‹ Vie de M. de CoursonChapitre 52 sur 336 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

connaître chaque élève par lui-même et le voir séparément. Or, dans ce tête-à-tête, où son œil pénétrait jusqu'au fond des âmes , il ne se contentait pas d'étudier le caractère et le genre d'esprit du jeune élève , il s'enquérait avec la bonté d'un père de tout ce qui l'intéressait. « Il s'informait dès lors, lit-on dans la note citée plus haut, de nos parents, de leur position , et des sentiments religieux qui les animaient. Il nous en parlait, dans ces circonstances, comme s'il eût été l'un de nos plus proches alliés. Rien ne contribuait plus à nous le faire regarder comme un père. J'ai toujours observé la même chose depuis. Que de fois, étant plus âgé, il me parlait de la reconnaissance que je devais à tel ou tel membre de ma famille, qui avait soigné plus spécialement mon enfance ! que de fois il m'engagea à prier pour leur conversion, me faisant sentir que c'était un devoir de reconnaissance pour moi ! »

La tendresse de M. de Courson pour ces jeunes aspirants à l'état ecclésiastique n'avait plus de bornes , lorsqu'il les voyait dans le malheur. « Un jour, dit un supérieur de collège , il interrogeait un enfant , aujourd'hui sous-diacre. — Où demeure votre père? — Il est mort. — Et votre mère? — Elle est morte. A ces mots, s'échappèrent de ses yeux d'abondantes larmes, et il serra l'enfant contre son cœur. Depuis, il le suivit avec le plus grand intérêt, et n'oublia jamais de demander des nouvelles de ce pauvre orphelin. »

L'intérêt que M. de Courson portait aux élèves des collèges ecclésiastiques ne lui faisait pas négliger ce qu'il devait à leurs maîtres. « Nous aimions singuliè-

rement, dit l'un d'eux, à le voir à chaque fin d'année venir nous consoler au collège par sa présence. Il voulait nous entretenir tous en particulier, entendre le récit de nos peines et de nos difficultés. Il faisait tout cela avec une prudence si exquise , avec un esprit de charité si grand, que jamais un mot ne s'échappait de ses lèvres pour blâmer un tiers ou infirmer l'autorité d'un supérieur. »

Tant qu'il demeura à Nantes , M. de Courson continua ses soins aux petits séminaires et aux collèges ecclésiastiques du diocèse; lorsque la maladie l'obligea de s'éloigner, il ne cessa de porter le plus vif intérêt à cette œuvre tant aimée. « Je lègue à votre charité tous mes chers petits enfants des écoles et petits séminaires, disait - il à M. l'abbé Richard qui, avant môme d'être vicaire général, venait d'être chargé de l'inspection de ces maisons, aimez -les beaucoup et dévouez-vous pour eux. Vous êtes mon légataire universel , et nous causerons souvent de cet objet de mes plus tendres affections , espoir de l'Église. Vous ne vous mettrez point en avant sous le rapport de l'autorité qui, au reste, n'est pas le principal moyen de faire le bien. L'essentiel est que professeurs et élèves trouvent un cœur qui soit à eux. Ainsi donc, vous serez ami d'abord, ensuite père et puis maître quand on voudra. »

Voulant ensuite prémunir son jeune ami contre la tentation de se livrer à une autre œuvre dont on l'avait également chargé , avec plus d'ardeur qu'à celle des écoles ecclésiastiques , il lui présentait cette louchante considération, principal mobile de ce qu'il fit luimôme toute sa vie pour favoriser les vocations ecclé-

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