CHAPITRE XI
jeune homme si son bon supérieur ne l'avait visité de temps en temps par des lettres pleines de saints encouragements et de très sages conseils. « Allons, mon cher Pierre, lui disait-il quelques semaines après son départ, prenez courage à supporter votre exil. Dieu veut le prolonger. Adorez et aimez cette sainte volonté; aimez-la, entendez-vous ? Ce n'est point assez de s'y résigner, aimez-la parce qu'elle est souverainement aimable. C'est aussi la volonté de Dieu que vous preniez tous les moyens de hâter votre rétablissement qui n'est pas votre affaire, mais l'affaire de Dieu. Vous l'aimez assez pour ne vouloir pas traiter négligemment l'affaire qu'il vous confie *. »
Le jeune malade ne se releva jamais complètement; cependant la Providence prolongea pendant plusieurs années sa douloureuse consomption, « sans doute, dit un de ses condisciples, pour laisser contempler à loisir les grandes choses qu'elle avait opérées dans cet enfant. » Enfin l'heure approchait où Pierre Arondineau allait être enlevé à l'affection de sa famille et de ses amis. Dieu lui accorda un intervalle de soulagement qui permit à son frère de le transporter à Nantes, où M. de Gourson lui offrait une généreuse hospitalité. « Il fut reçu , dit l'auteur de sa Vie, avec la charité la plus tendre et la plus affectueuse dans une maison qu'il avait habitée deux ans avec tant de délices et où son frère continuait à enseigner la philosophie. Là il fut environné de toutes sortes de soins comme dans une autre maison paternelle 2. »
1 Vie et opuscules, 1. 1, p. 184.
2 Ibid., p. 321.
M. de Courson, en effet, qu'il aimait à appeler son père, parce que, disait-il , il l'avait engendré à Jésus- Christ, lui prodigua jusqu'à la fin les témoignages de la plus cordiale charité, pourvoyant libéralement à tous ses besoins, calmant ses inquiétudes, fortifiant son âme et ne négligeant rien pour le préparer à une sainte mort : Pierre Arondineau mourut, en effet, comme un prédestiné le 27 février 1836. « Ce ne fut pas une mort, dit son biographe ; ce fut un sommeil paisible, ce sommeil du juste dont le réveil est dans l'éternité*. »
Au moment où il fit inviter le jeune Arondineau à se retirer au séminaire de philosophie, M. de Courson avait déjà dans sa maison un autre de ses anciens élèves atteint aussi d'une maladie de poitrine et sur le point également de passer à une meilleure vie. Le bon supérieur, sachant que ce jeune homme désirait se retirer auprès de lui, l'accueillit volontiers et l'aurait de grand cœur retenu jusqu'à la fin sans les instances de sa famille qui le rappelait. Il mourut quelques jours après le jeune Arondineau. M. de Courson sentit vivement le coup qui lui enleva deux disciples si accomplis et sur lesquels il fondait de grandes espérances pour l'avenir ; mais il trouva de quoi se consoler dans les pieuses dispositions que ces deux jeunes clercs avaient montrées pendant leur maladie et au moment de la mort.
Il avait, d'ailleurs, sur ceux qui meurent de la poitrine, des vues qui lui adoucissaient les plus pénibles séparations. «Ces morts, disait-il, sont accompa-
' Vie cl opuscules , I. I, p, 3o6.