‹ Vie de M. DupontChapitre 55 sur 55 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Nous venons de raconter ce que le respect et l'amour de la sainte Bible avaient inspiré à M. Dupont ; nous avons sur ce sujet à mentionner une coutume qui ne le caractérisait pas moins que tout le reste dans l'usage de ce livre divin. Non seulement il aimait à lire l'Écriture sainte, à l'étudier, à la prendre pour matière de ses entretiens et de ses lettres, mais encore il en faisait l'objet de ses méditations et de sa prière vocale ou mentale.; à tel point qu'on peut dire qu'en priant il était identifié avec elle.

Habituellement , par exemple , il empruntait au texte sacré le sujet de son oraison du matin. Il avait, dans ce but, adopté pour ouvrage spécial celui du P. Avancin : les méditations en langue latine sur la Vie et la Doctrine de l^otre- Seigneur, d'après les quatre évangélistes. C'était son manuel, son livre favori. Nous ne croyons pas que, dans ce genre , il se soit servi d'aucun autre pour ses exercices d'oraison, ia bible et le paroissien, ou le bréviaire, tant qu'il put le réciter, lui suffisaient. Avait-il à sa disposition des ouvrages ascétiques , même d'entre les meilleurs , il les feuilletait et les parcourait, en prenant volontiers ce qui pouvait lui convenir ; c'était tout. Après cela , il n'hésitait point à s'en dessaisir ; il les donnait gracieusement à des visiteurs ou à des amis. Pour le P. Avancin, ce fut différent ; il a marqué quelque part qu'il commença à s'en servir

« le 28 mai 1837 », et il continua jusqu'à la fin. Après sa mort, ce modeste volume nous a été remis par une main généreuse et discrète ; nous l'avons trouvé annoté à la marge et au bas des pages, et tout plein d'une quantité de petits morceaux de papier, où le serviteur de Dieu transcrivait, selon ses habitudes, les passages qui l'avaient le plus frappé, en y ajoutant brièvement de ses propres réflexions. Ces notes, écrites sommairement et souvent par abréviation, d'une main nette et ferme, nous ont paru offrir quelque intérêt à l'historien, et nous avons cherché à y surprendre le secret de la prière de M. Dupont et de ses entretiens intimes avec Dieu. Si notre curiosité n'a pas été entièrement satisfaite à cause de la brièveté de ces notes, nous avons du moins été confirmé dans la persuasion où nous étions déjà, que ce pieux laïque toute sa vie a fait de l'Ecriture sainte l'élément principal de sa prière, la nourriture de son âme.

Nous retrouvons là, d'ailleurs, la même manière d'en interpréter le sens, celle qui consiste à commenter un texte par un autre. Ainsi , s'arrêtant sur ce mot des bergers dans l'Evangile : Videamus verbdm, voyons la parole..., » il en est frappé, et aussitôt il rappelle le passage de l'Exode où l'on rapporte que sur le Sinaï le peuple « voyait des voix », et que le Seigneur dit à Moïse : « Vous voyez que je vous ai parlé du ciel. » (Exode, xx, 19.) Et il ajoute : « Ce Verbe à Bethléhem se montre comme Agneau, et c'est aux bergers d'abord qu'il se fait connaître. » — En regard des méditations sur Noël, on lit cette note : « Cet enfant pauvrement couché dans une crèche remue déjà le ciel et la terre. » Une date qui vient à la suite indique qu'il avait recueilli cette pensée d'un sermon prêché à la cathédrale dans l'Avent de 1837.

Au temps de la Quinquagésime, le P. Avancin, parlant de l'influence de Satan sur Judas, qui « sortit du cénacle avant la prière », fait remarquer combien le démon s'applique à détourner de l'oraison celui qu'il tente. M. Dupont note ce passage du pieux écrivain, et en confirme la justesse

par un rapprochement avec ce trait qu'il emprunte à la Vie de sainte Thérèse : « Un jour, dit la sainte , étant au chœur dans un certain monastère et en ravissement, je vis une très grande contestation entre les anges et les démons, sans pouvoir comprendre ce que cela signifiait. Mais o,n le connut bientôt après par celle qui arriva entre des personnes d'oraison et d'autres qui n'en faisaient point : ce qui dura fort longtemps , et apporta un grand trouble dans la maison où cette dispute se passa... »

Après avoir cité la parole de Thomas, l'apôtre incrédule : Si je ne vois pas, je ne croirai pas..., s'adressant à Notre- Seigneur, M. Dupont lui fait cette prière : « Je ne viens pas vous demander à voir vos plaies glorieuses, Seigneur mon Dieu, mais vous supplier de les imprimer sur moi, afin d'être reconnu par vous comme un de vos membres au jour de ma mort... Scribe, Domine, vulnera tua... Écrivez sur moi vos blessures... »

Sur l'apparition de Jésus dans le cénacle après la résurrection, il a écrit cette note: « Les. portes étant fermées... Prenons-y garde ! Ce que Jésus a fait pour vaincre l'incrédulité des apôtres, il ne le renouvelle pas pour nous, qui avons hérité de la foi des apôtres. Saint Jean , qui raconte l'ineffable entrevue du cénacle, nous représente ensuite Jésus frappant à la porte et disant : Voici que je me tiens à la porte... Ayons toujours la « porte » de notre cœur ouverte, afin de ne jamais perdre aucun des moments que le • bon Maître veut nous donner. » — Ils s'imaginaient voir un fantôme. Jésus leur dit: Pourquoi ètes-vous troublés et les pensées montent-elles dans vos cœurs ?. . . Ce texte lui suggère les observations suivantes : « En dehors de la foi , il n'y a d'ouverture que pour les absurdités... Les bonnes pensées ne montent pas des sens, elles descendent du ciel... »

Au dimanche de la Résurrection , nous trouvons une résolution qu'il prend , celle de réciter depuis Pâques jusqu'à l'Ascension six mille fois (cent cinquante par jour) la prière suivante empruntée à sainte Gertrude ■ « Très

sainte, très suave, très paisible Trinité, gloire à vous par les plaies de Jésus, mon bien- aimé. » — Comme les grands saints, il avait une dévotion spéciale à l'ineffable mystère de l'auguste Trinité.

L'espace de dix jours qui s'écoule entre l'Ascension et la Pentecôte, si précieux pour les âmes intérieures, était particulièrement sanctifié par cet homme de prière. Il s'imposait, durant cet intervalle, de réciter mille fois les textes suivants : « Venez, Esprit -Saint... — Qu'il me soit fait selon votre, parole, Seigneur Jésus! — Je suis votre serviteur et le fils de votre servante. » — Et il ajoute en commentaire : « Répétons ces douces paroles, en union avec les sentiments de Marie, quand elle fut saluée par l'ange Gabriel, et suivons-la au cénacle, où sans doute elle priait avec les apôtres pour leur apprendre à prier et à obtenir les grandes faveurs de Dieu. » — « Que nous serions heureux de pouvoir, à la vue de toutes nos misères, partager l'abaissement prodigieux du cœur de la très sainte Vierge, devenant à cause de son humilité mère de Jésus ! Nous deviendrions ainsi moins indignes des effusions de l'Esprit-Saint, et nous prouverions au moins à notre Sauveur Jésus la bonne volonté que nous avons de voir se réaliser en nos âmes ses ravissantes promesses. »

Certaines paroles du P. Avancin, qu'il copie textuellement et presque sans observation, indiquent les tendances et les aspirations habituelles de son âme, surtout son goût pour les méditations pieuses et sa fidélité à ne tenir que des conversations saintes. Telles sont celles-ci : « Pour que tu mérites de recevoir les anges, c'est-à-dire les rayons de la lumière spirituelle, il ne faut pas que tu emploies ton heure de méditation avec négligence et manière d'acquit, mais il faut persévérer et dans l'attention et dans l'affection; il est bon aussi de déplorer ton aveuglement. » — « Accoutume-toi en voyageant avec le prochain à t'entretenir, non de choses inutiles, mais de choses divines, afin d'avoir Jésus pour compagnon de voyage. »

Il a écrit quelque part ees lignes : « Voici qui peut nous donner confiance, et la confiance obtient tout. J'ai trouvé hier soir le premier point de la méditation du P. Avancin pour le saint jour de la Pentecôte. » Et il copie le texte ainsi conçu : a Ce temps est mystérieux : c'était le même jour auquel longtemps auparavant la loi de crainte avait été donnée, à laquelle succède aujourd'hui la loi d'amour, que le Saint- Esprit vient écrire dans le cœur des fidèles , pour rendre le joug du Seigneur doux et léger ; car il est vrai que celui qui aime ne trouve rien de difficile. Oh ! s'il venait aujourd'hui en moi, et qu'il écrivit sa loi au milieu de mon cœur, afin que je servisse Dieu avec amour et non point avec une crainte servile! » — « Le P. Avancin a souligné, » c'est une observation de M. Dupont, qui ajoute : « Je me suis acquitté des mille : Écrivez, Seigneur, votre loi dans mon cœur! »

A propos des persécutions soulevées contre les apôtres par la synagogue juive, il fait cette réflexion : « Avant de pousser des cris de mort contre Notre-Seigneur, les pharisiens lancèrent des épigrammes sur sa doctrine et sa personne adorable. A leur tour, les apôtres, en^sortant pour la première fois du cénacle, sont accueillis par des moqueries... -, plus tard, on les conduira chargés de chaînes devant les proconsuls!... Et dans les temps modernes, l'incrédulité ne dressa les échafauds qu'après avoir vainement tenté de détruire la foi par l'ironie. »

La quatrième demande du Pater avait un attrait particulier pour lui. En la méditant, il note par écrit cette réflexion que bien des fois nous lui avons entendu faire de vive voix: « Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien... Je remarque qu'il n'y a que dans cette seule demande que Notre-Seigneur répète les mêmes paroles; car, après avoir prié son Père de nous^ donner ce pain de chaque jour, il ajoute : Donnez- le -nous aujourd'hui, qui est comme s'il disait : « Après nous l'avoir donné une fois , vous , ô Père éternel, continuez durant chaque jour à nous le donner

jusqu'à la fin du monde... » Et il renvoie à la méditation du Pater de sainte Thérèse 1 . — « On comprend mieux , écrit-il plus loin, ce que Notre- Seigneur entend par le pain quotidien de l'Oraison dominicale , lorsque la pensée se porte sur le pain immatériel. Y a-t-on fait réflexion avec un degré suffisant de foi... ? Et Notre-Seigneur ne pourrait-il pas encore dire : Que pensez -vous au dedans de vous-mêmes, hommes de peu de foi ? »

Les textes qui ont rapport à Satan devaient , on le comprend, l'intéresser particulièrement. Lorsque Jésus chasse le démon du corps d'un possédé et le « menace », en lui disant : Obmutesce, « tais-toi, » il remarque que, dans saint Marc, Notre-Seigneur parle à la tempête dans les mêmes termes : « Il menace le vent et dit à la mer : Tais-toi, reste tranquille , » insinuant par ce rapprochement que les tempêtes physiques aussi bien que les tempêtes morales sont souvent l'effet de la malice du démon.

Les dispositions intérieures qui l'animaient dans ses conversations, et la vigilance qu'il exerçait sur lui-même en parlant, se montrent bien dans les annotations suivantes à propos de « cet homme muet, possédé du démon, qu'on présente à Notre-Seigneur et qui parla, après que le démon eut été chassé » : — Reconnais que tu es muet , lorsque tu es empêché par un « sentiment de vanité » de parler « de Dieu », par le « respect humain » de parler « pour Dieu », par la « dissipation d'esprit » de parler « avec Dieu ».

Après l'Evangile, c'étaient les psaumes de David qui l'attiraient de préférence, sans doute parce qu'ils lui offraient plus d'éléments pour ses pieuses aspirations et ses formules de prière. Il avait une prédilection pour le psaume cxviil , Beati immaculatiin via. Combien de fois n'a-t-il pas répété, devant la sainte Face de Notre-Seigneur, les textes si remarquables que ce beau psaume renferme sur ce divin ob-

i Chemin de la perfection , t. IV, p. 281.

jet ! Et Dieu seul peut savoir de quels élans de ferveur et d'amour son âme était transportée en les répétant.

Un jour je lui faisais visite, le sachant, atteint par une forte attaque de goutte qui , lui tombant sur les pieds, l'avait longtemps empêché de marcher et retenu captif dans sa maison. Tout aussitôt, avec une gaieté et une bonhomie charmantes et d'une sûreté de mémoire parfaite , il se mil à me rappeler les versets de ce psaume et d'autres empruntés à tout le psautier, dans lesquels le roi-prophète demande à Dieu de ne faire usage de « ses pieds » que pour « entrer, s'établir, marcher, courir jusqu'au terme » dans les « sentiers de sa loi » et la « voie de ses commandements », me faisant remarquer, dans le sens spirituel, l'ordre de gradation suivi par le Psalmiste , et commentant ses paroles avec une intelligence et un goût de piété qui me ravissaient et me laissaient entrevoir quelles jouissances surnaturelles la méditation de ces textes lui avait fournies durant sa retraite forcée.

Après l'Evangile et les psaumes, il n'y a pas de livre que M. Dupont ait eu l'habitude de lire et de méditer autant que le paroissien. Il en avait un en latin et très complet, qu'il mettait dans sa poche et portait toujours avec lui. Le paroissien était pour lui ce qu'il devrait être pour tout chrétien pieux et éclairé, son vade mecum, son livre habituel de prière. Il y puisait aussi la meilleure interprétation et le plus sûr commentaire des paroles de la sainte Ecriture, par l'application que l'Eglise en fait, selon les différentes phases de l'année liturgique, dans les offices du dimanche ou dans les fêtes de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des saints. Il s'en inspirait chaque jour, non seulement par une pensée d'union intime avec l'Eglise dans la célébration de ces fêtes, mais aussi dans le but d'y trouver, par la lecture de l'introït, de l'oraison, de l'épître, de l'évangile et des autres parties propres à la messe du jour, les éléments de certaines prières spéciales qu'il aimait à improviser pour lui-même, et qu'il prenait quelquefois la peine d'écrire pour les autres.

Ainsi, un verset des Paralipomènes , cité dans l'introït

de la Dédicace , lui suggère cette belle prière sur la réparation des blasphèmes : « 0 Dieu 1 qui , le jour de la Dédicace du temple, dans une effusion de miséricordieuse bonté, avez promis d'exaucer du haut du ciel ceux qui invoqueraient votre Nom et rechercheraient votre Face; accordez aux associés de l'œuvre de la Réparation du blasphème, prosternés devant votre Face adorable , les grâces dont ils ont besoin pour travailler efficacement à leur propre salut et à la conversion des blasphémateurs eux-mêmes sur lesquels votre saint Nom est invoqué avec confiance , vous qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il ! »

Les signes liturgiques lui suggéraient de pieuses élévations : « ... Ce matin , dit-il , à la messe , je me suis dit que nous pourrions tirer parti des signes de croix qui se font au commencement de l'évangile sur le front, sur la bouche et sur la poitrine, en pensant que nous signons nos fronts pour demander à Dieu la grâce de nous montrer fermes chrétiens en vue de sa louange éternelle; nos lèvres, pour qu'elles laissent échapper le miel des consolations ou des instructions en faveur du prochain; nos cœurs, pour que le feu de l'amour s'y concentre afin de nous embraser et de consumer toutes nos misères. »

Les hymnes de l'Eglise le ravissaient. A Pâques , il s'écrie : « Profitons de cette dernière Pâque pour nous avancer vers la terre promise. Quelle consolation pour le chrétien de chanter avec l'Eglise l'hymne de la délivrance : Evasimus Rubrum mare!... Nous avoiis échappé à la mer Rouge!... » — La fête de Noël fait déborder les sentiments de son cœur : «Parvulus natus est nobis! Un petit enfant nous est né!... Eh! quel enfant t.. . Oh! que de choses nous seront révélées lorsqu'à notre tour nous « naîtrons » dans le ciel!... » — Une autre fois, à l'approche de la même fête, il écrit à un ami : « Venez, divin Messie!... Qu'il est consolant de penser que notre bon Sauveur se rend encore aujourd'hui parmi nous , à ce cri d'amour par lequel nos pères dans la foi l'ont fait descendre du ciel ! L'Église , en chantant ses grandes an-

tiennes, veut nous faire participer aux désirs véhéments qui consumèrent les fidèles des temps anciens 1 Et cependant, qu'attendaient-ils? Un roi puissant, un dominateur des nations!... Pour nous, enfants de l'Eglise, de quelle ardeur ne devons-nous pas être embrasés, lorsque nous appelons Jésus et que nous lui demandons de nous conduire dans son beau royaume 1 Bien plus, tous les jours, si nous sommes de bonne volonté, Jésus viendra en nous , et même avec plaisir, parce que ses délices sont d'être avec les enfants des hommes. »

A l'école de sainte Gertrude, il avait appris à profiter des oraisons de l'Eglise et des autres parties de l'office; il en exprimait le suc et la moelle : « Je vous propose, écrit-il à quelqu'un , la petite invocation dont la pensée m'est venue en lisant ce matin la communion du samedi de la quatrième semaine de Carême: « Accordez -nous, Seigneur, de mar- « cher à la lumière de votre Face , et de nous réjouir dans « les louanges que nous donnerons à votre Nom. »

A une certaine époque, je le rencontrais fréquemment le matin au sortir de la messe qu'il avait entendue aux carmélites, à la Purification ou chez les lazaristes. Il m'abordait, ayant presque toujours sur-les lèvres un texte sacré, emprunté à la messe du jour qu'il venait de lire dans son paroissien. Il me citait le passage en latin, gravement et dévotement, y ajoutant quelquefois, en manière de commentaire, une idée qui lui était propre, et toujours avec un accent de foi et une onction de piété qui me montraient •assez le sentiment intérieur dont il venait d'être pénétré devant Dieu. Sa seule manière d'accentuer et de souligner certains mots , avec le regard et le geste dont il les accompagnait, suffisaient pour me rappeler ou me suggérer ce que je n'aurais pas remarqué de moi-même, et dont je me sentais heureux de faire mon profit.

Cet homme d'oraison avait souvent aussi recours , en priant, à la force surnaturelle qui vient de l'association des fidèles entre eux par la « communion des saints » . Sa belle

âme, naturellement communicative , entrait volontiers en union de prières avec des amis ou toute personne vertueuse qui le lui demandait. « Si nos bons anges, écrit-il à quelqu'un, veulent nous donner la main (et qui doute qu'ils ne soient pas disposés à nous aider), l'arrangement que vous nous proposez nous portera profit. En mon petit particulier, tous les jours, au moment de la sainte communion , je m'unis d'intention aux bonnes âmes qui demandent des prières. »

Les besoins de la société contemporaine , ceux de l'Eglise , de la France, de certaines familles, lui servaient de motifs et d'occasions pour pratiquer et étendre ces unions de prières. Nous avons vu le prix qu'il attachait à celle qui, sous le titre de Quarantaine de saint Louis, se terminait à la fête de ce saint roi , regardé de tout temps comme le protecteur de la France et le défenseur de l'Eglise. A ses yeux, c'était la prière fondamentale pour l'œuvre de la réparation des blasphèmes. Chaque année il faisait tirer par milliers les exemplaires de cette formule, qu'il répandait de toutes parts. « On ne se fait pas une idée, dit- il, de l'empressement avec lequel ces prières sont adoptées par les âmes pieuses : c'est bon signe. » Quant à lui, il les récitait tous les matins et pendant toute l'année.

Par le même principe, il avait aussi la dévotion des mille Ave. Voici l'explication qu'il donne de cette pratique : « Ma lettre, dit- il à un ami, devant vous arriver la veille de Noël, je ne résiste pas au désir de vous parler de la dévotion connue sous le nom des mille Ave Maria; à Rome, elle tient une première place parmi toutes les dévotions. Cela consiste à dire, la veille de la Nativité, mille fois : Je vous salue, Marie, pleine de grâce... On se met plusieurs ensemble, si on ne peut pas prendre le temps de s'acquitter seul de ce petit devoir envers Marie. La pensée en est délicieuse. Pour peu qu'on ait vécu depuis l'Avent avec les prophètes suivant les intentions de l'Eglise, on se transporte par la pensée à Nazareth

et à Bethléhem... Une voix est descendue du ciel! Je vous salue, pleine de grâce, a dit l'ange! C'est la prière qu'on va répéter, puisque Jésus n'est pas encore venu nous dire : Notre Père, qui êtes aux deux!... Les plus grandes grâces sont journellement obtenues parmi les carmélites par cette aimable dévotion, et j'ai vu en faire l'expérience avec consolation dans le monde. »

Un de ses amis nous envoie à ce sujet la note suivante : « Il avait des moyens de succès à lui. Un curé du diocèse de Bourges m'a dit l'avoir consulté pour une fondation très difficile. Il prescrivit dix mille Ave Maria. Le bon curé se fit aider , accomplit l'ordonnance et réussit dans sa fondation. »

La prière de M. Dupont, comme on le voit, habituellement inspirée par la liturgie , les textes de l'Ecriture et les paroles de l'Eglise, était devenue la vraie prière, une prière éminemment catholique. Est-il étonnant que, sur les lèvres de ce pieux serviteur de Dieu, elle ait eu une si grande puissance pour convertir ou édifier les. âmes, pour vaincre et terrasser le démon?

Plus d'une fois, le fervent laïque s'est senti poussé à composer lui-même et à jeter sur le papier, pour son propre usage , des invocations et des formules analogues aux circonstances et aux dispositions où il se trouvait. Elles respirent toutes l'esprit de l'Eglise et l'onction de la piété. .Nous en avons cité ailleurs quelques-unes des plus belles *.

Tout lui était occasion de prière. — « Ces jours der- . niers, écrit-il à la prieure des bénédictines d'Arras, un prêtre missionnaire m'a donné une pensée que je vous transmets , parce que vous et vos dignes sœurs de l'Adoration en tirerez meilleur, parti que moi. Elle est de saint Augustin, qui s'écriait à la vue de Jésus -Hostie : Deus es,

1 Voir le Manuel de la Confrérie.

meus es : Vous êtes Dieu 1 vous êtes mien 1 — Que de choses en ces deux mots. » — L'apostasie de Lamennais lui suggéra l'oraison suivante : « Oremus. — Nous vous prions, ô mon Dieu , pour un de vos prêtres qui a longtemps consolé votre Église, et qui maintenant l'afflige. Nous vous prions pour M. de Lamennais : faites -lui la grâce de réparer les scandales qu'il a donnés, et de vous servir par le talent que vous lui avez confié : faites- nous la même grâce à nous-mêmes, ô mon Dieu tout-puissant, qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Amen. »

Dans ses derniers temps, il se mettait à la place d'une âme qui demande la porte du paradis : a Seigneur mon Dieu, m'inspirant de l'exemple de l'homme boiteux qui se faisait tous les jours porter à la porte du temple, pour demander l'aumône à ceux qui entraient, j'entreprends d'obtenir, par une instante prière, la grâce toute précieuse d'être placé, après ma mort, à la porte du ciel, avec la permission d'y tendre la main jusqu'au payement final de mes dettes envers la justice divine. Ainsi soit-il. »

Ainsi, comme la harpe de David, l'âme de M. Dupont résonnait à tous les souffles du Saint-Esprit , s'exhalant en soupirs d'amour, en désirs de réparation, en chants de louanges et d'action de grâces. Il rédigeait simplement et sans apprêt ces pieuses formules; il les communiquait volontiers à d'autres, mais d'une manière secrète et privée, sans vouloir jamais que son nom parût. Il lui suffisait de savoir quelles réjouissaient quelques âmes et leur avaient fait du bien.

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