LIVRE III
sonnes de considération pour obtenir son consentement. On lui fit les plus vives instances. L'homme de Dieu se vojant pressé de toutes parts , craignit de résister aux ordres du ciel , et se crut obligé de réfléchir sérieusement sur la proposition qui lui avoit été faite. Il recommanda lafFaire à notre Seigneur et à la très-sainte Vierge. Ses prêtres se joignirent à lui pour prier, et invoquer les lumières du Saint-Esprit. Plusieurs, touchés de l'espérance des grands fruits que pourroit opérer dans une si vaste paroisse une corn* pagnie d'ecclé dastiques gouvernée par un homme dévoré de zèle et rempli de sagesse, lui représentèrent que, toutes choses mûrement pesées, la volonté du Seigneur paroissoit trop se manifester , pour faire de plus longues résistances. Les mouvemens secrets de son cœur s'accordoient parfaitement avec Tavis qu'ils lui dounoient : car depuis qu'il avoit consulté Dieu par de fréquentes oraisons, il ne ^cssentoit plus la même opposition • intérieure; il lui sembloit au contraire que Dieu s'étoil servi de M. de Fiesque pour ouvrir une voie à la consommation de son projet d'établir un séminaire où Ton recevroit des ecclésiastiques
, de toutes les provinces du royaume , pour les préparer au sacerdoce. Il lui répondit donc, à la ' fin , qu'il entreroit volontiers dans ses vues , et
. eut avec lui plusieurs entretiens particuliers.
^ Mais trop petit à ses yeux pour n'être pas ef- XVIII. frayé d'une charge aussi considérable que le gou^ Iiraccepic. vernement de la paroisse de Saint-Sulpicc, une des premières de Paris, et la plus nombreuse,
. peut-être , du monde entier, il eut la peiyée de
la faire accepter à celui de ses prêtres qu^on ]ug^é* roit le plus capable de la conduire. Tous ceux à qui il s'adressa s'accordèrent d'eux-mêmes à \ refuser l'offre qu'il leur faisoit , et il n'y eut qu'une ' voix pour conclure que personne n'en étoil autant digne que lui. Après avoir pris encore quelques jours pour consulter Dieu et les homme s rem- V plis de son esprit , il se rendit enfin , et accepta la cure. Il devoit s'attendre à n'être pas aussi applaudi, soit au dehors, par toutes les personnes du monde accoutumées à envisager les bénéfices avec l'œil de la chair , soit même au sein de sa famille , que par les amis vertueux avec qui il vivoit. Dès que la nouvelle du parti qu'il venoit de prendre fut répandue, chacun en parla à sa manière'. Ses parens furent les premiers à le cen-
XIX. surer et à «'en plaindre. Non contons de blâmer ^ Ilene^tblii- couduitc, ils résolurent de la traverser de tout prochL''' l^'ur pouvoir , et dans cette espèce de guerre domestique , sa mère ne fut pas la /noins ardente. Elle n'épargna point les reproches, regardant la place qu'il venoit d'acc pter, plus selon la pru-. > dence du siècle que selon l'esprit de Dieu qui . dirig« oit toutes les démarches de son fils ; et comme la plupart des mères, de celles même qui font profession de piété , se laissant séduire à l'éclat des dignités ecclésiastiques , elle ne pou- , . voit comprendre comment il acceploit une place
• • qui répoudoit si peu à ses espérances. Ce qui l'irritoit surtout , c'étoit de le voir renoncer pour toujours à l'épiscopat. Son frère aîné ne fut pas moins choqué que sa mère. Comme il ne désespéra «point de le persuader et de le faire reve-