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Vie de M. Frayssinous, évêque d'Hermopolis

l'itsponsaliilité de M. Frayssiiious, coninie liomme d'Etat. — Il refuse le iiége d'Amiens. — Sa correspondance avec M. Louis de SaniLucy. — Ou lui destine unévêché in partibus infidelium. — Choix du titre A'Hermo- /.(o/i5.— Etat actuel de cette ville. — M. Frayssiuous est ])réconisé. — .Com|iliment que lui adresse M. de Sand)ucy.

Après avoir montré dans M. Frayssinous le prêtre et l'apologiste de la religion, nous allons faire voir en lui l'évêque et le ministre. Des devoirs nouveaux vont lui être imposés, et avec ces devoirs une responsabilité nouvelle, mais qu'il ne faut pas exagérer. M. Frayssinous, dans ses notes manuscrites, a combattu ceux qui assignent, sinon pour cause unique, du moins pour cause principale, aux maux présens les fautes des bommes qui

ont tenu les rèncs de l'auioiilé sous la Restauration. 11 veut qu'on cherche cette cause hien moins dans le gouvernement que dans un ensemble de choses plus puissantes que les hommes, dans l'empire des circonstances, d'institutions établies, de doctrines qui avoient prévala; ensemble formidable, contre lequel il falloit lutter sans doute, mais dont il seroit injuste d'exiger que les dépositaires du pouvoir eussent triomphé complètement. C'est à la lumière de cette réflexion qu'on lira la suite de notre récit.

La mort de M. de Bombelles, arrivée le 5 mars 1822, ayant faitvaquer le siège d'Amiens, on l'offrit à M. Frayssinous. Bien que cette résidence fût rapprochée de Paris, il refusa de succéder à M. de Bombelles, tant la charge dames inquiétoit sa conscience. « Si je devois, disoit-il d'ailleurs, accepter le gouvernement d'un diocèse, je me démettrois d'abord de la place de premier aumônier. » En effet, ses fonctions à la cour l'eussent empêché de résider au milieu de son troupeau, et il ne savoit pas remplir son devoir à demi.

Le 7 décembre précédent, M. Louis de Sarabucy, qui venoit d'apprendre la nomination de M. Frayssinous à la charge de premier aumônier du Roi^ lui avoit écrit :

« Vous ne m'accuserez pas de vous importuner par de fréquentes lettres, puisque, depuis le 13 août 1818, je ne vous ai donné aucun signe de vie — Vous me permettez aujourd'hui de... vous faire un premier compliment, qui sera liès-sùrement suivi de plusieurs autres. Je peux dire à un ami et à un compatriote : Tu gloria Jérusalem, tu honorijîccntia populi nosiri. Je joiùs de tous les honneurs dont le Roi environne votre mérite , par la perspective de tout le Lien que vous serez à uième de faire; car quel motif pour-

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roit vous plaire on vous intéi esser, sinon celui de la gloire «le Dieu ou du salut des âmes qui vous a toujours dirigé?... Placé par la divine Providence dans le centre des affaires pour leur donner une direction utile, ou pour tirer le bien du mal, vivez heureux au milieu du bien que vous faites; et conservez-moi toujours un tendre souvenir dans votre Mcmenio : j'y attache beaucoup de prix. Vous êtes du petit nombre de ceux que les honneurs ne changent pas, avec votre cher archevêque. »

M. Frayssinoiis répondit, le 7 mars, à cette lettre :

« Il faut, mon cher compatriote, que vous ayez une mémoire bien fidèle, ou que vous teniez une note bien exacte de vos lettres, pour savoir que la dernière que vous avez bien voulu m'écrire est du 13 août 1818 : c'est-là une chose que je vous envie, et ce n'est pas la seule. Je ne puis qu'être touclié de votre aimable souvenir, et il faut que je compte bien sur votre indulgence pour que j'ose vous écrire après avoir tardé si long-temps. Monseigneur le grand-aumônier aura été, j'en suis sûr, plus exact que moi. C'est un excellent prélat, plein de vertus et de mérite. On doit en remercier le « iel. Vous aurez appris par les papiers publics les tribulations que vient d'essuyer xiotre très-digne archevêque, au sujet d'une espèce de mission qu'il avoit ordonnée dans un des cjuartiers de Paris qu'il se propose de visiter. Cela s'est calmé, grâce aux mesures de rigueur prises par l'autorité. Notre Eglise de France fait des pertes tous les jours; voilà encore l'évêque d'Amiens qui vient de mourir; les sujets pour l'épiscopat sont assez clair-semés; la disette se fera sentir de plus en plus. Il y a pourtant encore un fond de vie dans le clergé et les fidèles; mais l'irréligion est bien puissante. Attendons tout de la miséricorde divine. Pour vous, vousvodà toujours à côté de la Chaire inébranlable, faisant le bien qui est en votre pouvoir. N'oubliez pas ceux qui sont vos compatriotes à double titre, comme moi. Mon élévation

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ne m'élilouit pas, ce ine semble; mais les places un peu élevées ont toujours bien des dangeis. Adieu. Recevez l'assurance de tous mes sentiinens.

>. L'Abbé FRAYSSINOUS, Premier Aumônier du Roi. »

M. de Sainbucy ne se Irompoit pas en disant qu'il auroit bientôt l'occasion d'adresser un nouveau compliment à son illustre compatriote. M. Frayssinous redoutoit la charge d'ames. Dès qu'il fut question de lui conférer un simple titre d'évèché in partibus infîde/ium, il se soumit.

Parmi les titres épiscopaux que le saint Père confère habituellement, suivant l'ordre chronologique des vacances indiquées par une liste dre.ssée à cet cfFel, M. Frayssinous désira choisir celui qu'il étoit destiné à porter. Le savant historien de Pie VII, de Léon XII et de Pie YIII, M. le chevalier Artaud de Montor, dont la sœur, vouée à tous les genres de bonnes œuvres, se trouvoit ainsi en relations avec le premier aumônier, ayant connu par son entremise le désir de M. Frayssinous, lui envoya de Rome la liste des titres vacans. Louis XVIII, auquel elle fut communiquée, choisit pour son premier aumônier celui d'Hermopolis, ou ville iïHernws, dans la Haute-Egypte. Le prince lettré se rappela que, dans les brillans systèmes du paganisme, Hermès ou Mercure étoit le dieu de l'éloquence; et il fit^ dans cette occasion une application ingénieuse, quoique peut-être un peu profane, de son savoir.

M. le comte d Fstourmel décrit en ces termes, dans son Journal si plein d'intérêt r/'z/// Voyage en Onenl{\),

(1) Tumc 11, |). 4''y'

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la ville donl le nom alloit devenir le tilre épiscopal de M. Frayssinoiis.

» Un grand tertre noiisi[;nalereniplacenienl de l'ancienne cité d'Herniopolis : c'est la poussière de ses maisons, la cendre de ses briques crues. Non loin de là, quelques débris de colonnes à demi enterrés, comme des ossemens qui apparoîtroient çà et là dans un cimetière, sont tout ce qui reste du fameux Portique. Le temps et la barbarie l'avoient respecté jusqu'à nos jours; mais l'Egypte se civilise : on a pensé que ce monument, long de cent pieds, et cjui étoit soutenu par douze colonnes de granit de soixante pieds de hauteur, sur vingt-quatre de tour,, pouvoit être utilisé; en conséquence, on l'a démoli, et on l'a fait servir aux fondations d'une fabrique de salpêtre. Nouveau genre de ravage, réservé ici à ce salpêtre infernal. C'est ainsi que, sur les bords du Nil, la destruction est partout à l'ordre du jour, sous le nom d'utilité. Un bâtiment ne peut s'élever, sans qu'un monument disparoi.sse. Ils y passeront tous, jusqu'au dernier; la fabrique envahira tout; l'industrie seule aura ses autels; et Isiset Osiris feront place au dieu Calicot. Je ne m'en plaindrois pas, si les temples de celui-ci n'étoient pas faits aux dépens des autres. » ■

Ce fut dans le consistoire du 19 avril 1822 que Pie VII institua pour l'église d'Hermopolis inpartibus injîdelium M. Denis- Antoine-Luc Frayssinous, maître en théologie, premier aumônier du Roi très-Chrétien. Dans le même consistoire, et par une touchante coïncidence, il institua pour le siège de Mende M. Brulley de LaBrunière, docteur en théologie, qui avoit été autrefois maître de conlerences de M. Frayssinous à la communauté de Laon.

Le 20 avril, M. Louis de Sambucy écrivit de Rome à lévêque élu :

" Mon bien cher prélat, je vous iais mon sincère comphu.

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ment : vous voilà enfin évèque d'Hermopolis . Si j'avois eu le clioix ou votre autorisation, vous seriez évêque deNazianze, et vous succéderiez à mon saint favori, saint Grégoire, auquel vous succédez si bien dans la défense de la foi. N'importe ! vous illustrerez le siège d'Hermopolis, car il est peu connu. Je veux me donner le plaisir de fouiller, ces jours-ci, dans les archives du consistoire, pour vous trouver vos prédécesseui's. »

Quelques jours après, M. L., rencontrant le nouveau prélat rue de la Planche, lui adressa la parole, en l'appelant par habitude Monsieur l'abbé, au lieu de le nommer 3Ionseigneiir, suivant l'usage. 11 s'aperçut de son oubli, et en fit ses excuses. M. d'Hermopolis lui répondit, avec ce sourire de bonhomie qu'on lui connoissoit : « Je suis et serai toujours le même. »

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