CHAPITRE XI
gnées de circonstances très favorables : présence d'esprit, longue préparation, longues souffrances, tous les sacrements. Quoi de mieux? J'ai toujours remarqué, disait-il encore, que la mort des phtisiques dans les séminaires était celle des prédestinés. »
La grande tendresse que M. de Gourson avait pour ses enfants lui causait des regrets bien plus déchirants , lorsqu'une mort subite et tout à fait imprévue les enlevait à son affection. C'est ce qu'on remarqua surtout en 1832, lorsque M. Lebec, l'un des élèves de philosophie les plus jeunes et les plus accomplis, se noya en prenant un bain dans un endroit très écarté de la Loire où le désir de n'être pas vu l'avait conduit. A la nouvelle de cet accident, M. de Courson courut à la chapelle et là, au pied de l'autel, il éclata en sanglots si forts et si violents qu'il lui fut d'abord impossible de les étouffer. Pendant deux heures il resta à genoux dans le lieu saint sans pouvoir arrêter les larmes et les soupirs que cette mort lui arrachait.
Mais ce n'était pas seulement dans ces grandes occasions que les élèves du bon supérieur remarquaient et admiraient sa compatissante charité : il ne se passait pas de jour qu'ils n'en eussent quelque nouvelle preuve. Les moindres peines de ses chers enfants, leurs petits chagrins, les mauvaises nouvelles qu'ils recevaient et surtout l'état de gêne où quelquesuns se trouvaient, ne le laissaient jamais insensible. Il accomplissait à la lettre la recommandation de saint Paul, se réjouissant avec ceux qui étaient dans la joie et partageant le chagrin des affligés. Il faisait plus, car, toutes les fois qu'il le pouvait, il se hâtait de venir au secours de ceux qui
étaient dans le besoin. Quelqu'un ayant dit, en lui faisant part des dispositions de son âme, qu'il éprouvait un peu de tristesse en pensant aux sacrifices que s'imposaient ses parents pour payer sa pension au séminaire, il ouvrit aussitôt son secrétaire et lui donna la somme dont il avait besoin.
Mais ce n'est là qu'un fait entre mille ; les souvenirs communiqués par ses anciens élèves abondent en traits analogues. « Connaissant ma pauvreté, dit l'un , il la soulageait sans laisser apercevoir la main qui me venait en aide. — Ce fut lui, dit un autre, qui se chargea de payer ma pension au moment où mes parents, devenus incapables de le faire, songeaient à me retirer des études, etc. » Le nombre de ceux qu'il secourait ainsi était considérable.
Aussi ses élèves , frappés d'une si miséricordieuse charité, ne le désignaient-ils ordinairement, malgré le profond respect dont ils étaient pénétrés pour lui, que par ces mots : le bon monsieur de Courson , — le hien-aimé père. On retrouve les mêmes expressions sous la plume des ecclésiastiques dont nous citons souvent les paroles. Quelquefois, il est vrai, ils le nomment le saint, le vénéré monsieur de Courson, mais plus communément c'est le bon père, le bon monsieur de Courson, qui se trouve dans leurs récits *.
1 C'est dans ce sentiment que M. l'abbé Gahour a pris pour épigraphe de la biographie de M. de Courson ces mots de nos Livres saints : Pro aff'eclu pater appellabalur. Heureuse application de l'éloge que mérita, au temps des Machabces, un ancien de Jérusalem qui aimait beaucoup la ville sainte, et que, par suite de l'aflection que tous lui portaient, on appela le père des Juifs. (Il Mach. xiv, 37.)