‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 141 sur 251 · FRANÇOISE FOUQUET · texte numérisé non relu

FRANÇOISE FOUQUET

NOTE 16, p. 213. — Durant la mission d’flliers, au diocèse de Chartres, M. Olier eut lieu d’admirer, dans la personne d’une pauvre fille de ce pays, les soins paternels de la Providence sur les àmes simples et innocentes. Ce fut Françoise Fouquet, aveugle depuis quarante ans, et sur laquelle M. du Ferrier nous a laissé une notice fort édiliante. ;

« La mémoire de cette fille admirable, dit-il (3), m’est restée si » présente, que je puis en parler ici pour honorer les amis de » Div, et montrer l’une de ces âmes, vrais trésors de l'Eglise,

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» que Duau se plaît à tenir cachés dans le secret de sa face, parce » que seul il les connaît. Un dimanche, à l'office des vêpres, je » me trouvai obligé d'aller assister une pauvre fille extrêmement » malade, celui de nos messieurs qui avait ce soin n'étant pas là, » On me conduisit dans une petite maison d’un artisan qui avait » son entrée dans le cimetière, et j'y vis une fille malade, couchée » sur une paillasse et le visage à demi couvert parce qu’elle était » aveugle; elle s'appelait Françoise Fouquet, et était âgée de » 52 ans. Après avoir prié à genoux, comme il est convenable de » faire en abordant les malades, je lui demandai comment elle se » portait : elle me répondit qu’elle avait le désir de se confesser ; » et comme je demandais encore ce que le chirurgien et l’apo- » thicaire jugeaient de sa maladie : Ah! Monsieur, me dit-elle, » à Dreu ne pluise que j'appelle les médecins du corps plus tôt » que celui de l'âme. Ensuite elle se confessa, mais d'une ma- » nière si spirituelle, avec un discernement si grand de ses fau- » tes, des infidélités aux grâces de Dieu, des manquements qu’elle » avait commis en ne rendant pas à chaque mystère ses devoirs, » suivant les fêtes de l’année, qu’elle me remplit d’admiration et » d’étonnement; son regret et ses larmes pour avoir si mal ré- » pondu aux bienfaits de Dieu, étaient capables de toucher les » cœurs aussi endurcis que le mien. En voyant une fille pauvre » et aveugle, si remplie des richesses de la sagesse et de la science » célestes, je demeurai convaincu que Diu cache aux savants » des choses qu’il révèle et découvre aux petits. Enfin, je trouvai » qu’elle savait toutes ces hautes vérités dont le Père de Condren » nous instruisait dans ses conférences, et tout cela joint à de » très-rares verius.

» Cette lille était devenue aveugle à l’âge de douze ans, où elle » perdit sa mère : son père, qui était vigneron d’Illiers, prit alors » une seconde femme, qui avait peu d’inclination pour Françoise, » et la chussait du logis, dès qu’au point du jour son mari était » allé au travail. Cette pauvre aveugle, avec une patience singu- » lière, allait se mettre sous un buisson, qui n’était pas fort éloi- » gné, et où elle demeurait pleurant et songeant à Dieu, jusqu’à » ce qu’elle sentit que la nuit approchait. Pour lors, elle se ren- » dait près de la porte de son père, qui, arrivant, la faisait entrer, » etlui donnait à manger. Comme elle me faisait ce récit, je » voulus savoir ce que son père disait de la dureté de cette belle- » mère. Hélas, Monsieur, s’écria Françoise, il ne le sut jamais : » je n’avais garde de le lui dire, je savais qu’il s’en serait trop » fâché. Après qu’elle eut passé douze autres années dans ce » jeûne et dans une si forte épreuve, son père mourut, et cette

» belle-mère la congédia tout-à-fait. Elle crut alors devoir deman- » der à Dieu la vue, et, pour obtenir cette grâce, elle alla, accom- » pagnée de sa cousine, à Notre-Dame de Liesse, à Notre-Dame » de Chartres, à Notre-Dame des Ardilliers, et à Sainte-Anne, en » Bretagne. Après quoi elle n’y pensa plus du tout, persuadée » que Dreu la voulait aveugle, et qu’elle en devait être bien aise, » Ces pèlerinages finis, elle revint à Illiers, où elle vivait de qua- » torze deniers quelle gagnait par jour en filant, ne vivant que de » pain et d’eau ; et, comme elle était tout près de l’Eglise, elle y » passait une bonne partie des journées. Il y avait cinq ou six ans » qu’elle avait fait venir près d’elle une petite orpheline, sa pa- » rente, pour l’élever en la crainte de Dieu, et ses quatorze de- » niers suffisaient pour l’une et pour l’autre.

» Je m'informai de sa voie intérieure, et je trouvai qu'il n’y » avait ni vision ni révélation. Elle était tout occupée de la pré- » sence et de l’amour de Dreu, et du regret qu’il fût si mal servi » par elle, après tant de bienfaits. Pour ce qui est des grâces » extraordinaires dont vous me parlez, hélas ! disait-elle, j'ai » commis une grande faute une fois. Un homme de ma connais- » sance eut les côtes brisées d’une roue de charrette, contre une » muraille. Quand je l’eus appris, je m’en allai pour le consoler » chez lui, où je priai un peu près de son lit. Il me vint la pensée » de toucher son mal, et lui ayant demandé s’il voulait me le » permettre, il témoigna le désirer ; hélas, Monsieur, j'entrepris » cela ! — Hé bien, lui dis-je, qu’arriva-tail ? — Monsieur, il se » trouva aussitôt guéri; mais vous allez;yoir la malice de ma » superbe et de mon immortification. Coïnme je revenais chez » mon hôtesse, il y eut quelqu’un qui, sans doute pour se divertir, » me vint mettre de la fiente dans la bouche ; d’abord mon esto- » mac se souleva par cette puanteur, et j'en fus tout émue ; et » misérable je ne considérai pas Jésus-Cnrisr, abreuvé de fiel et » de vinaigre. J'entrai dans un jardin, où je me jetai par terre, » pleurai mon impénitence et mon peu de conformité aux souf- » frances de mon Sauveur. — Je voulus savoir, continue M. du » Ferrier, si elle avait de quoi se nourrir : il y avait deux jours » qu’une grosse fièvre la consumait, et elle n'avait, pris qu’un » peu d’eau, qu’elle buvait avec un chalumeau de paille, en le » plongeant dans un petit cruchet qui était dans son lit. Je dis à » son hôtesse de faire venir une fille chez nous, pour prendre du » bouillon qu'on y faisait pour les malades. Mais cette fille ayant » vu tant de monde au logis n’osa y entrer, et s’en retourna ; de » sorte que la malade passa eñcore cette troisième nuit avec de » l'eau. Lorsque j’appris cela le matin, avant d'aller à l'Eglise,

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