LIVRE PREMIER
L^>ISVRAGE quW entreprend ici de mettre aa jour, est l'histoire d'un prêtre en qui Fou Terra successivement un chrétien prévenu dès son enfence de grâces singuUéres, et dont la jeunesse peut servir de modèle à tous ceux qui aspirent de bonne heure à la perfection ; un élève du «anotuaire, qui, dès son entrée dans la sainte carrière, annonça les grands exemples de vertu qu'il ^devoit offrir un jour à FEglise , comme les grands services qu'il de voit lui rendre,- un missionnaîre plein de zèle et orné de toutes les vertns aposto- :liques, fidèle imitateur de l'apôtre du dix-septième siècle, dont il fut l'enfant spirituel et l'ioni • un pasteur selon 1^ cœur de Dieu, c'est-i-dire' qui sut paître son teoupeau de la plus pure doc^
s VIE DE M. OLIETt.
irine de la foi et de la piélé ; un disciple privilégié de la croix ) que notre Seigneur trouva digne de souffrir beaucoup, parce qu'il Taima beaucoup, et qu'il eu fut beaucoup aimé ^ ua iniuistre de l'Eglise , gui , ué pour en occuper les plus liaales places, et appelé souvent aux premières dignités, ne voulut porter que le fiirdeûi du ministère évangélique, sans en partager les honneurs et les distinctions temporelles^ enfin, un guide dans les voies du salut, extraordinairemeni cdairé du ciel , et versé dans Fart de conduire les âmes à la plus éminente sainteté : autant do traits qui, réunis d'après les mémoires les plus fidèles , présenteront un riche tableau de toutes les vertus chrétiennes et sacerdotales.
M. Olier naquit à Paris, le 20 septembre de ' l'an it)o8, sur la paroisse de Saint-Paul, et y " reçut le baptême le même jour. Il fut le second des trois fils de M* Olier, maître des requêtes, et de Marie Dûlu son épouse. U eut l'avantage d'appartenir a« cbancelier Ségnier, à. MBf • Molë et de Bellîivre , premiers présidens du Parlement clc Paris j à M. de Méliand, procureur-général, et à plusieurs autres personnes illustres dans la xobe. Mais c'était trop peu de cbose, au jugement d'un b4NBime«dont la vie fut toute spirituelle , pour qu'on s'arrête ici à présenter sa « |j;énéalogie dans xm0 plus grande étendue ; rien ne peut ennoblir m chrétien, aqtant que la nouvelle origine qu'il a prise sur les fonts sacrés. Le comble de la gloire pour lui, c'est sa qualité d'enfiint de Dieu; et si les distinetions de la naissance peuvent élre da quelque prix, c'est krs-
tlYllB T* S
Ijq'oii ne lear donne que oelni des aùtrés Tanitës
de la terre, qui vont s'ensevelir dans le tombeau. Âux yeux de la foi rien n'est comparaUe âu^ grandîi liôikis des saints (krotecteûrs qûe fîE^lise y notre- mère dans Tordre du saint y donne aux nouveaux membres de Jésus-Christ qu'elle reçoit dans son sein. Jean fut celui qu'elle donna à repibnt dont je commence l'histoire^ et é'est le seul qn-on ait tranvë dans les registres qui font foi de son baf^téme : Jacques ëtoit celui de son père ; c'est peut-être la raison pour laquelle il "VéuliMidans la suite qn'on YaippeUxJean^aoqueg Olier. Peut-être aussi sa grande dévotion pour les saints apôtres , lui inspira de ne point séparer dans son esprit et dans son cœur deux ârèires que notre Seigneur avoit ftyorisés y entre les aittrés disciples, de plusieurs grâces particulière^. "^^^
Quoi qu'il en soit, dès l'âge le plus tendre on n. aperçut èn lai dès présages sensibles des vertus Dienveii! tffbiiientèB qn^îi deVoit feire parottre dans un âge ^^^^"^ plus avancé, et surtout du zèle ardent qu'attribue l'Evangile aux deux enfans de Zébëdée. Né . d'nr%iv«^ élfiâÉ|i^ lit minte de Dieu , et trë^ dévot â la sélÉll^^llterge ; éleVé par Une înèré qui n'avoit rien plus à cîBur que de former ses enfans à la piété, et de voir. Dieu honoré dans sa maison; àvets lès heureuses dispositidns que lé Seigneur avbit toises ett lui, il étoit difficile qu'il perdît le trésor de son innocence. CeiÙL à qjii il fut confié dans ses premières âùn^èà, «reconnurent bientôt que fange de Dieu qui le gardoit invisi- UèiVÎÉit, veilloit sur lui d'une manière toute ex* •tf aordinaire. Ce ne fut pas sans dessein de celui
^ VIE DE M. O-LIER
qai 86 plaît à conduire tous les pas de ses fidèlef serviteurs , que cet en&nt de prédilection fut
^lourri au faubourg Saint-Germain ^ Dieu voulant jqu'il prit dés-lors comme , possession d'un -champ ^'il devoit un jour arroser de ses sueurs^ et «qu'il <saç&t le lait au même Heu où il devoit en-
^endrer et ramener des enians en grand nombre i l'Eglise (0,
Gomme j'écris celte vie pour 'ceus qui cipîeat ^aisément ce qui est fiidle à Bieu et n'offre rien
que d'édifiant, des qu'il est appuyé sur des lé- «noigxw^es dignes defoi , je ne dois pas -omettre ià. ce*que raconta la mère de 4se vegneux en-, •fant, à un Teligieuz de^l'ordre de saint Dominique; c'est que comme la mère de ce saint {>atriarcbe, avant de le mettre au jour^ elle eut une anparition qu'elle crut pofivoir interpréter -dans la suite en &veiir du fruit qu'elle .portoit alors dans son sein : elle vit auprès d'elle un flambeau qui^ctoit une grande lumière^ et un globe de feu qui r^andoit autoiir de lui lieau* . coup de chaleur ; comme si Dieu , par ce double , ;5igne, eût voulu annoncer à sa servante, que le £ls qu'elle avoit conçu seroit «dans son temps una lampe ardente et Ipisante.
n étoit enoore entre 1^8 bras^ sa ciourrice^ lorsquW aperçut en lui plusieurs traits qui firent juger que Dieu vouloit en faire un vaisseau d'ér iection. On ispporte de saint Thomas d'Aquin , que Vunique moyen dWéter ses larmes dans son
(>) Il sem"bloit, dit-il dans ses Mémoires, que Dieu prenoit plaisir à me faire respirer dans mon enfance Tair de mon église, et du Util
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enfance, etoit de mettre quelque livre entre ses mains; trait qui a passe pour un présage de la profande science qui devoit lui acquérir le nom glorieux d'Ange de l'EAle. N'étoit-ce pas aussi, dans notre serviteur de Dieu, comme un augure de la haute piété qui respire dans tous ses écrits , èt de la paix inaltérable qu'il conserva toujours dans les plus rudes épreuves , que la parfaite tran* quillité qui prenoit en lui la place des pleurs et des cris si familiers aux enfans, lorsqu'on le portoit à l'église de Saint-Sulpice ? car la présence du lieu saint faisoit sur lui ce que ne pou voient opérer ni les caresses , ni les amusemens nécessaires aux foiblesses de l'enfance.
Un autre présage de la sainteté que Dieu vou* • lott faire éclater en lui dans un âge plus avancé ^ ce fut la grande idée qu'il se forma- de bonne heure du sacrifice de la messe. Dès l'âfge de sept ans, lorsqu'il voyoit un prêtre à l'autel laisser échapper le plus petit trait de légèreté, ou célébrer soit avec précipitation, soit avec trop peude décence et de gravité, il en ressentoit une peine extrême; persuadé que pendattt la célébration des saints mystères , le ministre de Jésus- Christ devoit être tout absorbé en Dieu, et paroître incapable de la moindre imperfection : c'est ce qu'il a écrit dans ses Mémoires , où, par obéis- ^ sance à son confesseur, H rapporte avec toute la; Mmplicité de l'enfance chrétienne, les grâces dont le Seigneur l'a voit favorisé dès les premiers- Qeveloppemens de sa raison.
Ce fut surtout pendant son séjour au collège^ où on le mit dès l'âge le plus tt^ndre, pour le for- Scs pi c-
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mjères étu- letUpéft^, qu'on aperçut en loi de ram
dispositions à la vertu et aux sciences* Doué àhLVk
' * excclhnt esprit et d'une grande mémoire, il fit en
peu de temps des pro^s - qui étonuéreut se& sMires; mais il 9e fioit beaucoiup moins sur sea; talens naturels que sur la protection de là sainte ,\ierge. 11 l'invoquoit dans tous ses besoins avec %inc dévotion extraordinaire ^ dévotion qui se mainifestoit surtout lorsqu'il récitoit la Salutation auF* gélique : on eût dit que l'Esprit saint lui coromu-i» Biquoit alors une portion des lumières et de la, charité de Fange dont il prononçoit les paroles. -
• n'y avoit pas long-temps qu'il demeuroilTaia
collège , lorsque ses parens jugèrent qu'il étoit destiné de Dieu pour le service de TEglise. Ce 1^'est pas que k vivacité de «on naturel- igie fi^ douter plus d'une fois s'il sél^oSt propre k w tétai dont les fonctions demandent beaucoup de rete- 3uue et do modestie : mais celui qui. dispose Ifis^ •voies ét sa créature ai^c une souveraine JagjiMft» et qui sait aplanir tous leil obstacles qui supposent à SCS desseins , dissipa bientôt les douter qui rendoient sa vocation incertaine.
iivaYi on ^ ^^^^^ ayant été nommé parle Roi iote*^
oiisa^Lr^ie dant de Lyon, mena son fils avec lui dans cette présente à s. ville, OÙ il iui fit continuer les études qu'il avoit François de |5Qîjiniencée&* 4 Paris. Saint François de 6ales s\
*^buvoit alors; o'él^t em l'wwwViéaaydpcaib»
stance que Dieu avôit ménagée pour calmer les.
inquiétudes qu'a voit la mère du vertueux enfant \ sur sa destinée. Elle, les cotnmuniquii au sainte
évéque de Genève, qu'elle voyoii souvent; elle .
le i»u^plia de souder les dispositious 4^ sou filft^
HVttE I. • ^
de recommander instamment sa vocatjon à notre Seigneur, et de fixer enfin ses irrésolutions par une re'ponse qu'elle regarderoit comme un oracle «orti de la bouche de Dieu même. La droiture et la piétë de la mère, qui ne craignoit rien tant que d'offrir au service de l'autel un enfant qui *ii'y fût point appelé' ; les prières ferventes du saint prélat, qui avoit un don^parliculier pour le discernement des esprits, ne pouvoieut qu'assurer une décision conforme aux vues du ciel. Le naturel bouillant du jeune Olicr et son extrême •vivacité, ne lui parurent point un obstacle à soi» entrée dans l'état ecclésiastique : il étoit lui-même un exemple 'et une preuve qui venoient tout à propos à l'appui de son opinion; car on sait qu'il étoit né avec un caractère et un tempérament^ qui ordinairement n'anûoncent pas la douceur et . les autres vertus dont il fut un modèle accompli. Madame, lui répondit le saint prélat, lorsqu'il v. crut avoir assez consulté l'esprit de Dieu pour lui i^esamt le