuil pour tous ceux qui avaient pu apprécier ses belles qualités. « Nous venons d'éprouver la douleur la plus sensible dont nous pouvions être affligés, disait M. Carbon, dans la lettre d'usage. Nous sommes des enfants orphelins, nous avons perdu notre très cher et très honoré père. » Mais personne, même à Saint-Sulpice, ne fut plus affecté de cette mort et des longues souffrances qui l'avaient précédée, que M. de Gourson. Toutes les fois qu'il visitait ce vénéré malade , il se sentait vivement ému à la vue d'une tristesse si profonde et si irrémédiable, a Vous n'avez pas la grâce de la mélancolie, disait-il à un confrère qui s'attristait sans motif. Notre -Seigneur avait concentré toute cette grâce dans l'âme de notre très honoré et très malheureux père. Il a bien longtemps et bien cruellement souffert. Dieu l'aura reçu dans la miséricorde. Priez pour lui , priez aussi pour nous. »

Par ces derniers mots , M. de Gourson faisait allu-

faitement de ses nouvelles fonctions; malheureusement, au bout de sept à 'huit ans, des infirmités précoces, auxquelles se joignait une pénible et presque continuelle mélancolie, l'obligèrent d'abord à discontinuer ses visites, et enfin à se décharger totalement sur M. Carbon de l'expédition des affaires. Ses dernières années furent surtout consacrées à la prière et à l'étude des livres saints. Il donna aussi presque jusqu'à la fin de sa vie des leçons d'hébreu à quelques élèves choisis, dont plusieurs, comme M. Lehir, sont devenus maîtres à leur tour, mais n'ont jamais oublié celui qui les initia à la connaissance de la langue sacrée.

sion aux besoins que lui et les autres assistants allaient avoir du secours de Dieu pour donner un successeur au vénérable défunt; en tout temps ce choix eût été une affaire grave, importante et digne de profondes réflexions; dans la circonstance présente, ce choix devait paraître difficile. Si, en 1836, on avait accepté la démission que M. Garnier offrit à l'assemblée des assistants, M. Carbon , qui réunissait tant de qualités, aurait probablement été élu à l'unanimité des suffrages; mais l'âge, en augmentant la bonté de son cœur, avait un peu affaibli la vigueur de son caractère ; il était devenu condescendant jusqu'à l'excès. Quant à M. Carrière, qui devait, après la mort de M. de Courson, être élu sans difficulté, quoique très connu et très estimé au dedans et au dehors de la compagnie de Saint- Sulpice, les cœurs n'étaient pas encore tournés de son côté, en 1845.

Ces considérations étaient bien de nature à préoccuper ceux qui devaient concourir à l'élection; M. de Courson , en particulier, sentit vivement la responsabilité qui allait naître pour lui de sa charge d'assistant. Il en eût été de même, sans doute, de tous les autres membres de l'assemblée générale, si parmi eux plusieurs n'avaient déjà arrêté leur vue sur le jeune supérieur du séminaire d'Issy, et ne s'étaient comme déterminés à le choisir pour supérieur général. M. Houssard, qui avait tant contribué à le faire restera Issy, s'était confirmé, en le voyant à l'œuvre, dans toutes ses espérances. « Aidez- nous, disait- il dans une lettre du 8 janvier 1845, à remercier le bon Dieu de la grâce qu'il accorde à notre chère compagnie en rendant peu à peu M. de Courson à une

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