CHAPITRE VIII
physionomies si mobiles les qualités du cœur et de l'esprit. C'est ainsi qu'il se préparait à prononcer plus tard sur des vocations qui intéressent l'Église à un si haut point. Il ne négligeait rien pour se mettre en état de prononcer un jugement en connaissance de cause; c'est pourquoi le pays, la famille, riefi n'était oublié dans ses investigations. Lorsque, fatigué par ces longues séances d'examen, de distribution de prix, etc., il sentait la nature se révolter, il prenait, comme il l'a répété quelquefois, son courage à deux mains et se disait: Tu iras jusqu'au bout. »
L'accablement que lui causait une telle occupation ne l'empêchait pas de s'en acquitter avec zèle , et d'y donner un soin que remarquaient sans peine les jeunes écoliers. « J'ai été interrogé par M. de Gourson, disait l'un d'eux, depuis mon année de septième jusqu'à mon admission au sacerdoce, et j'ai constamment vu qu'il avait un talent particulier pour découvrir ce que savait l'élève. Il ne déconcertait point par des questions captieuses, mais il allait aux vraies difficultés, mais sans s'y arrêter trop longtemps, car il faisait aussi des interrogations auxquelles on pouvait répondre sans peine si l'on possédait ses matières. »
Par suite peut-être de cette manière sérieuse d'examiner, M. de Gourson était un peu redouté par les élèves des classes inférieures , qui ne le connaissaient pas bien encore'. Mais cette première impression ne
1 En 1849, M. de Gourson disait au supérieur des philosophes de Nantes, en lui annonçant sa visite : » Je pourrai jouir du bonheur de me trouver au milieu de vos petits philosophes, qui, quand j'ai quitté Nantes, étaient des écoliers de septième ou de huitième qui avaient grande peur de mes gros yeux. i>
durait pas; sa grande bonté lui ouvrait bientôt tous les cœurs. « Mon année de sixième, dit un ancien élève du collège de Chauve, notre distribution des prix tomba le jour de saint Louis, roi de France: M. Dandé, noire supérieur, eut la bonne pensée de nous réunir auprès de M. de Courson pour lui souhaiter sa fête. Nous nous en acquittâmes de notre mieux. Il nous reçut comme un bon père, déjà familiarisé avec nous, petits collégiens, et avec cette aménité et suavité de dilection propre à nous faire croire , dès lors, qu'il nous portait tous dans son cœur. Je garderai toujours avec un respect religieux un prix d'honneur qu'il me remit lui-même, et dont l'attestation porte son nom. En me le donnant, il l'accompagna d'une petite caresse inspirée par son bon cœur, et de quelques paroles d'affection dont un enfant ne peut perdre le souvenir, quelque longue que soit sa carrière.
« Lorsque les devoirs de sa charge, dit encore l'ancien écolier de Chauve, l'obligeaient de reprendre ou d'adresser des reproches, il le faisait toujours dans les bornes de la charité; et, lorsqu'il croyait les avoir dépassées, il semblait s'en humilier et en demander pardon par les caresses et les paroles tendres qu'il prodiguait à celui qu'il pensait avoir trop humilié. »
A CCS témoignages d'intérêt accordés en public aux élèves dont on était content, M. de Courson savait en joindre de plus touchants encore dans les entretiens particuliers que tous devaient avoir avec lui. Car, comme on l'a déjà dit, il ne se bornait pas aux renseignements fournis par les maîtres, il voulait