CHAPITRE X
ment sur ces saintes maisons , il prenait de sérieux renseignements avant d'en admettre aucun. Nous avons vu la peine qu'il se donnait pour connaître par lui-même ceux qui faisaient leurs classes dans les écoles du diocèse; comment, sans se fier à sa mémoire, qui cependant était des plus heureuses, il prenait soin de dresser des registres et d'y écrire, avec le nom de chaque élève, les observations utiles à retenir. Quant à ceux qui ne venaient pas de ces maisons, il demandait des renseignements très détaillés, voulant savoir non seulement ce qu'était le jeune homme , mais ce qu'étaient sa famille et les personnes qu'il avait fréquentées.
Nous le verrons plus tard, quand il sera supérieur des philosophes du séminaire d'Issy, se désoler de ne pouvoir, comme à Nantes , obtenir tous ces renseignements. « Quelle différence, disait- il, entre ma position de cette année et celle de Nantes, où je connaissais mon petit monde ab mcunahulis , dès le berceau, ce n'est pas assez dire, en remontant au bisaïeul et au trisaïeul ! Cette ignorance où nous sommes sur les antécédents et l'entourage de nos jeunes gens, ajoutait-il, est une de mes croix : j'aime tant à voir clair ! »
A l'avantage de connaître parfaitement ses élèves, avant leur entrée en philosophie, M. de Courson joignait celui d'en être lui-même très favorablement connu. « Sa réputation était grande parmi nous, élèves du petit séminaire, dit un respectable ecclésiastique de Nantes; nous appelions sa maison le paradis terrestre, tant le charme de sa personne s'était répandu sur cet heureux séjour. — A peine entré au petit sémi-
naiféj dit aussi M^ l'évêque d'Angoulême , j'entendis parler du supérieur de philosophie comme d'un prêtre déjà entouré du plus profond respect et d'une vénération universelle. Sa naissance distinguée avait pu servir à mettre en relief ses grandes vertus, mais c'était bien à ses vertus elles-mêmes que l'on rendait hommage. Quoique jeunes, nous aimions à nous faire l'écho de ce que l'on disait de sa piété, de son désintéressement, de sa sagesse, de son zèle. »
L'accueil gracieux et cordial que M. de Gourson faisait à chacun de ses élèves le jour de la rentrée, achevait de les prévenir en sa faveur, et ceux-là mêmes qui ne le connaissaient pas encore se sentaient gagnés par cet air de bonté paternelle qui était répandu sur toute sa personne. Cette favorable impression s'augmentait encore à la lecture spirituelle du premier jour, pendant laquelle cet excellent supérieur ne manquait jamais de parler au cœur des nouveaux venus. « Dès le premier entretien qu'il nous fît, dit un de ceux qui ne l'avaient pas connu avant leur entrée en philosophie, je fus frappé de la bonté paternelle de son ton, de l'air de piété, de sainteté et de simplicité qui paraissaient en lui. Gela fit comme un changement total dans mes dispositions. — Je ne saurais exprimer, dit un autre, combien je me trouvai heureux durant les premiers jours que je passai dans cette maison. Je sortais du monde, et vous savez ce qu'était M. de Gourson au milieu de ses enfants. »
La retraite générale qui, dans les séminaires, se fait chaque annéeau commencement des exerciceSjétait le moment où le zélé supérieur faisait les plus grands efforts pour inspirer à tous ses enfants le désir de