‹ Vie de M. de CoursonChapitre 234 sur 336 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

choses pourront marcher. Ah 1 qu'il est lourd le fardeau qu'on m'a imposé!... » La suite fera voir que cet homme si défiant de lui-même et qui n'envisageait qu'en tremblant les fonctions de supérieur général, en remplit cependant les devoirs avec une sagesse, une fermeté et une aisance qui ne se ressentaient nullement des appréhensions de son âme.

De tous ces devoirs celui dont il eut toujours particulièrement à cœur de se bien acquitter, fut le maintien des règles et usages établis par M. Olier, et religieusement conservés par ses successeurs. Comme M. Tronson, il était persuadé qu'on ne pourrait s'en écarter sans détruire l'œuvre du fondateur *. Il savait d'ailleurs que les successeurs de M. Tronson n'avaient pas eu un autre esprit que ce saint prêtre et que dès le jour de leur élection , se regardant comme établis gardiens des usages et des traditions de Saint- Sulpice , ils s'étaient dévoués sans réserve à la conservation de ce précieux dépôt, La conduite de M. Émery, qui, chargé par la Providence de réunir les membres dispersés de Saint-Sulpice, donna plus

1 <i Vous pouvez juger après cela, ajoutait M. Tronson, quelles peuvent être mes pensées et quelles doivent être aussi celles de toutes les personnes qui regardent M. Olier comme un saint fondateur. Elles doivent sacrifier toutes leurs vues, quelque importantes et raisonnables qu'elles leur paraissent, afin de suivre les lumières que Dieu lui a données pour la perfection aussi bien que pour l'établissement de son œuvre. H est vrai que dans le monde on regarderait comme des bjigatelles des choses de cette nature, qui, en effet, ne seraient pas des points importants pour des particuliers; mais elles sont des points capitaux dans une communauté , oij l'on doit mettre pour règle inviolable cet avis du Sage : Ne Iransgrediaris terminos quos posuerunt patres tui. i> ( Vie de M. Olier, III , 200.)

de soin encore à la conservation de l'esprit et des règles qu'à la réorganisation du corps de la Compagnie, le remplissait d'admiration et lui servit particulièrement de modèle. Gomme lui il désirait pouvoir se présenter un jour avec confiance devant M. Olier et lui dire : « Je n'ai rien négligé pour conserver votre œuvre. »

La crainte de laisser altérer en quelque point l'esprit de cette chère Compagnie, dont Dieu lui avait confié le soin, ne le quittait ni le jour ni la nuit, et rien ne lui coûtait pour la préserver de ce malheur. C'est dans ce sentiment qu'il trouvait le courage et la force de supporter les grandes fatigues dont nous allons le voir accablé; c'est ce qui lui fit entreprendre tant de voyages, entretenir de si nombreuses relations avec les divers membres de sa société, travailler sans nul relâche à l'expédition des affaires, etc. De là surtout naquit celte sollicitude continuelle qui ne lui laissait aucun repos jusqu'à ce qu'il fût au courant de tout ce qui se passait , soit en France, soit en Amérique, dans les établissements confiés à Saint- Sulpice, ne croyant jamais pouvoir se décharger entièrement sur les aulres d'aucune affaire se rattachant à son administration.

Le choix et la formation des sujets qui s'offraient pour travailler dans la compagnie de Saint-Sulpice attiraient tout particulièrement l'attention de ce zélé supérieur. Il savait trop de quelle importance il est de n'en recevoir que de bien appelés et de n'en mettre dans les emplois que de parfaitement formés, pour se relâcher sur ce point fondamental. Malgré la pénurie de sujets , dont il eut à gémir presque tous les

Page 1