‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 68 sur 205 · LIVRE IV. iSi · texte numérisé non relu

LIVRE IV. iSi

Irais. Avec toute la vigueur que donne le zèle de Dieu à un ministre de la relij<ion , il leur représentoit, qu'à titre de protecteurs des lois, ils re'pondroicnt au tribunal devant lequel comparoîtront tous les hommes, des scandales publics qu'ils entretiendroient par leur néj^ligence, ou qu'ils autoriseroient par l'impunité'. Tantôt il appeloit à son secours les personnes les plus vertueuses des differens quartiers de la paroisse, et les engageoit à prendre toutes les voies de la persuasion et de la douceur, pour retirer les victimes mlortunées de l'incontinence du gouffre où les avoit précipite'esla misère. On le trouvoit toujours prêt à fournir de quoi lever le plus grand obstacle à leur retour vers Dieu , en leur procurant quelque moyen de subsister. Tantôt enfin il les faisoit enlever de gré ou de force , pour les confier à des personnes charitables à qui il payoit leur pension , et pour les mettre à porte'e de recevoir des instructions capables d'en faire autant de conquêtes de la grâce. Cette œuvre ne lui coùtoit pas-raoins de dépenses que de travaux et de soins : « mais , disoit-il, si le Fils de Dieu a donné pour » cette ame, que je veux retirer du vice, sa vie M et son sang ; et si pour la sauver il n'exige pas M que je donne mon sang comme lui, n'est-il pas » bien raisonnable que j y contribue au moins de » mon argent » ? Souvent il essaya de travailler par lui-même, à la conversion de plusieurs, mêlant à propos l'huile avec le vin dans les corrections ^u'il leur faisoit j c'est-à-dire, imprimant la terreur, et frappant par la crainte, lorsqu'il ne pouvoit réussir à émouvoir par le langage de la

i6% VIB.BB If. OlrlER.

compassion et de la bonté. S^il eut la douleÛT d'en laisser plusieurs dans l'endurcissement^ il eut anafti la ooniolatioii dVn gagner nn gtand

Il y a voit dèsJors dans Paris une maison con* nue souB le nom de la Madeleine, près du Terri" pif», €fû senrôit d'asOe anx fiUes pénitentes, et ' touchées de la gr&ce» Il en plaça plusieurs dans celte communauté ; mais le nombre de celles qui , |u:ofilérent des saintes impressions ^ue ses dis* cours optfroieot dans )es ames, doTenant trc^ considérable pour le» réunir toutei au lUéme endroit, 41 résolut de faire un établissement semblable dms le faubourg : c'étoit Tuni^e moyen de préserver du péril ocites qui, fiinte de re#> source assurée, retomboient par foiblesse dans leurs premiers désordres* Parmi les grands et les fiches âfi sa p^wAiMi^A en trotiva plusieurs qui applaudirent ÎF<ion projet, et qui offrirent génépi reusement de contribuer à une œuvre si importante; mais Dieu permit que son serviteur trou- Ml encore ici des obeta<de8 qu'il ne p&t apUhiri Des personnes prévenues contre cette nouvelle fondation , sous prétexte qu^elle pouvoit préjudieier beaucoup à rétablissement qui existoit déjà^ lormérent une <^poAition à laquelle il ftit con* traint de céder. Il il'éltt vint dependÉiit k cette ex^ •trémité, qu'après avoir tenté toutes les voies dè réussir ; en sqrte qu'il eut devant Dieu tout le ttërke de- l'entreprise que lui avoit inspiré atfiX ïèle, sans goûter dans cette vie la joie d^n te^ cueillir les fruits. Cette contradiction donna lieu dfadoutet oombîeii il sav<Mt posséder son amç

ttvRK IV. i53 émt h paik f et la parbité cotife^mite a là yo^ lontë de Dieu dans les mauvais &acbëd. Lôrsqb^ob vint lui annoncer qu'enfin il ne falloil plus penser a cet établissement j a Hé bien, répondit-il, Dieîî Il soit béni s il est le maître ; ésl très-sainte volonté » aôtt faité en tonte» choses (i) n.

• Une autre fois, lorsqu'une personne de piélé lai représentoit .que tout ce qu'il entreprenoit à ■t grands frais ponr les jennes débauchées , ëtoit |>ëitte perdue, puisque tons les jours on en voyoit qui, après leur conversion, retournoient à leurà premiers désordres, jl répondit tranqu^emènt : if;Kott, la peine que ÏQa (kreiirijkpotlr ilotre Sbi^ » f^nw nVst point perdtet elle n'a pas toujours » le succès que nous nous |>ropoSOnsj inaié ellé •I ne laisfiie pas d'en avoir ùn antre siir lèqud nàvà » pouvons toujours eomptér, cfest dè nofas àHn^ fi cer notn^méaM dans le bien , d'augmenter nos » mérites, de nous procurer une plus grandè I) gloire dans le ciel y et sur la tetré le plus haùC i> point d'kbraenr aiiquél puisaé aspirer ùnè créat tHre j qui est de travailler |)our Dieu ». Aprè^ avoir iait cette réponse, il demanda si toutes cellei qni avôient été nrt^esi éa désordre y étoiéiit iê^ tombées $ et eoirimé dn loi évrt'kv^tté que hoûl te Ahl reprit-il, que vous devez être content! » quand dans toute votre vie vou9 tPauriet gagné n'qa'tnie atnè^^lk âuroit^ été Mêft iàhployée , Il poisqUfâ le PÀa dt^ Pieù éût donné là siétine pour

(>) L« maison dti Pënitântes établie dans la |>liroia0e de Sâiài^ Sulpice, selon le vçeu et le projet dé M. OHer, sous le nom cont^ munauté du Bon Pasteur, nr fut fondée qu'en i6$49 i«> ioip* An M. d« U Baraondière, an de les succeasca».

l64 TIE DE OLIER.

» cette seule ame, quand il n'auroit crée' qu'elle -» dans le monde ». .

%M. Olier n'éloit pas moins attentif à préserver les ames innocentes des dangers de la corruption, qu'à sauver celles qui s'ëtoient perdues. Il se faisoit informer des pièges auxquels se trouvoient expo ëes celles qui avoient le plus à craindre de leur âge et de leur sexe. Dès qu'il y avoit du risque à courir pour quelques - unes , si e lles étoient pauvres , leurs parens recevoienl aussitôt de sa part les secours nécessaires pour mettre leur salut et ^eur honneur à couvert. On auroit peine à croire le nombre des jeunes personnes qui, sans les soins de ce charitable pasteur , seroient devenues la proie de l'enfrr. Ayant appris un jour qu'une mère devoit vendre sa fille pour une somme très-considérable, et que dans un lieu marqué de sa paroisse, elle devoit la livrer à un homme gagné pour exécuter le complot , il prit aussitôt des mesures pour le faire échouer ; et voici comme il y réussit. Il demanda quelques gardes qui lui furent accordés ; et après avoir tout concerté avec une personne de considération , qui consentit à se transporter elle-même au lieu où devoit se faire l'enlèvement, il les envoya munis du pouvoir et des instructions dont ils avoient besoin pour seconder ses vues. Tous s'étant trouvés à propos au moment et au lieu du rendez-vous , cette innocente fille , moins coupable que malheureuse d'appartenir à une marâtre, fut au comble de sa joie de rencontrer une mère dans celle qui venoit la délivrer; et se jetant avec transport entre ses bras, après avoir échappé des

mains de ses ravisseurs, alla mettre son ame et ses mœurs en sûreté dans la ipaison de sa libé-

^ ratrioe (0. Ce n'est là qu'an exemple entre mille* M. Olier , inconsolable de la perte de tant d Wei que la pauvreté seule jetoit dans le précipice , médita long-temps la fondation d'une commu'nauté y où les dames de charité placeroient toutes les filles de la paroisse élevées chrétiennement, qui, faute de secours^ se verroient exposées aux derniers malheurs; mais il vécut trop peu pour for-* mer cet ëtaUissement; et lorsqu'il s'en occupoit le plus, il fut attaqué de la maladie qui robli* gea de remettre sa cure en d'autres mains.

Malgré les iiiastit<ci ^u'il avoifc prises dès les premiers temps pour pràenrei^ ses piioissiens du tionn7*^sw' poison de l'hérésie , il étoit encore si répandu pareissiens dans le faubourg, par le grand nombre des Protestans qui Fhabitoient que les^catholiques étoient eontinudlement exposés à fiâre naufrage dans la foî. Il redoubla son zèle pour guérir, ou du moins pour diminuer la plaie. Comme il ialloit plus d'une sorte de remède à un mal si contagieux et si funeste, le premier^qu'il employa fut d'ordon-* ' ner qu'on lui fit connoître toutes les maisons occupées par les sectaires, et qu'on ne négligeât rien pour découvrir les personnes d'entre les catho-

. liques qui les firëquentoient. Ses ordres forent exécutés, et ses avis furent suivis avec autant de . prudence que de zèle et d'activité. Dès qu'on lui ^Ipit connoitre quelqu'un qui montroit de l'utctnatton pour les erreurs du temps, il le visitoil lui-même ou le iaisoit visiter par quelqu'un de

ses prêtres , pour l'aSermir dans li| 4^ |a fMQto

Eglise Romaine. •■'■'^ Uf^ autre moyeu ^ ce Int d'exhorter vivement §p$ paroissieiis , soit ench^ir^a ^ ratre-^

vues particuKères^ à ne point louer leurs maisQi^ aux hérétiques, et à les fuir comme des pestî- |éré$.-Mai9 celiû de tous les remède ^u'U préfëroit à tous le^ f n^i^efl; c^éto^t de l9^ter la voie de la douceur, et d'attirer les eu&Bs riebeUes à l'Eglise , par les témoignages de cette tendre fharité qui ne $'irj;itç }a^avi que (ioutre les vices^ peu contre les personues qui ont eu lé malheur dé s*y laisser entraîner çu surprendre. Ce fut dans cet e$pçit qvi'i.1 d^'sijgj^^ parUcuUcremeut deux prêtres 4e «a çp^munai:^., p)ms de timièreaet de sart gesse, lif. de Vayron et M.deBeavinais, soit pour > instruire par des conférences publiques (qui se fai- SQÎ^ul' ^ çei^taiip^ jQ vj$ de k ^uiiûne dans sou église) i^i^pii i;^Jm^ djâarompéa 1^ , lés préveulibus flans lèsqueUës ils avmént ^^:élevés dès IVnfance, soit potfr éclairer dans :^j4bs çixtretieAs parti^cgliers ceux qui n'oserûieal ^2>as se trouver auiR inàti^uctions cotuffiuiies. U voulut même que tous ceiix qui travailloient avec lui fp5$ent très-versés dans la controverse, pour élire en état de ramener les personnes séduite^ q[u,'ils rencsoatrecoient daaa rexércice. die leur, soi? X^tère^ et lors(|ue le séminaire fut établi ^ tontes les seiuaioes ou y iaisoit, sur les iKktières du temps', une conférence ou se rçudoieut eu grand nombre lés prêtres des différentes paroisses la ville. . . .

" Le zèle avec lequel M. Olier &e livioit à toutes

LiVAS ir« 167 lûrtes da bonnefli CBuvres, m faTenr de ses pa«

roûsièns^ ne lui faisoit point perdre de vue le projet qu'il avoiti conçu depuis plusieurs années^ de fonder un aëminaîre qui put être d'une utilité universelle pour l'Eglise de Franoe. Persuadé ^vlû Dieu ne Ta voit pas tiré du travail des missions pour qu'il se boroât au gouvernement d'une pa<f roîase^ quelque Vasie quelle fut^ il portoit sans oeise daiis son oesur le désir de former des prêtres qui se répandissent dans tous les diocesea du royaume ^ soulageassent les curés des villes e( des , CHgppagpet , et.rendisaeal :lens. Jea servies dont les mmtll»R$ée Jésos-Chtist sont redevables aux peuples. Mais , pour exécuter cette entre- XIIT. prise, il lalloit, avec le conseut^ent des supé- ^Î^ST rieurs ecdériastiques, dea lettres^palenlesAiaRoi > ment d< réoe qui demandait du temps et de longues Bégo-«>. tablbse^nent cialions. J'en ai différé le récit jusqua présent, ^" pour ne point interrompre celui des difierentea œnvretf auxquelles il s'appliqua sans relâcha, jusqu'à ce qu'il eàt dcmné une nouvelle forma el communiqué un nouvel esprit à sa paroisse.

Dèa l'année i^fip^ il avoit fait pour cet établissement ]^mmmy^^ airoien^ irouvë de grandea oppositions. C'est . le sort de» saintes entreprises d'être traversées. M. Olier éloit trop versé dans les voies deI>ieu,.pour se laisser abattre par les diffiauUés, quelque eoiAdéi^iiblea ou quelque multipliées qu'elles fussent; loin de le faire retourner çn arrière, elles servoient plutôt ^ ••^iHRiyir'B^ j Ae Êusoient qu'augmenter s» codSiMb Voici comme la divine ProTid$9<ia daigna enfin les aplanir. . ,^ v

l68 VIE D'E M. OLIER.

XIV. Il y avoit plus d'un an que M. de Corneillan , Onluio'frre ^'^^.q^g Rodoz , p( nsoit à se retirer, et désiroit '

1 evechë de .

Rodez. avoir M. Olier pour successeur, lorsqu'il envoya son neveu à Paris pour lui en faire la proposition j trait aussi honorable à la me'moire de ce prélat, qu'au mérite du serviteur de Dieu. Ce choix fut agréable à la Reine régente^ mais M. Olier n'ayant point changé de dispositions à l'égard des hautes dignités de l'Eglise, cette nomination alarma sa modestie, et fut pour lui un nouveau sujet de peine. Comme il douta cependant si Dieu n'avoit pa/ suggéré lui-même à M. de Corneillan , la pensée de quitter son siège en sa faveur -, et si ce n'étoit pas un moyen préparé par la Providence , pour l'exécution de son dessein, après avoir consulté notre Seigneur dans la prière, il s'adressa aux supérieurs auxquels il appartenoit de lui accorder ou de lui refuser le consentement sans lequel il ne pouvoit rien entreprendre.

Henri de Bourbon, évêque de Metz , étoit alors abbé de Saint-Germain, et se trouvoit a Paris. M. Oher alla lui luire part de ses dispositions, en l'assurant que si ses travaux lui étoient agréables , il conlinueroit de les employer pour le salut du trou- , peau dont il étoit chargé, et ne penseroit nullement à l'évéché de Rodez : que si au contraire il ne le jugeoit pas propre à gouverner la paroisse de Saint-Sulpice, il s'en retireroit aussitôt, n'ayant ^ rien plus à cœur que de se conformer aux ordres de la Providence, qu'il reconnoilroit dans les siens. Un langage si désintéressé ne pouvoit qu'mspirer à l'abbé de Saint-Germain la plus grande estime pour M. Olier. U admira son humilité > lui

ttTAB IT. ' ^^9

témoigna la plus grande joie de le Toir café du faubourg, le pria de ne point penser à un diangement, l'assura de sa protection, et lui promit de 8e<^nder l'œuvre excellente dont il lui tardoit cravanccr l'exécution. La grice qu'il venoit de , lui faire espérer suivit de près la promesse. Au mois de septembre i644^ il donna tout pouvoir de &ire bâtir, dans le jardin du presbytère, trois corps de logis pour y placer les prêtre» appliqués au service de la paroisse, qui composoïent sa communauté, et les clercs qui venoient de toutes pàrts se ranger sous sa conduite. Cette, permission fut confirmée dans le mémé mois par, l'assemblée des principaux babitans de la paroisse^ où se trouva Pabbé de Saint-Germain , et dans le mois suivant par Gaston^ duc d'Orléens^ qui, n'ajantpu se rendre à l'assemblée , donna des lettres d'approbation signées de sa main. '

M. Olier, après avoir içefosé l'épiscopat pour la quatrième fois, êe sentit pkis p^ë que jamais à suivre son ancien projet. Il prit ses mesures pour l'exécuter, avec d'autant plus d'empressement, que laittiâKttl oàilavoit logé ses clercs ëtmt trop petite et fort mal distribuée .' Pour sa tisfinra< tous ceux qui s'y présentoient , il avoit été contraint de pratiquer dans les greniers des cellules, fort étroites, où l'on sonfiroit beaucoup de la chaleur en ete cl de la rigueur du froid en hiver. Mais il parut bientôt que Dieu et la sainte Vierge le protëgeoient encore plus que les hommes dans son entreprise. Gomme le terrain sur lequel il se proposoit de construire son séminaire ne lui pa<*'

roissoit pas d'une a$sez grande étendue^ au laois.

2^0 TIE DE M. OLIEn.

de mai de Tannée i645, il en acheta un ^tre beaucoup plus vaste, qui se trouva à vendre fort k propos, et qui ëloit situé près de l'église. Dès qu'on sut qu'il avoit renoncé au plan arrêté dans rassemblée des paroissiens , et qu'il s'agissoit d'en dresser un nouveau qui seroit incomparablement plus dispendieux , il essuya plusieurs reproches sur la témérité prétendue d'une opération si dilBf^ eile et si liasardeuse. On s'efforça de l'en détourner : on ne se lassoit point de lui dire , qu'à^ peine il auroit jeté les fon démens de l'édifice qu'il seroit dans la nécessité de l'abandonner. Aux plaintes et aux murmures , quelques-uns ajoutèrent les railleries les plus indécentes : mais sa réponse étoit toujours la même. « Jésus-Christ » notre Seigneur, disoit-il avec sa douceur et sa » confiance ordinaire, qui a commencé l'œuvre, » l'achèvera par sa miséricorde. Il ne faut pas se » défier de sa bonté ; ses trésors sont toujours » pleins, et jan^ais ils ne s'épuisent. Prenons cou- » rage , la sainte Vierge nous secourra ».

Ce dernier sentiment lui avoit été mis dans l'a me par une faveur spéciale qu'il avoit reçue tout récemment de la mère de Dieu. Etant allé un jour à Notre-Dame, pour y célébrer la sainte messe, accompagné d'un de ses prêtres j pendant qu'il étoit en oraison, elle lui apparut tout d'un coup , tenant dans les mains un vaste bâtiment , qu'elle lui présentoit, en lui ordonnant d'en faire construire un semblable. Voici ce que je trouve à ce sujet, écrit de sa main. « J'espère que le » nom de Marie sera béni dans notre maison, )) et tout mon désir est de l'imprimer dans 1 esprit

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