CHAPITRE IX
cœur, la douceur de son gouvernement et la générosité de son caractère il fut devenu l'homme le plus estimé, le plus consulté et le plus aimé du clergé de Nantes.
S'entretenant, en 1846, avec un jeune supérieur de philosophie et lui traçant ses devoirs envers le supérieur du grand séminaire, il insista sur l'obligation de prendre son avis et, au besoin, sa permission sur les affaires importantes ou qui sortent de l'ordre commun, ajoutant avec simplicité que c'était ainsi qu'il en avait constamment usé à Nantes à l'égard de M. Morel. Jamais, en effet, il ne se prévalut à cet égard ni du titre et des pouvoirs de vicaire général, que M»"" de Guérines avait exigé qu'il conservât, ni de la part qu'il prenait au conseil épiscopal, ni de la considération que sa naissance, sa fortune, son mérite lui attiraient; et, quoique par ces divers côtés il sortit un peu de la catégorie des supérieurs de philosophie, il ne se crut jamais exempt de la subordination que demande cette place.
En bien des points, cependant, sa manière de penser, d'apprécier les hommes et les choses, de gouverner, n'était pas, il le savait bien, celle du vénérable supérieur; mais cette ditïérence de vues dans la manière d'opérer le bien, ne l'empêchait pas de le consulter dans les occasions et de lui soumettre ses entreprises. Aussi lorsque, dans le profond sentiment de son humilité, il s'est reproché plus tard de s'être laissé prévenir contre le caractère et les manières d'agir de M. Morel, il ne s'est jamais accusé d'avoir manqué aux égards qu'il devait à sa personne et à son autorité.
M. de Courson continlia pareillement à entretenir des rapports avec les directeurs du grand séminaire et ne ce^sa de leur rendre tous les services qui étaient en son pouvoir. Il fut toujours pour eux un centre de charité autour duquel volontiers ils se réunissaient pour s'encourager mutuellement et se porter à Dieu.
Il en était de même pour les collaborateurs que la Pr-ovidence lui donnait au séminaire de philosophie; tous l'aimaient comme un père et n'avaient rien de caché pour lui. De son côté, il les aimait tendrement et leur portait un intérêt si entier, si cordial que nul , fût-il étranger à Saint- Sulpice, ne pouvait se croire moins aimé et moins considéré que les autres ^ Aussi quelle franche union régnait entre tous les membres
1 Voici la liste des professeurs et des direcleurs qui furent envoyés au séminaire des philosophes de Nantes, pendant que M. de Courson en était supérieur. M. l'abbé Fournier, mort évèque de Nantes , fut le premier professeur de philosophie. M. Henri Allégret lui succéda en 1827 ou 1828; il mourut en 1830. M. Paulin Arondineau, dont nous parlerons encore ailleurs, occupa pendant onze ans la chaire de philosophie et ne la quitta que pour aller à la Solitude, et se consacrer aux fonctions de la compagnie de Saiut-Sulpice. M. Baudry, qui le remplaça, était comme lui extrêmement cher à M. de Courson, qui, en 1846, l'appela au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, où il enseignait le dogme aux élèves du grand cours lorsqu'il fut nommé à l'évêché de Périgueux. L'enseignement de la physique fut confié, dans les premiers temps, à un professeur du lycée ; mais en 1830, M. Yves Leber, jeune prêtre que recommandaient également sa vertu, son savoir et son heureux caractère, en fut chargé. Il ne quitta la maison de philosophie qu'après M. de Courson. La gestion des affaires temporelles, confiée d'abord à M. l'abbé Eugène Briand, passa, en 1830, entre les mains d'un prêtre de Saint-Sulpice que M. Garnier envoya à cet efl'et. C'est à lui que succéda, en 1835, M. Martel , mort récemment au séminaire de Nantes, après y'avoir rendu pendant quarante-deux ans des services signalés.