‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 57 sur 205 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

nir sur ses pas , il usa de tous les motifs , et fit jouer tous les ressorts que pouvoit employer un homme du monde en pareille circonstance , et ' un Irère jaloux de ravancement de sa familie. Ils euront ensemble plusieurs entretiens, où jamais M. 0 lier ne perdit rien de cet esprit de modération et de paix qui est la marque du vrai zèle. Coml)ieu d'autres , pour ne point contrister une mère et un frère qui lui avoient rendu les plus grands services, et sembloient me'riter toute condescendance, eussent succombé à la tentation, en se rendant à leurs désirs î On vit arriver tout le contraire. Dieu changea le cœur de son frère, qui cessa bientôt de l'importuner, et consentit même, quoique par des vues temporelles, a le voir persévérer dans sa résolution. Sa mère ne se rendit pas si facilement, parce qu'elle ne ' connoissoit ni le prix du ministère pastoral auquel Dieu l'appeloit , ni la fermeté de son ame ; car dans une affaire de cette importance, il étoit - invariablement déterminé à n'écouter que la voix de notre Seigneur, sans nul égard pour celle de la chair et du sang. Un homme qui avoit appris si souvent aux autres à quitter père et mère , et à tout abandonner , lorsqu'il s'agissoit d'obéir à Dieu , loin de se laisser ébranler par les sollicitations çle la tendresse maternelle, devoit les regarda r plutôt comme un moyen de s'affermir dans la fidélité qu'il avoit vouée à Jésus-Christ. Il usa donc du droit que donne à un fils la qualité d'enfant de Dieu, de s'opposer à ceux qui lui ont donné le jour , dès que leurs volontés ne s'accordent pas avec les desseins du c\e\* Il représenta à sa

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mère, avec tant de respect et de douceur, mais aussi avec tant de caractère et de force, Tobligation où il ctoit de ne point résister à la volonté de Dieu , qu'elle ne put s'empêcher de lui donner son consentement. Ce fut toutefois avec un, reste de répugnance et de ressentiment , dont elle ne fut jamais parfaitement guérie.

' « Dans Taffaire de la cure, écrivoit-il quelque » temps après à un de ses amis, à laquelle ma w mère ne pense toujours qu'avec aversion, de » grands serviteurs de Dieu m'ont dit qu'elle par- » loit selon l'esprit du monde et le langage de la » chair. Ils ont raison, et je le dis comme eux. » Dieu, en nous accordant la grâce du baptême, » nous a ordonné de renoncer à la chair toujours >^ contraire à l'esprit, comme l'esprit est toujours » opposé à la chair ; ce qui a fait dire à saint Paul : » Depuis que fai été appelé a la prédication de /» V Evangile , je nai point adhéré a la chair et M au sang. Je le confesse de même par la divinô .vO) miséricorde, qui seule nous donne la grâce de r» la persévérance, que dans toute rencontre où 31) Dieu m'appeloit à lui, je n'ai cessé d'être cou- *i> tredit par mes proches: jamais je n'ai rien enr» trepris pour la gloire de notre Seigneur, sans .v» en être blâmé j et en remontant jusqu'aux an- '» nées de ma jeunesse, excepté le temps ou j'ai voulu paroître dans le monde, (temps qui a fort » peu duré) ma mère m'a toujours regardé d'un » mauvais œil. Aussi ai-je éprouvé ce que Jésus- » Christ nous a promis dans l'Evangile 5 car sou- ,»» vent il a plu à Dieu de m'unir à des personnes 4» d'une sainteté éminentc, qui m'ont tenu lieu

LivBE lîi. ia3 n de père, de mère, de frères et de soeurs. J'ai •» presque toujours reçu ces grâces avec étonne- » ment, sans en pénétrer la raison, comme je la w pénètre aujourd'hui : je ne (aisois pas attention » à Ja. bonté de Dieu, qui se plaît à rendre aux w siens , dès 6e monde , tout ce qu'ils ont quitté » pour lui, n'attendant pas, pour récompenser î) nos sacrifices ; que le dernier )our soit venu : » Nuhc in tempore hoc y nous dit-il dans l'E- )) vangile )>. • * »• • " ■^••»>»4-:-j' .♦.■^ -v^- isi,

'" Le mécontentement et les reproches de son frèfé avoient cessé ; mais ce ne fut pas pour longtemps. Il s'étoil rendu au parti qu^il avoit d'abord hautement désapprouvé , parce qu'il se flattoit qu'au moins étant curé dans une grande paroisse do Paris, M. Olier ne mèneroit plus un genre de vie si austère ; et que , contraint de sortir de l'état de pauvreté auquel il s'étoit réduit depuis plusieurs années, il reparoîtroit avec un tràiii ïnieux assorti à sa naissance, et plus conforme aux vues de sa famille. S'il eût bien connu son génie et ses principes ^ il eût conjecturé tout au- •trement; mais cette fausse persuasion servit au moins à faire réussir plus facilement l'œuvre de Dieu , entreprise par son serviteur : trait de Providence sur lequel il s'exprimqit ainsi long-temps après dans une autre lettre : « C'cfet une chose . » singulière, que mon frère ait goûté alors le » parti que je pris, d'accepter la cure de Saint- » Suipice. Si la considération de l'avantage que » i'eU espérois , et sur lequel j'indstai dans l'ouvcr- » ture que je lui fis, l'amena à mon sentiment la » raison de sou changement, ce] fut encore plus

» l'espérance qu'il avoit de son côté de me voir » reparoîlre dans Paris riche bénéficier, et y rc- )) prendre tous les usages du monde. Mais comme, » depuis que je suis curé, j ai toujours voulu être » aussi simple et aussi pauvre , croyant qu'un » prêtre doit être mort au monde et à ses livrées, » encore plus qu'un religieux, qui se rendroit » ridicule s'il preuoit le train d'un homme .du » siècle 'y comme d'ailleurs mon frère n'a jamais » pu s'accommoder à l'idée d'une cure, titre qui » ne lui paroissoit pas digne d'un homme à qui » l'on a offert plusieurs évêchés, est -il élon- M nant qu'il ne puisse plus me souffrir, ni ma » condition »?

^ Les traverses qu'éprouva M. Olicr de la part

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le traversent sa famille, ne furent pas les seules qu'il eut a en secret surmonter. Quelque redoutable que soit un bénéfice auquel est attachée la charge des ames , dès qu'il est d'un revenu considérable, il est difficile / qu'il ne réveille pas la cupidité de plusieurs, et ne les porte pas à faire quelques démarches, pour supplanter celui qui est mis le premier sur les rangs. Ce fut aussi une seconde espèce de batterie^ q^ue l'ennemi dressa contre M. Olier. On eut grand soin de la préparer dans les ténèbres ; mais Dieu la renversa comme toutes les autres, en découvrant à une ame favorisée de lumières extraordinaires , ce que l'on concertoit secrètement contre lui , et on détournant ainsi les coups qu'on vouloit lui porter. Voici ce qu'on trouve écrit a ipe sujet dans une de ses lettres : « Deux jours » après le fait que vous savez , cette bonne ame » vit dans une lumière intérieure deux ccclésias-

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m tiques , qui , à Fautre bout de Paris , prenoient » ensemble leurs mesures pour faire e'chouer Tafy\ faire , et sur Theure fit part de cette vue à quel- » qu'un qui avoit toute sa confiance. Le^ lende- » main un d'eux venant la voir , comme elle fut » avertie intérieurement de sa visite, au moment » qu'il se présenta , elle sort de son appartement >> pour aller au-devant de lui; et, dès qu'elle le » voit entrer , elle lui dit en toute simplicité' : » Hé bien, Monsieur, vous allez remuer beau- » coup, vous voulez donc empêcher l'œuvre de » notre Seigneur; hier, entre quatre et cinq,

, » vous et telle autre personne, vous vous en oc- » cupiez vivement. Je vis bien le démon qui s'en- )) tendoit avec vous, et qui, travaillant à la » rompre, sut faire une forte impression sur votre » esprit ; mais, croyez-moi , prenez garde à ce que )) vous allez faire ». Il n'en fallut pas davantage pour déconcerter toute la manœuvre : on avoua tout, et l'on n'osa plus rien entreprendre. r

, Il n'y eut pas jusqu'à des amis de M. Olier, XXI. Qui, croyant l'obliger en lui conseillant de refu- ^^.*P'''*P'"c*

j. ^ J . " ^ . . . , amis travaii-

ser la cure de Saint-Sulpice , favorisoient, sans le lent à le disi vouloir , les sourdes entreprises du prince du saader d'ac-

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