CHAPITRE XIV
accueillis par quelqu'un qui les mît au courant des formalités à remplir avant l'examen. Il s'adressait ordinairement pour cet office de charité au vénérable M. Louis, restaurateur des Eudistes et son ami depuis longtemps. « Plusieurs de nos jeunes gens, lui écrivait-il en 1840, se sont préparés à subir l'examen pour le diplôme de bachelier. J'ai compté sur votre obligeante charité et je leur ai dit que j'espérais que vous voudriez bien les diriger dans les démarches qu'ils auront à faire en arrivant à Rennes , et peutêtre même leur donner l'hospitalité. Ces pauvres enfants sont bien timides et bien embarrassés de leur personne. »
L'examen passé et le diplôme conquis , M. de Courson ne manquait pas de s'associer à la joie des jeunes bacheliers, mais c'était, après quelques mots d'une agréable plaisanterie, pour élever bien haut leurs pensées, les faire souvenir qu'ils ne devaient pas s'attribuer à eux-mêmes le succès obtenu, et surtoiit leur montrer le but vers lequel désormais devaient se porter tous leurs efforts : « Vous êtes bachelier, disait-il dans une lettre de 1836 : ce n'est pas le cas de vous dépeindre vivement la vanité des honneurs de ce monde. Je pense que la fumée de votre diplôme ne vous a pas jeté dans l'ivresse. Il n'y aurait pas de quoi. Vous vous servirez de votre parchemin quand la Providence vous en fournira l'occasion. Quand on est dans la disposition où vous êtes, de se mettre en la main de Dieu pour procurer sa plus grande gloire dans l'ordre de sa volonté , on doit s'armer de toutes pièces et se tenir en mesure de pouvoir et d'exécuter tout ce qu'il vous commandera. Ce sont là les vues
et les intentions que vous avez eues en vous présentant à l'examen ; ce sont les seules qui soient dignes de vous. »
Il écrivait, en 1838 , à un autre de ses élèves : « Le succès de votre examen , mon cher enfant, aura, j'espère, un autre bon résultat que celui du diplôme : il vous rendra moins timide et une autre fois vous serez moins tremblant quand il s'agira de payer de votre personne. Convenez avec moi que c'est bien peu de chose que d'être bachelier, et que ce titre n'est pas à un prix très élevé. Avais -je tort, l'année dernière, quand je vous engageais à porter vos regards plus haut et à diriger plus sérieusement vos efforts vers les conditions qui font un homme sage, vertueux, capable de se dominer, de se gouverner lui-même et de dominer les événements de la vie, en les faisant tourner à l'avantage du grand et unique intérêt de l'éternité ? C'est à ce genre de travail que nous nous appliquerons spécialement pendant l'année qui va s'ouvrir. Je souhaite sans doute de tout mon cœur que vous acquériez les connaissances agréables et utiles que M. Leberre, notre professeur de physique, vous enseignera , mais notre cher Henri serait encore loin de notre but s'il n'était qu'habile physicien, il faut qu'il soit un homme et un chrétien. »
11 disait de même à un autre : « Je vous félicite du succès de votre examen. Dites que la sainte Vierge ne vous aime pas , et voyez à présent si vos beaux désespoirs ne lui font pas injure. C'est elle qui vous a rendu maître de vous-même pendant l'examen et qui vous a mis à la bouche toutes vos réponses. Vous voilà donc bachelier ; c'est une affaire finie, et nous aurons