CHAPITRE XV
fervents séminaristes prenaient ce parti; car, ayant expérimenté en lui-même combien sont abondantes les grâces que Dieu répand sur ceux qui habitent cette maison, il ne craignait pas de la signaler comme un lieu de bénédiction à ceux de ses enfants qu'il voyait disposés à y vivre saintement. « J'éprouverais bien de la peine, disait-il à l'un d'eux, si vous étiez contraint de quitter la sainte maison où vous avez commencé à vous former aux vertus et à l'esprit de l'état ecclésiastique. Tenez, mon enfant, je vous le dis bien sincèrement, j'ai vu beaucoup de séminaires; j'en ai vu de très fervents ; mais je n'ai rencontré nulle part ce parfum de douce et simple piété du séminaire de Saint-Sulpice. Oh ! combien je désire que vous le respiriez pendant trois ans, pour qu'il embaume votre âme de telle sorte que vous le conserviez toute votre vie. »
Il arriva, dans une ou deux occasions, que de jeunes ecclésiastiques , à qui M. de Gourson avait conseillé le séminaire de Saint-Sulpice , de préférence au séminaire de leur diocèse, rencontrèrent des difficultés de la part de l'autorité ecclésiastique. Le sage supérieur, à qui ils en référèrent, se hâta de leur dire qu'il n'y fallait plus songer. « Les considérations qui m'ont dirigé dans le conseil que je vous ai donné, répondait-il dans une de ces occasions, quelque graves qu'elles me paraissent, doivent se taire devant, je ne dis pas la volonté, mais les simples désirs de votre évêque. Jamais je ne vous engagerai à lui demander une permission qu'il n'accorderait pas de bon cœur. »
Répondant ensuite aux crainfes qui avaient parti-
culièrement fait, impression sur l'esprit du prélat, il disait : « Certainement, en vous dirigeant vers cette maison, je n'ai point eu l'intention de donner un aliment à votre vanité; je veux au contraire que vous deveniez le prêtre le plus humble, le plus modeste de tout le diocèse; que vous ne vous prévaliez jamais d'une circonstance à laquelle je n'ai attaché tant d'importance que parce que je connaissais vos besoins et votre faiblesse. Si vous aviez été plus sage, je vous aurais vu sans peine exposé à un genre de dissipation dont vous auriez su vous garantir. J'ai cru qu'il était nécessaire de vous isoler, de vous entourer de confrères avec lesquels vous ne vous familiariseriez pas si aisément; j'ai cru qu'il fallait principalement songer à former votre intérieur en vous sevrant des occasions d'épanchements. Ces motifs, que je ne puis vous développer dans une lettre, m'avaient paru d'un très grand intérêt. «
Malgré l'estime particulière qu'il eut toujours pour le séminaire de Saint-Sulpice, M. de Courson n'ignorait pas que des occasions de relâchement et même de mondanité s'y rencontrent quelquefois , et il ne manquait jamais de mettre en garde contre ces dangers les jeunes disciples qu'il y envoyait. Avec quelle sollicitude il les en instruit dès le commencement, avec quelle douce insistance il y revient dans ses lettres, avec quelle dextérité il profile des aveux qui lui sont faits pour exciter la ferveur des uns, modérer la trop grande ardeur des autres et inspirer à tous une docilité cordiale à l'égard du guide de la conscience I « Mettez-vous à l'aise avec lui, disait-il, votre directeur c'est un père; il tient pour vous la place de Dieu. »