‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 251 · PRÉFACE. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXV

Ajoutons encore que, pour achever de le perfectionner dans la solide vertu, Dieu le fit passer par des peines étranges, qu’il n'envoie qu'à quelques âmes appelées à recevoir les plus hautes communications de la grâce. Le récit de ces épreuves pourrait étonner les personnes peu versées dans Ja connaissance des voies intérieures. Il est néanmoins comme le point capital et en quelque sorte la clef de toute la vie de M. Olier. Ce fut en effet par ces terribles épreuves que Dieu détruisit en lui toute attache aux créatures, tout appui sur luimême , toute recherche de l'estime des hommes, et le délivra ainsi de la corruption de l’amour-propre, pour régner seul en lui; etalors l’Esprit divin, ne trouvant plus en quelque sorte d'obstacles dans cette âme, la posséda pleinement, et se communiqua à elle avec une plénitude de lumières et de grâces diverses, dont on voit peu d'exemples.

Ceux qui ont lu les histoires des Saints, Xl

M. Olier est.

celles surtout des instituteurs d’'Ordres ou prévenu de fa- : 7, . veurs extraorde sociétés dans l'Eglise, ne seront pas sur- äinaires. Oh.

pris que M. Olier ait reçu, comme la plu- Sante à cet part d’entre eux, des grâces et des faveurs ‘gard.

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extraordinaires (1). Îl y aurait assurément Dé arsenal

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de la faiblesse à admettre aisément toute ne Sa, a. à.

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Xxv) PRÉFACE.

espèce de révélations ; mais ce serait se rapprocher trop de l’impiété et de l’irréligion du siècle, que de ne croire à däucune, par cela seul que ces sortes de faveurs sortent de l’ordre commun. C'est la remarque d’un grave et pieux auteur, le Père Saint- Jure, que nous laisserons parler ici. « Il » ne faut point, dit-il, mesurer les bontés » de Dieu à notre raison, où à notre cœur » petit et rétréci. Les pères, quoique sages, » sérieux et âgés, jouent quelquefois et bé- » gaient avec leurs enfants. L'un d'eux, » très-grand personnage, capitaine renom- » mé, et qui fut Agésilas, roi de Sparte, » ayant été surpris par un de ses amis, » comine il courait sur un bâton avec un » petit enfant qu’il avait, et remarquant » que cet ami était étonné de lui voir faire » utie telle action, il lui demanda s’il avait » des enfants; l’autre répondant que non :

> Ne vous étonnez donc pas de ce que je fais, » lui dit Agésilas ; é/ faut étre père pour avoir » de pareilles tendresses, et venir à ces oublis » de soi-méme. On ne doit donc pas trouver » étrange, conclut cet auteur, si Dieu, le » vrai Père des hommes, a des bontés si » äimables et des douceurs si charmantes » pour les Saints, qui sont ses plus chers en- ° fants : et, pour juger de la vérité des té-

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PRÉFACE. 2xvif » moignages qu'il leur en donne, il fau- » drait avoir l'amour même dont il les » prévient. Après les mystères de l'Incar- » nation et de l'Eucharistie, après ce que » Diet a fait pour l’homme dans le premier, » et ce qu'il fait encore tous les jours dans » le second, et dont nous ne pouvons dou- »ter, il n’y 4 rien d’incroyable en fait de 5 grâce. Dahs une seule communion, Notte- » Seigneur témoigne plus d'amour à un » homme imparfait, et se commünique à » lui avec plus de merveilles, qu’il n’en a » fait paraître à tous les Saints, dans toutes » les communications extraordinaires (1). »

rions ajouter que l’apparition dé la mère Agnès de Langeac à M. Olier, ayarit déjà été discutée à Rome, et démontrée indubitable, cette faveur, la plus étontiante de celles qu'il a reçues, est un fort préjugé de la

vérité des autres. Mais, sans entrer ici dans

une discussion qui nous condüirait trop loin, il suffira de rappeler une observation qu'on a déjà faite, au sujet des visions de sainte Thérèse : dans le récit de ces sortes de grâces, il peut s'élever deux doutes, premièrement, si la personne qui les rapporte est sincère, et ensuite si elle n’est point abuste par son imagination. Or ceux qui examineront sans prévention les écrits de M. Olier,

| bre Sa dure à 1 11 ] re -Jure.

A ces réflexions si judicieuses, nous pour- fire far

xxviij . PRÉFACE.

seront d'abord pleinement convaincus de son entière sincérité; et, quant à ce qui regarde la réalité de ces grâces, il leur sera difficile de se persuader que de pures imaginations missent les âmes dans un état !

aussi saint et aussi divin que celui où nous le verrons élevé, et surtout que des illusions enssent eu un accomplissement si précis, et des résultats si exactement vérifiés par l'événement : comme il est arrivé de plusieurs visions de M. Olier, que nous rapporterons dans la suite, et qui sont essentiellement liées à sa vocation.

xIL En publiant cetouvrage, nous ne pouvons Diverses Vies " ; À de M. Olier pu. NOUS dispenser de parler des Vies du servibiées juil. teur de Dieu qui ont déjà paru, et d'indiquer

au lecteur les sources où nous avons puisé

nous-même. Malgré l'éclat que la vertu du rs fondateur de S. Sulpice avait jeté dans son ie siècle, le souvenir deses actions s’affaiblit in- se sensiblement, sans doute par le peu de soin sept que l'on eut de les faire connaître; car ce exel ne fut guère que trente ans après sa mort l'an que parut la première notice sur sa vie; ee encore ne forme-t-elle qu’un volume in-18, | 4m d'environ 150 pages. « Il y a longtemps, |! ma » lit-on dans l’Avis au lecteur, que le pu- hPa » blic soupire après la Vie de M. Olier: | » l’assiduité de ses enfants à travailler plu- sta

» tôt qu'à écrire, nous a caché jusqu'à ce pro

ncus de ce qui eur sera res imaun état où nous les illument si nt vérist arrivé ue nous sont es-

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PRÉFACF, xxIix

» jour ce précieux trésor; nous le devons » au R. P. Giry, provincial des Minimes, » qui l’a mis à la fin dela Wie des Saints. » L'éditeur ne produisit c:t sbrégé, que comme un échantillon de la pièce entière, qu’il faisait espérer de voir bientôt paraitre. Ce fut néanmoins, pendant près de 140 ans, la notice la plus complète qu'on eût sur M. Olier. Une autre Vie beaucoup plus considérable a été composée peu de temps avant la Révolution, par M. Nagot+, mort supérieur du séminaire de Baltimore, en Amérique, et publiée il y a quelques années en un volume in-8. Cet ouvrage est

+ M. Nagot assure cependant dans su Préface (1), qu'un religieux de l’ordre de Saint-Dominique publia en 4657 une petite Vie de M. Olier de 30 pages in-4°, Il parle de celle que compusa le Père de Saint-Vincent, et qui parut pour la première fois, non en 1657, mais en 1702, à Amiens, dans la première partie du mois de septembre de l'Année Dominicaine. On en a détaché quelques exemplaires ; et comme on y lit à la murge lu date 1657, qui est l’année où M. Olier mourut, M. Nagot « cru, par mégarde, que la notice avait été publiée cette année même. La Vie écrite par ce dernier est tirée presque dans son entier de celle que M. de Bretonvilliers avait composée ; on y retrouve aussi quelques fragments du Mémoire de M. Baudrand, et de la aotice sur M. Olier par Grandet. Comme nous nous sommes attachés dans celle-ci aux pièces originales, nous n'avons cité que rarement M. Nagot. Nous n’avons pourtant pas fait difficulté d'emprunter à ce pieux et estimable écrivain, quelques narrations qui nous ont paru reproduire heureusement les sources.

(0) P. vi.

Matériaux de cètte nouvelle Vie.

xxx PRÉFACE.

entièrement épuisé aujourd’hui, Les fruits d’édification qu'il a produits dans plusieurs ecclésiastiques, nous déterminent à publier une nouvelle Vie de M. Olier.qui renferme beaucoup plus de faits que la précédente, et qui, par là, fera connaître davantage ses œuvres et ses vertus, l’origine et les progrès de sa compagnie, et la part qu'il a eue, dans son siècle, à la réformation du clergé.

Les matériaux qui nous ont servi à la rédiger, sont principalement les manuscrits mêmes du serviteur de Dieu, à qui le Père Bataille, l’un de ses directeurs, ordonna en 1642 de mettre par écrit toutes les grâces qu'il avait reçues jusqu'alors.

M. Olier obéit avec la docilité d’un enfant, et raconta en détail, dans ces écrits, avec une grande simplicité, tout le bien que Dieu avait daigné opérer en lui ou par son ministère. C’est ce qui explique pourquoi il parle si souvent de lui-même, et quelquefois dans des termes qu'on pourrait trouver peu conformes à l’humilité chrétienne, si l’on ne savait qu’il n’écrivait que pour son directeur, et si l’on ne trouvait d’ailleurs à côté de ces récits, les expressions les plus fortes et les plus naïves du profond mépris qu’il avait pour lui-même.

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