CHAPITRE IX
Un jour, cependant, les paroles du bon vieillard mirent son humilité à une pénible épreuve. Il venait d'entrer dans sa chambre pour le visiter lorsque, quelqu'un ayant prononcé son nom, M. Duclaux, qui ne s'était pas aperçu de sa présence , se prit à faire son éloge à haute voix. « Monsieur de Courson, répétait-il d'un ton pénétré d'admiration, quel saint jeune homme! que de vertus dans ce jeune cœur! » Vainement essaya-t-on de détourner la conversation , le saint malade, continuant à parler de l'abondance de son âme , dit encore plusieurs choses à la louange de ce cher ami en faveur duquel il était si heureux d'avoir fait l'exception qui lui permit d'entrer au séminaire d'Issy.
Confus de ces éloges et la rougeur au front, M. de Courson ne put dissimuler d'abord l'embarras extrême que lui causait ce discours; mais reprenant bientôt sa tranquillité et se retirant à l'écart pour n'être pas entendu de M. Duclaux : « Mon Dieu, dit-il, que la maladie est terrible ! elle est capable de déranger les têtes les plus fortes et les mieux organisées. Prions, Messieurs , pour le cher supérieur que la mort veut ravir à notre tendresse. »
L'humble prêtre ne pouvait mieux justifier les éloges qu'il venait de recevoir; les témoins de cette scène édifiante ne s'y méprirent pas.
Rentré à Nantes vers la fin de septembre, M. de Courson s'empressa de communiquer à M. Morel le projet de règlement qu'il apportait de Paris, et, après avoir reçu ses observations et ses conseils, il pria M^'" de Guérines d'examiner de nouveau son travail et, s'il l'en jugeait digne, de le revêtir de son approba-
tion. Le sage prélat l'examina, en effet, et s'en montra très satisfait. Il écrivit même aussitôt à M. Garnier pour lui témoigner son contentement des diverses dispositions qui avaient été prises pour faire prospérer le nouvel établissement.
Il prospéra, en effet; et, quoique M. de Gourson ne fût âgé que de vingt-six ans , qu'il n'eût personne avec lui pour l'aider dans la direction de sa communauté (car dans les commencements les professeurs et l'économe furent tous étrangers à Saint-Sulpice), il conduisit sa maison avec tant de sagesse qu'elle devint chaque année plus chère au clergé et plus estimée des gens du monde qui volontiers y plaçaient leurs enfants.
Gependant, en parlant ainsi, nous sommes bien éloigné de méconnaître les services que rendirent à M. de Gourson les collaborateurs qu'il s'associa. Encore moins négligerons-nous de mentionner les sages conseils qu'il trouva toujours auprès du vénérable supérieur qui gouvernait le grand séminaire. « M. de Gourson, écrivait M. Garnier, le 11 octobre 1826, fait bien de consulter M. Morel, qui peut lui fournir d'excellentes vues sur la conduite de sa maison. »
L'humble supérieur n'eut jamais de peine à faire de ce conseil la règle de sa conduite, et la dépendance où les supérieurs de philosophie sont toujours, dans les maisons de Saint-Sulpice, à l'égard du supérieur du grand séminaire, ne lui fut jamais importune. Il s'y montra fidèle, non seulement dans les premières années, alors que son inexpérience lui faisait comme un devoir de recourir aux lumières des autres, mais encore lorsque par la sagesse de ses conseils , la bonté de son