‹ Vie de M. de CoursonChapitre 63 sur 336 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

commencer une nouvelle vie. Convaincu qu'il n'était pas moins nécessaire à un séminariste qu'à un religieux de débuter parfaitement, il répétait souvent le mot de saint Bernard : Si incipis, perfecte incipe, et il ne négligeait rien pour le faire entrer bien avantdans le cœur des nouveaux venus, n'espérant pas beaucoup de ceux qui renverraient à plus tard de s'engager dans les voies de la perfection. On sait, par le témoignage de ses élèves, qu'il eut fréquemment la consolation de voir ses désirs satisfaits.

Parmi ceux qui sous ce rapport répondirent le mieux aux efforts de son zèle, nous pouvons placer le jeune Pierre Arondineau, dont la Vie et les opuscules ont été donnés au public. Cet intéressant jeune homme, frère de M. Paulin Arondineau, dont on a parlé plus haut, avait eu au petit séminaire de Nantes, surtout pour la poésie française, des succès remarquables. Il entra au séminaire de philosophie en 1831 et se mit sous la direction du bon supérieur. « Dès le commencement de cette première année, dit son biographe, les exercices de la retraite que suit la communauté avaient été pour lui une belle occasion dont il sut profiter. Des jours consacrés au recueillement, des instructions adaptées aux divers besoins de l'âme, des visites souvent réitérées à Notre-Seigneur dans son sacrement d'amour, partout des exemples d'édification et de ferveur, partout la voix de Dieu qui appelle à lui par de tendres invitations, tout cela ne pouvait manquer de faire sur le cœur du jeune Arondineau une de ces impressions fortes dont on garde longtemps le souvenir. Aussi faisait-il dater de celte époque le commencement de ce qu'il appelait sa

conversion. Avec une imagination vive et un cœur sensible à l'attrait de la grâce, il sentit d'abord combien il est déréglé de ne pas vivre tout entier pour Dieu, de chercher sa satisfaction dans les louanges, dans l'estime ou l'affection des créatures '. »

Sous la sage et paternelle conduite de M. de Courson, ces heureux commencements ne furent que le début d'une vie qui devait être fort courte, il est vrai, mais qui fut pleine de saints désirs, de ferventes prières, d'énergiques résolutions et même de sacrifices qui, quoique obscurs, n'en étaient pas moins héroïques. Nous parlerons encore ailleurs de ce pieux jeune homme et des services que son saint directeur eut plus d'une fois occasion de lui rendre.

M. de Courson soutenait les bons effets de la retraite générale et les généreuses résolutions qu'elle avait inspirées à ses enfants par de fréquentes exhortations et des encouragements souvent réitérés. Chaque soir, à la lecture spirituelle, il s'efforçait de donner une nouvelle impulsion à la communauté. Il n'était pas orateur, il avait même la parole peu facile, mais il possédait dans un haut degré ce genre d'éloquence qu'on a défmi l'art de manier les esprits. Son bon cœur, guidé par une sagesse peu ordinaire, donnait à ses expressions, à son regard, à son ton, quelque chose de si pénétrant et de si persuasif qu'on lui résistait difficilement. « J'étais frappé de la solidité, de l'onction, de la délicatesse et de l'a- propos qu'il savait mettre dans les petits discours qu'il nous adressait, dit un vénérable prêtre de Nantes; c'est

* Vie et opuscules, t. I, p. 175.

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