‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'Hermopolis (volume 2)Chapitre 11 sur 24 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Naissance de M. Frayssinous. —Son horreur du mensonge.—Il est envoyé au collége de Rodez. —Il ÿ a pour condisciples M. Boyer et M. de Gaston, traducteur de l'Eneide. — L'abbé Girard est leur professeur de rhétorique. — Résultats de cette premiére éducation.

Denis-Anrone-Luc, comte Frayssinous, évèque d'Hermopolis, chanoine d'honneur de l'Église de Paris, pair de France , commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, successivement grand-maître de l'Université et ministre des Affaires ecclésiastiques , premier aumônier des rois Louis X VIII et Charles X , l’un des Quarante de l’Académie francaise, naquit le 9 mai 1765.

La sagesse de cet enfant de bénédiction se manifesta de bonne heure. Il étoit doux et modeste, pieux et appliqué à l'étude.

Un prêtre, qui habitoit Concourès , lui donna les premières notions de la grammaire. Un jour, le jeune Frays-

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sinous, objet de sa rigueur, répandoit des larmes , lorsque le père de cet enfant se présenta tout à coup. Il étoit impétueux. Aussi le maître, embarrassé à sa vue, savisa-t-1i de dire, pour expliquer les larmes du fils : « I pleure de joie de vous voir. » Le naïf et pieux élève frémit en entendant cette contre-vérité, qui offensoit sa candeur , et il se rappela toujours cette petite scène , ainsi que le sentiment qu'elle lui avoit fait éprouver.

Avec l’âge se développa ce caractère aimable et réservé qui permit de le comparer au jeune Tobie.

Rodez (1) possédoit un collége, ancien novieiat des Jésuites , et dont des prêtres séculiers occupoient alors les chaires. On voulut qu'il en suivit les cours, et sa famille eut assez de foi dans la gravité précoce de ses habitudes pour le livrer à lui-même dès l’âge de treize ans. Il losea à Rodez chez un honnête artisar , d’où il se rendoit comme externe aux classes du collége. Il y eut pour condisciple un jeune parent, qui fut son fidèle ami pendant toute sa carrière.

Nous ne séparerons pas ces deux vies, dont l’une fut couronnée des honneurs les plus élevés de l'État et de l’Église; dont l’autre s’écoula dans la retraite du sanctuaire , sans autre éclat que celui de la science et de la vertu.

Pienre-Denis Boyer étoit né au mois d'octobre 1766 à Caissac, diocèse de Rodez.

(1) M. Frayssinous disoit de cette vie, dans une lettre du 25 avril 1833 à madame ©. :

« La ville de Rodez a bien son mérite dans la belle saison. Située sur une élévation, la vue en est fort pittoresque de tous les côtés. Elle a tout autour des prairies du vert le plus tendre, le plus frais, le plus agréable à l'œil qu'on puisse voir. Les étrangers en sont d'autant plus étonnés qu'ils s’y

attendent moins, »

6 VIE DE M. FRAYSSINOUS. 11766] On connoit le Rouergue, ses montagnes élevées et pittoresques, sa nature sauvage et grandiose. Le spectacle de ces beautés frappa de bonne heure le jeune Boyer. Agé de huit ans, il aimoit à errer avec les bersers de son père, pour embrasser d'un coup d'œil les profonds ravins ou la vaste étendue des cieux. Le firmament semé d'étoiles fixoit ses regards au milieu d’une nuit tranquille; ou, lorsqu'une tempête bouleversoit avec fracas ces solitudes , il bravoit hardiment la pluie pour jouir, comme il disoit, de ce bel orage. Tous ceux qui ont entendu M. Boyer orateur, trouveront, dans ces premières impressions de son existence, matière à des rapprochemens qui expliqueront son talent, son éloquence, et son genre de composition si remarquable.

Il se forme une secrète harmonie entre l’homme et les circonstances extérieures où il est placé. L'aspérité du Rouergue dut réagir sur le jeune Boyer, enfant de ces montagnes, et admirateur passionné de leur nature inculte. Son imagination se développa donc riche, feconde, impétueuse comme son caractère. En même temps la main de Dieu, si visible dans les miracles de la création , ouvroit son cœur à l'amour du Créateur; et, les bons exemples de sa famille l’inclinant à la piété, 1l annonça dès ses premières années ce qu'il seroit un jour.

Moins âgé que son cousin, 1l fréquenta le même collége, sans se trouver dans la même classe.

L'application du jeune Frayssinous ne se démentit pas. Îl occupa toujours un des trois premiers rangs pendant ses cours d’humanités et en rhétorique, classe que dirigeoit l'abbé Girard, qui dictoit à cette époque les cahiers publiés plus tard, et tant de fois réimprimés,

sous le titre de Préceptes (1). Ce professeur, se glorifiant avec raison d'un élève si illustre, s’est plu à rappeler, dans une édition de son ouvrage, qu'il avoit dicté ses Préceptes à M. Frayssinous. L'un de ceux avec lesquels ce dernier avoit coutume de disputer les premières places étoit M. de Gaston, de Rodez , auteur d’une traduction en vers de lÉnéide de Virgile, qui fut proviseur du collége royal de Limoges, et qui mourut dans un âge peu avancé. L'évèque d'Hermopolis aimoit à rapporter qu'il avoit lui-même assisté M. de Gaston dans sa dernière maladie, et qu'il lui avoit fait accepter les consolations de la religion. Pour être lent, le développement intellectuel du jeune Frayssinous ne fut que plus sur. La rectitude de son esprit se révéla pendant les deux années du cours de philosophie, et il soutint sa thèse générale avec éclat.

Le jeune Boyer eut aussi l'abbé Girard pour professeur de rhétorique. Parlant plus tard des Préceptes de son maitre, il prétendoit que l’auteur y avoit peu mis du sien, mais qu'il avoit fait preuve d’un esprit judicieux en empruntant avec goût aux rhéteurs anciens et modernes ce qu'ils avoient écrit d’excellent et de plus élémentaire, et qu'on pouvoit lui appliquer le mot de La Bruyère, que bien choisir, c’est créer. Dès-lors M. Boyer fit preuve de la vigueur de son esprit, et déploya des talens qui le placèrent en première ligne.

(1) La 19° édition des Préceptes de rhétorique parut à Rodez, en 1822, année de la mort de l’auteur.

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