‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 50 sur 205 · VIE BE M. 0L1ER · texte numérisé non relu

VIE BE M. 0L1ER

teur, et commença a lui faire goûter coaibien il est doux à ceux qui lui demeurent fidèles. Un jour, comme il se préparoit à la sainte messe, il se sentit Tame inondée de joie, et trouva les impressions du divin amour si délicieuses, qu'il les 'a toujours regardées comme un avant-goùt du paradis. Les larmes qu'il versa dans ce moment , lorsqu'il étoit encore à la sacristie , et les soupirs qu'on l'entendit pousser avec toute l'eft'usion d'un cœur qui n'est plus maître de retenir ses mouvemens, firent craindre à un des prêtres de sa compagnie qui prenoit les vétemens sacrés pour monter à l'autel, quelque révolution subite dans la santé, ou peut-être dans l'esprit de M. Olier :^ tant le plaisir qu'il éprouvoit dans son ame agissoit sur ses sens extérieurs. Mais ce changement ne fut pas de longue durée ; il n'eut presque que le temps de respirer pour se préparer à de nouvelles secousses , qui suivirent de près cette dernière vi- • site. M Elle ne m'empêcha pas , dit- il , de me re- » garder toujours, après que j'eus offert le saint » sacrifice, comme un nouveau Judas; cai* je ne » regardai point la faveur dont je viens de parler » comme une grâce, ne croyant point qu'étant » dédaigné et réprouvé de Dieu, comme je l'étois » depuis si long-temps, j'en pusse recevoir au- » cune. Toute la joie que je venois de ressentir » ne me paroissoit qu'illusion ; idée qui me de- » meura si profondément gravée dans l'esprit, )) que j'en perdois le sommeil. Au miheu de la » nuit , je me réveiliois de la frayeur que me » donnoit la pensée de ma réprobation ; il me » sembloit voir au pi«d de mon lit les démons qui

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» vouloieut DiVntrainer en enfer. Je crus les en- » tendre dire une fois : Donne-toi h nous, et )) nom te délivrerons de tes peines. Ce qui m'af » fligeoit le plus , c'étoit de voir intérieurement » mon Dieu me rebuter, moi et toutes mes œuvres » J'avois bien déjà ressenti celte grande tribulal » tion plus de trois ans auparavant en Auvergne » lorsque notre Seigneur m'avoit fait connoîlrê » que toutes mes actions étoient pleines d'amonr- » propre : mais combien elle avoilaugmenté alors ' » Outre que j'élois toujours en ténèbres, toujours »en sécheresse, toujours vide de Dieu, au » moins selon le sentiment, je ne trouvois en » moi que mouvemens d'orgueil et -d'amour de » moi-même; je ne pouvois toucher ni sentir >. autre chose; je me voyois tout environné de » respect humain, tout saisi de crainte, toujours » cherchant par force, et sans pouvoir éloigner »> cette pensée, quels étoient les jugemens" du « monde sur ifioi. J'étois en peine si je ne passois pas pour un ignorant, un stupide, un idiot- » pour un homme sans piété, sans charité, san4 >' patience. Je ne pouvois sortir de là, toujours >> persuadé au fond que j'élois un réprouvé, et >« m imaginant toujours que les autres en étoient

)' persuadés comme moi Je ne pouvois avoir

» de paix, dans ces agitations continuelles, qu'en » me couchant la face contre terre, et en me ■» prosternant intérieurement devant Dieu , abîmé » sous sa main toute-puissante , tout prêt à des- » cendre dans le tombeau , pour y demeurer » mort à tout et oubhé de tous les hommes, avec >' qui je n'étois pas digne de vivre ».

l.^ç^ VIE DE M. OLIER.

Des dispositions si parfaites ne pouvoient être y "° ffue des sources de grâces extraordinaires. Aussi

pèlerinage a*l"^ y ^ ' ». ^ {

Chartres, et yil-on bientôt M. Ober croître encore en saintettj , il est aéjivré devenir l'instrument des plus grandes œuvres, ^s.''' Dieu, content de sa soumission et de sa persévérance, lui rendit avec les lumières de l'esprit et *~ . les autres dons qu'il lui avoit retirés pour un temps, toute la liberté nécessaire pour Texécution du projet qui lui avoit été si instamment recommandé par le P. de Condren, Ce fut encore à la sainte Vierge qu'il dut le retour de la paix dans son cœuf , et le changement qui s'opéra dans son intérieur : car c'étoit toujours à elle qu'il avoit recours dans ses perplexités; et toutes les places quil demandoit à notre Seigneur, A les sollicitoit toujours en son nom. Au sortir d'une mission qu'il venoit de faire dans le diocèse de Paris , il alla , avec les prêtres qui lui étoient asso- / ciés, en pèlerinage à Notre-Dame de Chartres. Dès qu'il eut invoqué la Reine diï ciel , tous les nuages qui etiveloppoient son esprit se dissipèrent, et dès-lors ce ne fut plus le même homme. Aussi profita-t-il d'une circonstance si favorable , pour metire la première main à rétablissement toujours projeté depuis plusieurs années, et toujours suspendu. Après en avoir conféré avec les ecclésiastiques qui Faccompagnoient , il crut ne pouvoir mieux fkire que de choisir la ville même de Chartres pour l'érection du séminaire qu'il

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r/tablisse- s'agissoit d'entreprendre. Il y fut encourage par mentcruusé- le bon accueil que lui fit M. de Valencé , qui eu mirnm*. ^^^-^ ^vêque, et qui fut depuis archevêque de».

Rhcims. Sous les auspices de ce prélat, et plus

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encore de la Mère de Dieu, ils s'e'lablirent en celte ville; et dans la résolution de s'y fixer, ils formèrent une communauté, dont M. Amelotte^ l'un d'entre eux, fut élu supérieur. Les autres, au nombre de huit, partagèrent les dilFérens emplois de la maison. Pendant quelques mois, ils se bornèrent à édifier la ville et le diocèse par la sainteté 'de leur vie, attendant qu'il plût à Dieu de leur donner matière à exercer leur zèle, en travaillant à préparer les jeunes ecclésiastiques au sacerdoce. Mais le succès ne répondant pas à leurs vues, et au dessein de Tœuvre qu'ils avoient ^ concertée, ils crurent, ou que Dieu la réservoit à un autre temps*, ou qu'il voulôit qu'elle se fît flans un autre lieu ; et dès la fin de iC4i , ils résolurent de quitter Chartres.

•^'^ M. Olier avoit profité des derniers jours de tx •belle saison pour faire le second voyage de Bretagne, dont on a parlé sous l'année 1639; et presque tous les autres se retirèrent successive- 'ment à Paris ovt aux environs, cherchant, pour ne pas laisser leur zèle oisif, de nouvelles œuvres à entreprendre. Un de ceux que le serviteur dé Dieu respectoit et estimoit le plus, étoit M. Picotté, homme d'un extérieur peu avantageux, mais doué d'un grand don d'oraison , fort versé dans la direction des ames, et qui, à la simplicité guc notre Seigneur a mise au nombre des vertus apostoliques, joignoit tout le zèle que donne l'esprit de Dieu à ceux qui ont tout quitté pour lui. Ce fut celui dont la divine Pro.vidence se servit pour reprendre l'œuvre qu'on venoit d'abandonner; et voici comme elle en prépara le succès.

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VT.* Madame de Villeneuve, qui fut dans la suite ^.'^''T''' ' fondatrice des filles de la Croix, étoit une de

lion faite a ^ ^ • < xr • J

M. piooité ses pénitentes. Elle demeuroit alors a Vaugirard , pour l'cta- village près Paris , où elle vivoit seule dans une dasTi^naire ^spèce de retraite continuelle. M. Picoltë alla lui par madame faire uuc visite. Dans Tcntretien qu'ils eureixt aeVilIeneu- ensemble sur ce qui s'ctoit passé à Chartres, cette dame , occupée depuis long -temps à demander à notre Seigneur, pour le bien de sou Eglise, rétablissement des séminaires dans le royaume, moyen le plus propre à opérer la yér forme du clergé, parut fort touchée du récit qu'elle entendit taire à son directeur. Après plusieurs réflexions à ce sujet ^ .« Mais qui sait, lui » dit -elle, si Dieu ne voudroit pas que votre » établissement se fît à Vaugirard? Monsieur^ . » a joula-t-elle; je vous prie d'y penser ». Il étoit difficile que cette proposition fut regardée comme une inspiration, ou même comme une pensée raisonnable ; tout autre que M. Picolté .en eût fait nie esi rc- dcs plaisanteries : il se contenta d'en témoigner sa surprise, et la rejeta. Madame de Villeneuve n'étoit pas de caractère à se rebuter pour un pre- Hiier refus : elle fait instance ; elle représente les ouvertures qui paroisseut ménagées par une disposition particulière de la divine bonté , pour tenter l'œuvre qu'elle proposoit j elle en fait sentir tous li^s avantages, et indique les moyens delà faire réussir. M. Chopin, docteur de la maisoa de Navarre, qui est mort doyen de la Faculté de théologie de Paris, étoit curé de Vaugirard. Elle assuraM. Picotté qu'il en seroit ravi j qu^il leur donneroit son église pour faire leurs fonctions; ajou-

tant que pou? ce qui la rcgardolt personnellement, elle s'engagcoit à les loger, et même, s'il étoit ne'cessaire , à les nourrir. Elle n'ou})lia ni la facilité où l'on seroit de conserver l'esprit de retraite dans un lieu aussi tranquille que Tétoit alors Vaugirard , ni les avantages qu'ils pourroic nt tirer du voisinage de Paris, en y allant prendre conseil pour avancer l'œuvre de Dieu, et en assurer la solidité. Elle ne lui laissa point ignorer les prières qu'elle avoit fait faire , outre celles qu'elle avoit faites clle-mcmc pour intéresser le ciel dans cette entreprise ; l'attrait qu'elle se sentoit à les redoubler tous les jours, et enfin les motifs qu'elle avoit de bien augurer du succès. Elle lit tant que M. Picotté, après avoir recommandé la chose à Dieu de son côté , en écrivit à ceux de ses amis qui étoient encore à Chartres. A l'ouverture de sa lettre, ils prirent sa proposition /'< pour une pieuse rêverie j et quoique leur zèle / ; . pour l'établissement du séminaire ne fût pas re- OV? froidi par le peu de bonheur de la première ten- fe* ;^^ tative, ils crurent que de quitter Chartres pour V^^V aller se confmer dans un petit village, et y jeter les fondemens de la réforme du clergé de France, c'étoit une idée qui choquoit le bon sens. 11 n'y eut qu'un avis sur la réponse qu'on devoit faire à M. Picotté; elle ne pouvoit être plus opposée aux vues et aux désirs de madame de Villeneuve."

Cependant M. l'abbé de Foix s'étant retiré à Vin. Paris , M. Picotté lui représenta de vive voix les ^^«^«stgoii

^desseins de celte dame , et de telle manière qu'il p^pi^^ vint à bout de l'ébranler, jusqu'à obtenir de lui

•qu'il allât en conférer avec elle. Frappé de tout

tée ensuite curât

ce qu'elle lui dît en fa veut* du nouveau projet, il crut y apercevoir des signes de la volonté de Dieu, et y donm les mains. Il manda M. du Feririisr pour en traiter avec lui. Celui ci mon-- Ira dVibord une extrême répugnance; mais après y avoir mûrement réfléchi pendant q^uelques jours, il commença à penser différemment. 11 entra dmc pleinement dans Popinîoa des deux premiers, et tous trois furent davis d'en écrne en Bretagne 4 M. Dlier» . .

M Œicr s' PicoU^é, son confcsset^y ^pdjmit été sa coi^

rrfiisccTa- ^ solation daQs ses peines intériéores, se chargea Bord, puis de k commission. U lui fit un long exposé de 1 ai^prouve. ^ avoit été discuté par rapport à rétablissement, le conjurant de s'y ren4re &vorabIe , ou an moins de revenir incessamment à Paris pour traiter raffaire de vive voix. M. Olier y trouva encore plus de dilEcuités que les autres^ et )es^|l/^^:;âans sa réponse à M. Ficotté. Néanr mpins, p0lir satis&ire an désir de ses amis, il part» tit peu de jours après. Arrivé à Paris , quoi qu on put |ui 4ire > il se tiouva toujours aussi opposé à ravis de madame de YiUeneave : ne voulant pas toutefois rejeter absolument sa proportion, il la recommanda à notre Seigneur. Se sentant même porté ùiiiiir.Q une retraite pour mieux invoquer les Jlui^^^téSe^ y il alla à If otre-Dapie de Liesse , prëiâSi^t-fie^main-en<?Laye , où il avoit déjà bit quelques pèlerinages, et y demeura un temps CQnsi4ér*ble. M. Picotté ïy alla visiter quel? ^^j£m , ê(tà^^p avec lui et Famster

spjrimelWiPént, soit pour savoir ce que Dien lui ii^^^j^^^ sur raiiàire mise depuis

LIVRE iir. io5 long-temps en délibération. Pendant sa retraite , notre Seigneur lui apparut, et lui promit une assistance particulière. « Comme je ne savois quel V parti prendre ( c'est ce qu'on lit écrit de sa )î main ) ni quels seroient les membres de ce corps » que je pensois à établir, ce bon- maître daigna » me visiter en esprit ^ et me fortifiant , il me paroissoit porter une compagnie dans ses » bras ; ce qui me donna beaucoup de confiance, î) Voulant ensuite sortir de ma solitude pour )) aller retrouver nos messieurs qui m'appeloient ^» a Paris, je fus arrêté, et me sentis porté par r'i^ un mouvement intérieur à me prosterner par » terre. Je le fis aussitôt; et adorant mon Dieu, » je lui demandai abondance de charité pour tous )» ceux qui dévoient servir à l'exécution de son » dessein; ce qui me fut promis, et comme acî> compli dans le même instant: car il me sem- » bloit voir nos messieurs nager dans la gi âce et w dans l'amour. Sorti de ma retraite, etles trouvant tout découragés d'avoir vu échouer le séminaire » de Chartres, je les exhortai puissamment à re- )î prendre courage, leur disant que Dieu nous » porteroit entre ses bras comme de petits en- » fans ». SI ^

M. Olier, revenu à Paris, trouva M. l'abbé de . Foix et M. du Ferrier dans les mêmes sentiment ou il les avoit laissés ; mais les autres pensoient toujours bien différemment. Le mauvais succès de la première tentative, et le peu d'apparence qu'une seconde, hasardée dans un village, fut * plus heureuse , les faisoient revenir encore à lavis de préférer l'œuvre des missions, travaj.1 dont

lo6 VIE DE M. ÔLIER.

Texperience leur assurolt les plus grands fruits; tandis qu'au jufçement de tout homme sage , d'après ce qui venoit de leur arriver à Chartres, riea au monde n'etoit plus incertain que la nouvelle entreprise. Ils insistèrent en vain ;,le serviteur de Dieu n fut point ébranlé. L'avertissement secret , qu'il avoit reçu depuis long-temps de Notre Seigneur , qdil voulait se servir de lui pour former de bons prêtres y ne pouvoit s'elTacer de sa mé- V moire. Outre difll'rentes révélations de la sainte

yierge, la mère Agnès l'avoit assuré qu'il étoit destiné de Dieu à l'éducation des clercs et à la direction des ecclésiastiques. Cette vocation sur : laquelle, dès lage de sept ans, Dieu lui avoit donné quelque rayon de lumière , comme il l'a rapporté lui-même depuis qu'il avoit été dirigé par le P. de Condren, il avoit toujours cru devoir la remplir en fondant un séminaire. Il s'agissoit de connoitre le temps marqué par la divine Providence , pour en commencer l'établissement : or, du moment où notre Seigneur lui eut parlé dans sa retraite, il ne douta point qu'il ne fût arrive'. Plein de cette confiance, il sut tellement l'inspirer aux compagnons de ses travaux, qu'il les amena enfin à son opinion. On ne pensa donc plus qu'à mettre la main à l'œuvre, en jetant à Vaugirard mémo les fondemens du séminaire, dont il avoit le plan tout tracé dans l'esprit.

Mais notpe Seigneur, par une révélation par- Kouvelleré- ticulière, prépara à son serviteur une nouvelle : rélaiion oc ^j,^-^ ^^^^ \^ nature et la cause firent connoître

casion d^une , . . n • i • * ^

nouveUe combien il avoit acquis d empire sur lai-meme. croix. Comme M. Olier proposoit à^nolre Seigneur

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