‹ Vie de M. de CoursonChapitre 99 sur 336 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

difficile de ma formation sacerdotale. Cependant, jusqu'à ma sortie du grand séminaire, mon plus grand bonheur était d'aller voir mon ancien supérieur et d'entendre de sa bouche quelques-unes de ces paroles qui allaient si bien au cœur et obtenaient presque toujours un bon résultat. M. de Courson crut s'apercevoir que je mettais un peu de naturel dans ces visites et il m'en glissa quelques mots ; je lui avouai la vérité et il se mit à sourire en disant : « Jusques à quand serez-vous enfant ? »

Le sage supérieur n'intervenait que bien rarement dans le choix du directeur que ses élèves devaient prendre en entrant au grand séminaire ; nous voyons dans la Vie de Pierre Arondineau, dont on a déjà plusieurs fois parlé, qu'il se refusa même aux instances de ce pieux jeune homme, pour qui ce choix était le sujet d'une pénible préoccupation ; il se contenta de lui dire qu'il devait réfléchir et invoquer beaucoup l'Esprit de lumière*. Cependant s'il arrivait qu'un de ses anciens disciples tombât dans l'ennui, l'anxiété ou le scrupule et que son nouveau directeur ne réussît pas à le consoler, il s'empressait de venir à son secours et s'efforçait de lui procurer la paix et la sérénité de l'âme. « Dans une occasion , dit un de ceux qui expérimentèrent ainsi la commisération du bon supérieur, il mit le comble à sa tendresse pour moi en me permettant de passer quinze jours dans sa maison, pendant les vacances, et en consentant que je fisse une nouvelle confession générale, qu'il regardait bien comme inutile, pour la validité de mes

* Vie et opuscules, t. I, p. 224.

confessions passées , mais que je lui demandais instamment. « Je fais un acte de faiblesse, me dit-il, <( mais du moins j'entends que vous ne reviendrez ja- « mais plus sur vos confessions passées. » Pendant ces quinze jours il eut la patience de m'entendre tous les soirs avant de se coucher. Il avait un tel empire sur moi que j'ai tenu fidèlement la promesse qu'il me fit faire en cette occasion. »

Tant qu'il demeura à Nantes, M. de Courson fut toujours la grande ressource des séminaristes qui se trouvaient dans l'embarras. Non seulement il compatissait comme un bon père à toutes les peines dont ils le rendaient confident, mais sa charité était ingénieuse pour trouver le moyen de les soulager. Ainsi, dans une occasion, il créa tout exprès une fonction purement nominale au petit séminaire, afin qu'un jeune diacre, à qui l'état de sa santé ne permettait pas de suivre les exercices du grand séminaire, pût cependant assister aux classes de diaconales et n'être pas différé pour l'ordination.

Ces attentions paternelles du bon supérieur avaient pour objet ordinaire ceux de ses anciens élèves qui demeuraient près de lui ; mais dans l'occasion , il ne manquait pas de les étendre à ceux qui se préparaient au sacerdoce dans d'autres séminaires que celui de Nantes. On voit par sa correspondance combien il s'intéressaiten particulier aux jeunes ecclésiastiques qui, après avoir terminé les cours de philosophie et de sciences dans sa maison, se rendaient au séminaire de Saint -Sulpice à Paris et y passaient les trois ou quatre années de leur préparation sacerdotale. C'était ordinairement par son conseil que ces

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