CHAPITRE PREMIER
Détails sur la famille de M. Frayssinous. — Lieu de sa naissance.
Les aïeux engagent leurs descendans : il n'est donc pas indifférent de connaître les traditions de la famille de M. Frayssinous.
Celle à laquelle il appartenoit étoit honorable, et trèsancienne. Depuis cinq à six siècles, elle possédoit dans les montagnes de l'Aveyron, entre Laguiole et Aubrac, non loin de la route royale de Rodez à Saint- Flour, et sur la paroisse de Curières, la terre du Puech, vieux manoir dont la position est pittoresque. Il est situé sur le penchant d'une colline, à l'aspect du midi ; de ce manoir la vue se perd dans un horizon de vingt à trente lieues.
3 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1765] Ur des ancêtres de M. Frayssinous, qui vivoit à l’époque des guerres de religion, est qualifié wir honorabilis. Un autre membre de cette famille, cité avec éloge dans la Gallia christiana , fut le dernier abbé régulier de Notre-Dame de Bonneval. Ce monastère, de l’ordre de Citeaux, dans le diocèse de Rodez, étoit placé au milieu des bois, dans une gorge sauvage et profonde, qui part des montagnes d’Aubrac (1) ets’étend jusqu'au Lot, près Espalion. C'étoit une des plus riches abbayes de Ja province du Rouergue, qui en possédoit un assez grand nombre de considérables; mais elle eut, il y a un demisiècle, le sort de tous les établissemens religieux du même genre, sur lesquels le génie révolutionnaire porta la dévastation. La splendeur de ses bätimens, aujourd’hui en ruines, atteste encore l’opulence de ses maitres d'autrefois. Dom Jean-Aymard Frayssinous, son dernier abbé régulier, fut d’abord établi coadjuteur de labbaye, en vertu d’une bulle émanée du Siége apostolique, le 22 juillet 1660, et il prit possession en cette qualité le 4 décembre de la même année. La famille possède, à son sujet, plusieurs titres précieux, entre au-
(1) M. de Chateaubriand (Génie du Chrisiianisme, 1. VI, ch. vin,) parle ainsi des montagnes d’Albrac ou Aubrac :
« Sur une rude et haute montagne du Rouergue, couverte de neige et de brouillards pendant huit mois de l’année, on apercoit un monastere, bâti vers l'an 1129, par Alard, vicomte de Klandres. Ce seigneur, revenant d’un pélerinage, fut attaqué dans ce lieu par des voleurs ; il fit vœu, s’il se sauvoit de leurs mains, de fonder, dans ce désert, un hôpital pour les voyageurs, et de chasser les brigands de la montagne. Etant échappé au périi, il fut fidèle à ses engagemens, et l'hôpital d’Albrac ou d’Aubrac s’éleva loco horroris et vastæ solitudinis, comme le porte l’acte de fondation. Ajard y établit des prêtres pour le service de l’église, des chevaliers hospitaliers pour escorter les voyageurs, et des dames de qualité pour laver les pieds des pélerins, faire leurs lits, et prendre soin de leurs vêtemens. »
[4765] LIVRE I. CHAPITRE I. 3 tres l'acte original de prise de possession de l’abbaye le 4 décembre 1660, revêtu de la signature de tous les religieux au nombre de quarante. Dans ces actes, Dom Jean-Aymard Frayssinous est qualifié Docteur en sainte théologie de Paris, Professeur royal, et Doyen de la Faculté de Toulouze. | mourut en 1695.
Il y avoit même eu des cardinaux dans la famille de l'aieule paternelle de M. Frayssinous; et voici, à ce sujet, une note écrite de sa main.
« La tradition de la famille Flandrin, de Saint-Chély, d'où est sortie ma grand’'mère paternelle, porte qu’elle est originaire du Vivarais, et qu'autrefois elle a eu des cardinaux. »
En effet, le 30 mai 1371, le pape Grégoire XI en créa douze.
« Le huitième et le premier des diacres, dit l’Æistoire de l'Eglise Gallicane, X. x1 (1), fut Pierre Flandrin, du diocèse de Viviers, et doyen de l'Église de Bayeux. On l’appela le cardinal de Saint-Eustache, à cause de son titre. Au commencement du schisme, ce fut un des principaux adversaires d'Urbain VI. Aussi ce pape l’excommunia nommément; et, dans les formules de foi qu’il présentoit aux nouveaux évéques et aux abbés, 1l avoit inséré une promesse par laquelle on s’obligeoit à ne donner aucun secours ni conseil à Pierre Flandrin, et à trois ou quatre autres chefs du parti de Clément VII. Le cardinal de Saint-Eustache mourut le 13 juin 1381.»
Le 17 octobre 1390, le pape d'Avignon, Clément VIE, fit deux cardinaux, dit encore l’/istoire de l Église Gallicane, \. xzu (2). L'un des deux fut :
« Jean Flandrin, frère du cardinal de Saint-Eustache, mort
(1) Voyez l'édition in-8°, t. xvur, p. 159. — (2) 26. p. 394.
/ VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1765 | neuf aus auparavant. Le nouveau nommé au cardinalat avoit été doyen de Laon, évêque de Carpentras et archevèque d'Auch. Il reçut, l’année d’après, le titre de saint Jean et de saint Paul. On l’appela toujours le cardinal d’Auch. »
Telles étoient les illustrations de la famille de M. FrayssINOUS.
Son père, licencié en droit, prenoit le titre d'avocat au parlement de Toulouse. Il étoit, d’ailleurs, fermiergénéral de l’abbaye de Bonneval , dont il sous-affermoit les divers domaines. La mère du prélat se trouvoit à La Vayssière, l’un de ces domaines, lorsqu'elle lui donna le jour.