‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 67 sur 205 · LIVRE IV. iSg · texte numérisé non relu

LIVRE IV. iSg

viteur des pauvres. La grande estime dont il jouissoit universellement , alloit jusqu'à la vénération. Quand les années et Tépuisement l'eurent mis hors d'état de visiter et de secourir les indigens , il se retira au séminaire , où Ton s'estima heureux de le posséder tant qu'il vécut ; comme on se glorifie d'y conserver son corps, qui repose* dans une des chapelles souterraines.

M. Olier, accompagné de M. Gibily ou du frère Jean de la Croix , faisoit souvent des visites générales, dans lesquelles, pour Tordinaire, il distribuoit environ quatre cents livres. Se faisant tout à tous, il eutroit dans les plus grands détails , ne craignant rien tant que de laisser un seul de ses paroissiens dans les besoins de l'indigence, faute de bien connoître sa situation. Aimant les pauvres comme une mère aime ses enfans, et les portant tous dans son sein, il payoit les mois de nourrice, plaçoit les orphelins, procuroit du travail aux filles qui manquoient de pain ^ et à la fin de chaque semaine, il leur faisoit donner une sorlÉne réglée par de vertueuses paroissiennes, chargées de veiller sur leurs nécessités et sur leur conduite. Deux fois la semaine, quand on eut bâti le séminaire dont il sera parlé au livre suivant, il y faisoit donner la nourriture à un grand nombre de mendians, qu'on y a vus quelquefois jusqu'à neuf cents. Autant de fois l'année, il faisoit acheter de la toile et des étoffes pour les vêlir. Toutes ces aumôuf's l'obligeoient à mettre des sommes considérables dans les mains du frère Jean de la Croix, et jamais il ne lui refusoit rien de ce qu'il demandoit : tant il se conCoit en la divine Provi-

l6o VTE DE M. OLIER.

dence. Souvent, à la vérité, il se voyoit sans argent j mais la vivacité' de la foi avec laquelle il recouroit alors à Tassistance de la sainte YierL'e faisoit bientôt venir les secours ne'cessaires. 11 clisoit alors que la bourse du Père des pauvres ëtôit inépuisable pour ceux qui se reposoient sur lui. „ Ouelque sensible qu'il fut au sort des indieens

Il entre- i i i O >

prend lacon- en grand nombre dans sa paroisse, il étoit enversion des çq^^ pj^g louché des désordrcs qu'y causoit clans

personnes de . - • i

inauvaisevie. Certains cantons la corruption des mœurs. Entre ceux qui alarmèrent son zèle, celui qui TafTecta le plus fut la multitude des maisons qui servoient <fe retraite aux femmes publiques, et de rendezvous aux libertins, parce qu'il ne connoissoit point de vice aussi désastreux ; et que depuis long-temps il n'avoit fait nulle part plus de ravage que dans le faubourg Saint - Germain : ce fut aussi celui qui exerça le plus sa vigilance. Il seroit impossible de rapporter ici tout ce qu'il entreprit pour délivrer son troupeau de cette ■ contagion, mille fois plus meurtrière qûe'teus ; les fléaux ensemble. Tantôt il exbortoit ses paroissiens , et lorsque ses conseils ne suffisoient pas , il leur défendoit, au nom du souverain juge, de louer leurs maisons à toutes personnes vendues au libertinage^ défense qu'il accompagnoit des menaces les plus terribles, d'éprouver, au mo- • ment qu'ils y penseroicnt le moins, toute la sévérité des vengeances divines, et qu'il appujoit des exemples les plus effrayans. Tantôt, pour proscrire les lieux de prostitution aussi funestes à l'honneur et à la prospérité des familles, qu'au sa-' lut des ames, il réclamoit le devoir des magis-

. trats

Page 1