ESPRIT DE LA COMMUNAUTÉ
duite des âmes, Quand le supérieur ne savait pas y ré-
pondre, il chargeait quelque docteur de la compagnie
d'aller en Sorbonne en demander la solution, et le soir il
en faisait le rapport après le souper. Chaque jour, il se
présentait un grand nombre de questions, les plus difficiles .
qu’on pût imaginer; et il est certain, ajoute M. du Ferrier, , (1), Mémoires que cette conversation se faisait avec un grand profit des p. 18. assistants, et valait une grande étude (1).
Un autre avantage précieux de ces conférences, c’est XI. qu’elles tendaient à introduire, parmi les membres de la PA # À ti communauté, les mêmes maximes pour la conduite des munauté suiâmes. Afin qu’ils n’eussent tous, en effet, qu’un même es- NE den prit, M. Olier arrèta, de concert avec eux, un certain nom- la conduite des bre de principes généraux, qui devaient servir de base Ni se à leurs décisions, et auxquels tous promirent de se con- Charles aux former. La cinquième les obligeait de refuser l'absolution °"/esseurs.
à tous les pénitents qui étaient dans l’occasion prochaine
du péché, jusqu’à ce qu’ils l’eussent quittée réellement,
et la sixième de la différer pour huit ou quinze jours aux
pécheurs d’habitude (2). Le relâchement d’un grand nom- (3) Ms. 1n-18. bres de casuistes, et la facilité malheureuse de la plupart ri pce des confesseurs avaient rendu ce réglement nécessaire, °"7enés. Depuis longtemps, certaines opinions altéraient si étran-
gement la morale chrétienne, qu’elles semblaient n’avoir
été inventées que pour l’accommoder aux plaisirs des
hommes et à leurs passions; et cet abus provoqua, comme
on sait, un autre abus non moins pernicieux, une sévérité
excessive, uniquement propre à précipiter les âmes dans
le désespoir. M. Olier désirant que ses ecclésiastiques s’é-
loignassent également de ces deux extrémités, voulut, d’a-
près le vœu du Père de Condren, qu’ils suivissent pour
règle les /nstructions de saint Charles Borromée aux
confesseurs de son diocèse ; et afin de ramener tous les es-
prits aux sages principes de ce grand cardinal, il fit im-
primer, pour la première fois en France, les Actes de l’E-
h36 PARTIE I. LIVRE I. PAROISSE. — 1642.
glise de Milan, Us parurent à Paris l’an 1643, en un vo-
(t) Acta Ecele- lume in-folio (1), et furent dédiés aux docteurs de Sorperd bonne, auprès desquels il voulait d’abord les mettre en RE esinta, recommandation. « Ces Actes, que nous fimes imprimer
* nors 3,» à Paris, dit M. du Ferrier, servirent de règle aux préns » tres spécialement sur le refus et le délai de l’absolution,
» comme nous voyons qu’on le pratique avec fruit ; faisant » quitter auparavant les occasions prochaines, et imposant » des pratiques de pénitence contre les péchés d’habi-
(2) Mémoires » tude (2). » Un avantage plus général, ce fut d’accréditer on les /nstructions de saint Charles, parmi les ecclésiastiques
* noTs 4, p. qui venaient se former au séminaire, et insensiblement ue bris dans tout le clergé de France, qui, en 1657, les fit impri- Antoine Vitré, mer à ses frais * (3).
F Te Re Dès les commencements de cette communauté, M. Olier force d’être 1e COMprit que le moyen de l’attirer à une vie fervente et modèle de ses apostolique, était de se conduire lui-même si parfaitement gen et qu’il pût servir de modèle à tous. 11 se fit donc une loi de
Il fait le vœu de vivre en commun avec ses ecclésiastiques, de suivre les servitude et ce-
lui de tendre Mèmes exercices, et d’être toujours à leur tête, comme l’un
toujours à la d’entre eux (4). « Notre-Seigneur m’a montré, écrivait-il, perfection. , : ‘ (4) Wie Ms, de » Qu'il ne fallait pas gouverner en commandant, mais en
M. Olier, par M. D > ilitédeRretoliers ” A0nnant l'exemple surtout de la douceur et de l’humilité;
A pe » et que c’était le moyen pour faire profiter les âmes (5). » tu, pe 467. Il n’ignorait pas non plus qu’un véritable pasteur, et un digne chef de communauté, doit être toujours prêt à sacrifier ses biens,fsa santé et sa vie pour ceux dont il a la conduite ; aussi voulut-il commencer l’exercice de sa nouvelle charge en faisant vœu de servitude à tous les chrétiens. 11 s’obligeait, par ce vœu, à les considérer comme les maîtres de son temps, de ses biens et de sa personne, dont ils avaient tous droit d’user selon leurs besoins ; et quelque difficile que paraisse un tel engagement dans la pratique, il ne lui causa jamais la moindre inquiétude : preuve incontestable qu’il avait DrEu pour auteur. « Quand je fais
aun vode Sorlettre en mprimer aux prèsolution, L; faisant imposant s d’habiaccréditer siastiques siblement fit impri-
, M. Olier rvente et faitement une loi de suivre les mme l’un scrivait-il, , mais en humilité; mes (5).
ur, et un êt à sacriont il a la de sa noules chréomme les bnne, dont et quelque à pratique, preuve inand je fais
ESPRIT DE LA COMMUNAUTÉ. k37 » profession d’être le serviteur des membres de Jésus- » CHrisT, écrivait-il, je m'engage à leur obéir avec dis- » crétion, et selon la volonté de Dreu. En vertu de ce » vœu, j’ai laissé mon bien non moins que ma volonté à » la disposition de mon Maître. Puisqu'’il est vivant dans » tous ses membres, quand il me demandera pour ses be- » soins, il faut qu’aussitôt j'ouvre ma bourse, et lui dise : » Seigneur, prenez ce qui est à vous. Je sais pourtant qu’il » ne demande que des choses raisonnables; c’est pourquoi (1) mémoires » lorsqu'on nous demande autrement, ce n’est plus le Mai- “"?,de M: Olier, » tre qui demande, c’est le caprice de la chair : alors nous de M. Olier, par » ne sommes pas obligés de donner; au contraire, nous rh Û “à F4, » devons conserver à Notre-Seigneur ce bien qu’il nous y Vie Mo. de » a mis Cn main, ‘uniquement pour le lui fournir dans la Wuer Fer, » nécessité, en la personne de ses membres (1). » Con- t u,p.4 et suir. vaincu enfin que, en qualité de pasteur de sa paroisse et de Ho: Le chef de sa communauté, il ne pouvait donner des exemples %,“Ptembre, p.
d’une perfection trop sublime, M. Olier fit encore le vœu Olierspar le Père
de pratiquer, le reste de ses jours, tout ce qu’il} croirait PL être le plus parfait (2). ra Eu peu, Dès qu’il eut prononcé ces deux vœux, il sembla entrer XIII.
dans une voie nouvelle de renoncement et de sacrifice, et ne. pe ses exemples excitèrent, parmi les prêtres de sa commu- supérieurs pour nanté, une sainte émulation de zèle et de ferveur. Jamais porter les inféil n’usait à leur égard d’aucun terme de commandement, ef (pratique qui a persévéré jusqu'ici dans ses successeurs) de leurs deet, néanmoins, il obtenait tout, même les sacrifices les plus Lo généreux, par le seul ascendant de ses exemples. Fallait-il
assister les malades, entendre les confessions, annoncer
la parole de Dreu, il était toujours prêt à suppléer ses ecclésiastiques, à leur épargner le travail. Il voulut que
tous ceux qui.étaient venus avec lui de Vaugirard don-
nassent aux autres les mêmes exemples, surtout M. du
Ferrier, qu’il avait nommé supérieur de la communauté.
« Les corrections et les remontrances blessent quelque-
» fois, dit celui-ci; l'exemple, au contraire, n’offense jamais. » Lorsqu'on venait demander, durant la nuit, un prêtre » pour administrer les malades, le portier m’en avertis- » sait d’abord; et, comme il était instruit de ce qu’il devait » demander à ceux qui se présentaient au presbytère, » après qu’il m'avait dit la condition du malade et son état, » je l’envoyais prier celui des prêtres que j’estimais plus » propre à secourir le malade. Ce prêtre se trouvant quel- » quefois incommodé, il s’excusait au portier, qui venait » me le dire. Alors je m’en allais tout aussitôt moi-même » chez le malade, ne voulant pas en prier un autre prêtre, » qui eût peut-être trouvé mauvais que ce fût après le refus » du premier. Lorsque, le lendemain, celui qui avait refusé » savait que le supérieur de la maison était allé à son » défaut, cela lui donnait une mortification extrèraement » sensible. Il venait s’excuser et se plaindre; et comme au » contraire on lui faisait excuse sur ce qu’on n’avait pas » su qu'il était indisposé, après que cela fut arrivé sept » ou huit fois, une ferveur si grande se mit parmi eux, que » d’abord ils couraient au secours des malades, et n’eus- » sent souffert, pour quoi que ce fût, qu’un autre y fût » allé à leur place. Je dirai encore ce qui arriva quelques » mois après l'établissement de la communauté, lorsque » M. Corbel fut envoyé à Pébrac, par M. Olier, pour » essayer de réformer cette abbaye. Il avait demandé la » charge d’éveiller le matin et de porter la lumière dans » les chambres; personne, après son départ, ne se présenta » pour continuer : celui qui était supérieur en prit le soin, » et allait allumer la chandelle placée à ce dessein près de » la porte de chaque chambre, qu’il ouvrait après avoir » heurté. Cela se fit pendant cinq ou six semaines, sans » que personne y prit garde, ni sût qui l’éveillait. Enfin » un jour, à la récréation, tous ayant avoué qu'ils ne sa- » vaient qui c'était, ils conclurent que ce devait être le » supérieur; et l’ayant pressé de le leur apprendre, il s’al-
» lur » OXE
Le form proet surto de ré Le ré désir Nous qu'il » no!
» Sai » me » Au, » reti » nou » gne » rele » Ôtes » ont
» CŒL » sen
e jamais, n prêtre avertisil devait sbytère , son état, ais plus int quelui venait Loi-mème re prêtre, s le refus ait refusé ilé à son émement omme au avait pas rivé sept eux, que et n’eustre y fût quelques s, lorsque ler, pour mandé la ière dans > présenta it le soin,
ines, Sans ait. Enfin ’ils ne saait être le re, il s’al-
LËLE DE M, OLIÉN POUR L'ORDRE SACERDOTAL, #39
» luma un zèle incroyable parmi eux, chacun désirant (1 Mémoires » exercer cet emploi (4), » M Le dessein de M, Olier, en donnant tous ses soins à la XIV. formation de eette communauté, n'était pas seulement de 4,74 lee. procurer par là le renouvellement de sa paroisse ! il avait pourla réforme surtout en vue de montrer à tous les pasteurs les moyens Que" ds de réformer leurs troupeaux, en se réformant eux-mêmes. Le rétablissement de l’ordre sacerdotal était, en effet, le désir le plus ardent, et le vœu continuel de son cœur. Nous rapporterons ici quelque chose des beaux sentiments qu'il a laissés par écrit sur cette matière. « Seigneur, si » nous voyons maintenant refleurir les Ordres de vos » Saints, si nous voyons l’oraison régner parmi les Car- » mes; le zèle du prochain parmi les Jacobins; chez les » Augustins, l'amour de Dreu; parmi les Bénédictins, la » retraite du siècle, et la mort entière au monde ; enfin si » nous voyons réformer tous les Ordres, le vôtre, Sei- » gneur, sera-t-il done seul délaissé? Ne voulez-vous pas » relever votre maison tombée en ruine? Seigneur, vousen » Ôtes lechef, vous en Otes le fondateur : les autres Ordres » ont des hommes pour patrons, et ils sont tous renouve- One qu » lés; laisseroz-vous à jamais périr le vôtre (2)? p. 407. » Seigneur Jésus, vrai pasteur de l’Eglise universelle, » apportez un prompt remède à ses besoins ; suscitez quel- » ques personnes qui renouvellent l’ordre divin des pas- » teurs, avec autant d'amour et de zèle que saint Domi- » nique a établi le sien dans votre Eglise. Embrasez du » feu de votre amour et de votre religion des hommes qui » le portent ensuite et le répandent par tout le monde; » si je n'étais si misérable, si superbe, si je n'étais le » cloaque de toute ordure et de toute infection, que je me » présenterais volontiers à vous, pour servir à tout ce qu'il » vous plairait dans votre Eglise ; que je m’offrirais de bon » cœur, et m’abandonnerais comme je le fais dès à pré- » sent, comme un vase perdu! Je vous ai voué une entière
Sulpice,
(t) Mémoires aut, de M. Olier, » esclave (1). »
Les curés de se x .
Paris adoptent le destinait à travailler lui-même à cette grande œuvre; les réglements de la commu- : : R « nauté de Saint- sion au clergé des autres paroisses de la capitale, il lui
540 PARTIE 11, LIVRE 1, PAROISSE, — 1053, » servitude, c'est irrévocablement que je l'ai fait; je suis » à vous sans partage : je me livre maintenant tout de nou- » veau pour jamais, sans me réserver aucun droit de » pouvoir révoquer le don je vous fais de moi-même. » Vous disposerez de moi selon votre bon plaisir, comme » un maître et un seigneur dispose d’un serviteur ou d’un
Dieu inspirait à M. Olier un zèle si ardent, parce qu'il et comme il voulait se servir de lui pour donner l’impul-
concilia d’abord, d’une manière assez étonnante, l'estime et même le respect de tous les curés. D n’y avait que quinze jours que M. Olier était établi duns la naroisse, lorsque ceux-ci, dans une assemblée qu'ils tenaient le premier lundi de chaque mois, lui députèrent l’un d’entre eux pour lui donner mille témoignages de la‘confiance la plus particulière, et le prier de vouloir bien prendre place dans leurs réunions. « J'ai vu par là, ajoute M. Olier, la grande » ouverture que la bonté de Dieu nous donne pour le ser- » vir. Car messieurs les curés m’ont déjà prié de leur » communiquer nos réglements, pour les établir en leurs » paroisses. Ceci m’a confirmé dans la première vue qui » me fut donnée dès qu’on me proposa la cure de Saint- » Sulpice : je voyais que, par la bénédiction de Dreu, les » paroisses de Paris se formeraient sur la nôtre, et qu’elle » pourrait servir de modèle, non-seulement à la capitale, » mais à toute la France. Que Dreu soit béni de nous » donner ces grandes facilités, et qu’il nous fasse la » grâce d’être fidèles à ses miséricordes sur nous ! J’ai vu » dans le cœur de messieurs les curés une si grande sa- » tisfaction , et une inclination si particulière, qu’on ne » saurait rien y ajouter. Ils sont, par la grâce de Dieu, tous » charmés de nos propositions, et j’espère que sa miséri- » corde achèvera le reste. Pour moi, je me -tiendrai tou-
» jou » c’éta » Mon » de gi » sent » en » docté » pou M. ( était en sa f vaille des s4 jusqu” fiance.
malgré rite, de ne lai impo nombr lui de poser Louis :
qui n’ saint ?
Mais ci de M.
la réfc essaye
3 je suis t de noudroit de i-même, , comme ‘ou d’un
rce qu'il | Œuvre ; l’impulle, il lui l'estime ait que varoisse, 1t le prentre eux ela plus lace dans a grande
de leur en leurs vue qui
capitale, de nous fasse la
IEU, tous misérirai tou-
HEUREUX EFFETS DE CES RÉGLEMENTS, (19 | » jours dans ma petitesse, j'ai connu clairement que » c'était là ce qui m'avait entièrement gagné leurs cœurs, » Mon Du, que votre Esprit est puissant, qu’il produit » de grands effets sur les âmes! car, en leur parlant, je » sentais d’une manière palpable que c'était votre Esprit » en moi qui leur parlait ; et je me voyais, parmi ces grands » docteurs, comme un enfant dont vous vouliez vous servir (41) Mémoires » pour leur communiquer vos lumières (1). eg bb dé
M. Olier n’avait, en effet, que trente-quatre ans, etil xvi,
était manifeste que Dieu ne disposait ainsi tous les esprits rein) en sa faveur que pour lui donner plus de facilité de tra- Olier que Du vailler à la sanctification du clergé, et à l'établissement ne Li ste des séminaires dans le royaume. On n’imaginerait pas de personnes jusqu'où l’on portait pour lui l'estime, le respect et la con- Perret fiance. Il était lui-mème surpris et confondu de voir que, dans l'Etat, malgré son âge peu avancé, des personnes du premier mérite, dont plusieurs étaient des plus considérables de l'Etat, ne laissaient pas de le consulter sur des affaires trèsimportantes : jusque là que, cette même année 1643, nombre d’évèques de l’assemblée générale vinrent à l’envi lui demander avis sur la manière d'établir et de composer leur séminaire, et que la Reine, après la mort de Louis XIE, résolut de n’élever aucun sujet à l’épiscopat, qui n’eût passé quelques années dans le séminaire de saint Vincent de Paul, ou dans celui de Saint-Sulpice (2). (2) Wémoirss Mais ce qui devait contribuer surtout à établir la réputation ot No, de M. Olier, dans la direction de ces établissements, c’était * la réforme du faubourg Saint-Germain, dont nous allons essayer de décrire l’histoire.