‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 59 sur 205 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

^ Jésus-Christ? Il faut perdre son ame pour la » trouver. Il faut s'oublier, et mourir au désir de )) la vie j il nous empécheroit d'entreprendre plu- )) sieurs choses que Dieu demanderoit de nous. » En la méprisant, nous en rendons notre Sei- » gneur le maître et le protecteur : voyant qu'on » l'abandonne pour lui , il la conserve autant qu'il )) est nécessaire pour l'accomplissement de ses » desseins en nous ». ^ » ^. ^

Lorsqu'on lui objectoit qu'avec le petit nombre de prêtres qui s'étoient joints à lui , il étoit irapossible de convertir un peuple aussi nombreux que celui quihabiloil le faubourg Saint-G(Tmain «Dieu, répondoit - il , qui m'a inspiré ce désir » par sa bonté infinie, ne peut-il pas l'inspirer à » d'autres , et leur donner la pensée de venir se » joindee à nous? aura-t-il pour eux moins de » tendresse et de force que pour nous ? Au reste , » quand il nous laisseroit seuls, celui qui a su » gagner tout le monde avec douze apôtres , ne » pourra-t-il pas attirer à soi cette paroisse avec » ce que nous sommes? Souvent les sujets les » plus foiblcs sont ceux qu'il choisit, et qu'il pr(?- » fcre à tous les autres, pour faire voir que la » conversion des ames est son ouvrage, et pour » nous apprendre a lui donner les louanges qu'il » mérite, en le reconnoissant seul auteur du bien » qu'il fait par sa créature. Plus l'instrument qu'il )) emploie est vil et abject, plus il nous fait admirer » sa puissance. Nous n'avons qu'une chose à faire^ » c'est de nous abandonner à lui, afin qu'il fasse » en nous tout ce qu'il lui plaît 5 et de lui de-

» mcurer fidèles , sans mettre d'obstacle aux des-

» seins de sa miséricorde sur nous ». >

I XXn. M. Olier, plein de ces crands sentimens, et

Il en prend uniquement appuyé sur le bras de Dieu, après possession. • w • , m •

I avoir toule aux pieds toutes les considérations

' ^ humaines^ et être parvenu , avec autant de force

' que de douceur, au but où il aspn-oit , en vue seulement d'obéir à Dieu, prit enfin possessioa de la cure de Saint-Sulpice, le 10 daoùt 1642* Dès le même jour , accompaî^né des prêtres qu'il, s'étoit associés à Vaugirard , il alla occup(;r le près» bjtère; et cinq jours après, le quinze du même mois, sous les auspices de la sainte Vierge, dont l'Eglise célébroit le triomphe, il commença rétablissement de la communauté avec laquelle il de- "voit partager les fonctions pastorales , la réforme, de sa paroisse, et l'exécution du plan de son séminaire ; trois objets dont il s'entretenoit sans . ' cesse avec Dieu dans ses oraisons. Il lui avoit

été révélé intérieurement qu'il présideroit le jour de l'Assomption à la procession solennelle qui se fait en cette féte. Ce fut pour lui un grand sujet de consolation, de faire cette cérémonie, pendant laquelle tout le monde admira le profond recueil» lement et la modestie angélique du nouveau pasteur.

A peine fut-il établi dans son presbytère avec ses premiers coopérateurs , que plusieurs ecclésiastiques vinrent se présenter à lui pour entrer dans sa communauté. Les principaux de ceux qu'il reçut dans cette même année et la suivante^ furent Antoine Raguier de Poussé, dont j'ai déjà , parlé ^

parlé; Âlézanrdré le Ragois de Bretonvilllcrs, dont on aura souvent liqu de parler .dans ]a mU^ Claude Joly, qui jïe ^uitU la ^ÈOâttmuiiatilé dë Samt-Sulpice que poiir être ènrë de Sainl-Nico- I^'âeffChamps, à Paris, et ensuite evéque d'Agen; Lbuis Philippe, qui passa pour avoir été guéA • :ouiaouleiisemeiit par le crucifix de k mère Agnès • Xâi|]|ie-oii:Fa rapporté au premiér livre -, Gabriel : -^iBaylus, abbé.du Loc-Dieu, qui , en 1657, en Canada pour jr fàke. des miasiaDs, et reviut.en 4659 à la communauté. ' ^ u ^ 4. ^-^Êe^li^T «quatre mois après avoir été mis en pos- ^^in. session de sa cure, que M. Olier reçut intérieure- ^^^^^^J

f^|^|p|||Slge qu'il avoit rexplication

eneom compris qu a demi. Il avoit vu dans le ciel saint Grégoire le tion dcs:;^; Gi*and et saint Ambroise, sur de<ix-trâa|».fon Grégoire et élevés, aufdessous desquels il en parotts&it^tu^ desaiutAa*tookieite^qui éloit^fc. Quand il eut cette vision ,

ignoi oit qu un jour il seroit chargé d'une grande cure, et que le troisièiq^i»^ siège inférieur aux d«w autres lui étoit réservé. Nétre Sdgneùis pmrM^Ai^ ce secret, attendit le temps où il se trouva placé à la tété d'une vaste paroisse; et au mois de décembre année ii^ •

«iiidit c(mi]^te ainsi a ioiSN

miffée^sè-^éer dans son esprit. • i':* .

« A la gloire de Dieu, le 7 décembre , jour d€t » saint Aml»râe/4ûiÉ^ j'étois à table, notré v ^^mSéùr; tiièMmà^éêàé^^ j eunesse qui ^'^Hboit son repas avec modestie et tempé- » rande,i (il désigne ici les jeûnes clera ^ui dép** niors À^ioiliat par^^^^^ soir iilergé et: d^Srtfc

l3o VIE DE M. OLIEB.

» communauté ) me donna rinterprétation en** » tière du songe que j'eus, il y a quelques années , )) lorsqu'il me fit voir les deux saints docteurs » assis au-dessous de lui ; et bien plus bas, Tordre » des Cliartreax où je désirois dVntrer; désir tt qui cessa aussitôt^ car, depuis cette vision, je » ne puis y penser. Tout cela signifioit, çomm^ » mon père me l'a appris , qu'il falloit m'asseoir » dans un lieu bien inférieur à celui qu'avoit oc- )) cupé saint Ambroise, lequel lieu étoit vacant, et » avoir à ma droite un ordre de prêtres , curés , ». et autres ecclésiastiques qui serviroient l'Eglise , » et rejnpliroient le clergé. Je me voyois établi dans » cette conliance, que Dieu vouloit se servir dm » moi pour former des ministres de son sanc- » tuaire; confiance accompagnée de grâces qui » surpassent toute pensée; car les lumières que » Dieu daigne répandre dans un sujet aussi in- * digne que je le suis , et les paroles d'amour 1) qu'il me fait entendre intérieurement, je les » regarde comme un miracle perpétuel ».

Le nombre des sujets augmentoit tous les jours dans la communauté de M. Olier; et outre les prêtres qui l'aidoient dans le gouvernement de sa paroisse , il y venort de toutes parts des clercs qui désiroieftt se former sous sa direction à la science et aux vertus de leur état. Il prit donc le parti d'employer plusieurs des premiers à l'édu- • cation des aspirans au sacerdoce, et de les placer avec leurs élèves dans un bâtiment séparé. Il consentit qu'on reçut dans sa maison ks béneficiers et autres ecclésiastiques obligés à rési* dence , qui auroient obtenu de leurs prélats oh

supérieurs la permissiou de venir pour quelque temps s'y former au saint ministère, en exigeant d'eux qu'ils fussent appliqués, comme les autres, à toutes les fonctions, et en ne les admettant que sous cette condition. Le bâtiment des clercs, qui communiquoit avec celui des prêtres destinés au service de la paroisse, fut désigné et connu dèslors sous le nom de séminaire. Les principaux exercices des deux corps, comme l'oraison et les entretiens spirituels, étoient Communs, et tous prenoient leurs repas au même réfectoire ^ car la '.. ' séparation que venoit de faire M. Olier, n'em- ^ pécha point qu'ils ne formassent une même corn- ' pagnie. Il voulut que tous les membres, élroi-i- . . tement unis par les liens de la charité de notre^ Seigneur, pussent, selon l'attrait que Dieu leur en donneroit, ou selon le besoin, passer d'une maison à l'autre. Le but de cette communications réciproque, qui dans un temps si beureux ne;^ pouvoil qu'opérer les plus grands fruits , se reconnoît dans ces paroles de M. Olier. « C etoit, ' » disoit-il , de manifester l'esprit intérieur du ^ séminaire, qui autrement demeureroit caché,^^ ^ » sans donner exemple à l'Eglise, ni mettre en » pratique, pour l'édification des fidèles , les vertus » et les grâces qu'on y auroit reçues ». 11 assuroit que cela lui avoit été dit plusieurs fois dans son *• oraison, par notre Seigneur, contre lopinion . , de quelques-uns qui étoient d'un avis opposé.

Quelque occupé qu'il fût au gouvernement df sa XXIV. paroisse, il voulut encore partager lui-même ^^''^ avec les prêtres du séminaire , l'éducation des jc^it jounes clercs qui venoient tous les jours se mettre

VIS D£ M. OLIEA.

entre ses mains* Non content de l6tir''donnêr^de9^

réglemens pleins de sagesse, il consacroit une* grande partie de son temps et de ses soins à les» préparer aux saints ordres. C'est saùs doute au; zèle qu'il mit à les instruire, que l'on est rede-», vable du livre excellent qu'il a composé, sous le^ titre de l^raité des saints Ordres ^ que je ferai> çonnoitre plus particulièremeiat à la fin de cettai Vie. V . 1

Comme il devoit toutefois ses principales solU-> qu'a prend citude&au troupeau que Dieu venoit de lui confier pow réfor- dès qu'il eut donné une première forme à sa com**. \ P*" munautéetàson séminaire, qui n'étoit que commele berceau de celui qu'il se proposoit d'établir r dans la suite , il ne pensa presque plus qu'à ser dévouer tout entier au salut de ses ouailles. Jamais; pasteur, ne vit autour de lui plus de scandales a? déraciner , qu'il n'en trouva dans sa paroisse. Le faubourg de Saint«>Germain , qui en compose lat plus grande partie , étoit comme l'égoût, non-f seulement de la capitale^ mais encore de toute la* France., Depuis long-temps c'étoit le rendez-vous' de tous ceux qui vouloient vivre dans le dés*^ ordre. Impies, libertins, athées, tout ce qu il' y avoit de plus corrompu se trouvoil donc réuni dans sa paroisse^ comme si. c'eut été un lieu des- : tiné» servir de tbâ^tre aux plus grands excès. Lft > dépravation, enhardie par l'impunité, y étoit por-» tée à un tel excès ^ que jusqu'aux portes de Saint-; '.^ Sulpice , on Tendoit pîubliquement des iiisiruinens de superstition, et tout ce qu'on employoit pour les opérations diaboliques. Une terre si difficile à défricher avoit dé !quoi effra}=er l'homme^

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le plus laborieux et le plus habile à manier les esprits. La basse opinion qu'avoit de lui-même M. Olicr, lui faisoit envisager sa nouvelle mission comme une entreprise beaucoup au-dessus de ses forces ; mais plus il e'toit convaincu de son impuissance, plus il se rcposoit sur l'assistance du Seigneur et sur ses promesses. Le premier moyen dont il usa pour remplir dignement la charge que Dieu lui avoit imposée, fut d'invoquer continuellementlcslumièresdu Saint-Esprit et le secours de sa grâce, pour ne point se laisser - 'de'courager soit par l'immensité des travaux que Jui montroit sa nouvelle carrière, soit par la multitude innombrable des soins qui dévoient se • succéder dans son esprit.

Dieu , non content de lui témoigner qu'il xxvi. agréoit ses dispositions, lui promit de bénir son ^^j^yi^^es" travail , et lui donna cette instruction si peu commentily connue, mais si nécessaire pour semer et cultiver rcpond. .«vec fruit, de ne regarder que sa gloire en toutes ;Choses, et de mettre en lui tout son appui, sans rien attendre ni des créatures, ni des moyens suggérés par la sagesse humaine ; leçon qu'il pratiqua tant qu'il put servir l'Eglise. On jugera de l'impression qu'elle fit sur son esprit , par cet extrait d'une lettre qu'il écrivit alors à un de ses ' amis. « Dernièrement, lui disoit-il, lorsque je ^) venois de me mettre à genoux devant notre » Seigneur, sa bonté parla ainsi à mon cœur^ ,» T'a vois comme je bénis ton travail. Je me » prosternai aussitôt, les larmes aux yeux et l'af- » fliction dans l'ame. O mon bon maître! lui répoAdis-je aussitôt, que m'avez-vous dit? Non,

l34 VIE DE M. OLIER.

)) pour votre amour ^ ne me dites jamais rien de

V semblable; je ne suis que boue et pourriture ^ ïi que malice et malédiction. Hélas ! cest vous qui » faites tout. Pour moi ^ que fais-je dans votre » œui^re? Non , mon maître , non , ne me parlez » plus ainsi. Toute gloire vous soit rendue , et )) qu'il rCy ait pour moi que confusion. Ce qui » m'obligeoit encore plus, continue- 1 -il , à » former ce sentiment , c'est que dans mon )) oraison du matin , j'avois vu si distinctement

V mon néant, et j'en étois si fortement convaincu , î) que je disois à notre Seigneur : Tenez ma î) place y 6 mon Jésus, dans la charge que vous » m'avez donnée. Si je nespérois de vous cette » grâce y je fuirois au bout du monde plutôt que » de la garder y ne trouvant rien en moi, que m néant y aveuglement, ignorance et incapacité » universelle ».

Nous apprenons encore, par une de ses lettres « son confesseur, jusqu'où Dieu se rendoit a ses de'sirs , et combien la Providence étoit attentive à le pre'venir. « Me présentant aujourd'hui à mon » niaitre, écrivoit-il, pour le servir en la cure, il » m'a dît : Je te reçois. Ce n'est pas tout, il a » disposé toutes les choses si favorablement, lors- » que je suis entré en exercice , que cela me » paroît tenir du prodige. Par exemple, lorsque » j etois en peine de trouver une personne chari- » table, qui, pour l'importante négociation que » vous savez, put faire les visites indispensables^ » au moment même que j'y pensois , Dieu fait ve- » nir au-devant de moi un homme d'esprit et d'in- » telligeBce, (jui avoit tout ce qu'il falloit pour

tTVB.E III. 1^5

i) ce que je desirois. Quand je l'eusse cloisl entre ,

)) mille^ je n'aurois pas mieux rencontré: tant la

» bonté divine sait disposer les événemens de la

)) manière la plus conforme à ses desseins , et

)) prend plaisir à nous faire remarquer dans ses

>) œuvfes les traits de sa sagesse infinie. Hier il

» m'arriva encore une chose non moins surpre-

» nante; c'est que madame la duchesse d'Aiguillon

» s'ofirit à moi d'elle-même pour aller adoucir

» l'esprit de ma mère , dans la compagnie de ma- /

» dame la Princesse et des dames de la paroisse ,

» pour lui rendre autant d'honneur , qu'elle se

plaignoit d'en avoir perdu par le prétendu ra- .» valeraent où elle voyoit son fils depuis qu'il étoit » curé. J'admire encore ici les soins de la bonté )) de Dieu sur ce qui me regarde ». •

Un autre moyen que prit M. Olier pour ré^ xxYir. former sa paroisse, fut celui dont il avoit le mo- i^eux autres

j , 1 j 1 1 o • piojrens qu il

^dele dans la personne du Sauveur, qui commença j^^ç^j ^^^^^ . sa mission par la pratique des vertus qu'il venoit réformer sa ^enseigner aux hommes. Il se proposa de retirer P^'^*****'*^du désordre tous ceux qui viv oient dans l'éloignement de Dieu, plutôt par ses exemples que par toute autre voie ^ aimant mieux attirer par la douceur qu'intimider par des poursuites ou par * Jes reproches et les menaces. Cette résolution de mener la vie la plus conforme à l'Evangile, lui inspira la pensée de faire un vœu , qu'il alla offrir à Dieu dans l'église de Notre-Dame de Paris, par les mains de celle qu'il ne cessoit d'invoquer comme sa protectrice et comme sa mère j c'étoifc de faire, le reste de ses jours, ce qu'il croiroit être le plus parfait.

• l36 VIE DE M. OLIER.

'•*Le troisième moyen fut de demander à Dieu, un nombre suffisant d'ouvriers capables de partager avec lui les travaux de la moisson où il venoit d'entrer , et surtout des hommes pleins de l'esprit de de'sinléressement j qui, nullement occupés de • leur fortune, regardassent sa communauté non comme une voie pour s'avancer et pour parvenir à quelque dignité dans l'Eglise, mais comme uno. école de science et de vertus sacerdotales , où l'oni ne cherchoit que Dieu et sa gloire. Le ciel l'exauça > encore ici de la manière la plus sensible. Outre ; ceux qu'on a déjà nommés, il eut la joie de rece- .

• voir chaque année de nouveaux prêtres qui ne respiroient que le zèle le plus pur, en sorte que sa communauté fut en peu de temps comme uu

• coUége apostolique, dont il étoit tout à la fois.

• le' chef, Pame et le modèle. On n'y voyoit d'oisifs i - que ceux qui, se trouvant épuisés de travaux et

J d'années, édifioient autant par leur patience dans . , les infirmités, que les autres par leur vie active et ,

infatigable.

xxvm. Redevable de son zèle à toutes les ouailles ré-» il'ëgardXs P^i^dii^s dans sa paroisse, M. Olier se croyoit en- • proues de w» corc plus obligé à ceux que Dieu lui avolt donnés coromunau- pour coopérateurs. Aussi , ses plus ardentes prières et ses soins les plus tendres étoient pour tous les membres de sa communauté : il supplioit continuellement notre Seigneur de les guider lui-même en leur montrant la lumière do son esprit, et en les remplissant , comme ses premiers disciples , de la sagesse et de la force nécessaires pour éviter ou surmonter les dangers qui accompagnent les fonctions les plus saintes. Voulant aussi qu'ils lui fussent

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