‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 70 sur 251 · N. OLIER CATÉCHISE LES PAUVRES · texte numérisé non relu

N. OLIER CATÉCHISE LES PAUVRES

à Rome, ne put, pendant un jour et une nuit entière, ar-

rêter les larmes (1) que lui faisait répandre la tendresse ,, (4 Méne“t

filiale, plutôt que la crainte des jugements de Dieu sur 1 p.404.

une âme si chrétienne. « Il est, comme je l’espère, dans

» le ciel, écrivait-il, par l’heureuse fin qu'il a faite après

» de longues et très-fâcheuses maladies, et surtout après

» la dévotion très-particulière qu'il a toujours eue envers

» la sainte Vierge (2). » papas

Madame Olier, depuis la mort de son mari, ne cessait de p. 92.

solliciter son fils de repasser en France. Par un mélange

de piété et de vanité mondaine, assez ordinaire à la plu-

part des parents qui se flattent d’être chrétiens, elle dé-

sirait que son fils menât dans le clergé une vie régulière;

mais elle n’ambitionnait pas avec moins d’ardeur, pour lui,

les postes de l’Église les plus éminents. Se voyant chargée

seule du soin de ses fils, elle les poussait malgré leur

jeunesse dans la carrière des honneurs; elle obtint une

charge de Maitre des requêtes pour François Olier de

Verneuil, son aîné, qui avait d’abord été conseiller au par-

lement de Paris; elle pourvut Nicolas-Édouard Olier de

Fontenelle, le plus jeune, de celle de grand Audiencier de

France, que leur père avait possédée de nouveau avant sa

mort (3); et, pour celui dont elle demandait le retour, (3) LesGénéa- : ‘ ‘ + ogies des Mat-

elle venait d'obtenir une place d’Aumônier du Roï. « Cette #res des reque-

» bonne mère, disait ce dernier, m’attendait avec impa- 47,0,

» tience au retour de Rome et de Notre-Dame de Lorette, ba Fe

» où j'avais été conçu à la piété et à la véritable vie; elle m. p. s72.

» me demandait beaucoup, dans l’attente qu’elle avait que

» je reviendrais et que je paraîtrais avec éclat en sa maison,

» que je l’élèverais, que je me pousserais à la cour. Elle

» croyait même que j’accepterais la place d’Aumônier du

» Roi, qu’elle s’était efforcée de m’obtenir par beaucoup de

» sollicitations et de prières.

» À mon retour, ayant nouvellement perdu son mari IL.

| , , 5 M Olier em- » feu mon père, et se voyant dépourvue d'appui et d’a- brasse ouver-

us : ni » mitié, elle me prit en si grande affection, me voyant ximes évan-» encore dans les vanités du siècle et tous les trains du géliques. » monde, qu’elle ne pouvait assez me caresser ni me » chérir. Elle me disait même que je tiendrais la place de » mon père, et que je lui servirais de consolation et d’apde pr ba » pui; ce qui ne dura que fort peu (1). ut. p. 407, » Quoique je n’eusse rien changé dans ma conduite exté- » rieure, je puis bien avouer, néanmoins, que depuis ma » vocation à DIEU dans Lorette, je ne pouvais me complaire » enautre chose qu’en l'entretien de Div; le reste m'était à » charge, ce m'était une géhenne; si bien que mon élément » et mon centre était de parler de Dreu seul. Toutefois, je » demeurai comme caché l’espace de neuf mois sans révéler » à personne le dessein que j’avais de servir Dreu, et au de- » hors je ne paraissais quasi point changé. Mais au jour de » Noël, dans lequel je fis ma confession générale, je dé- » clarai entièrement que j'étais à Dreu en Jésus-Cumisr, et » je montrai au dehors ce que j’avais tenu caché au de- GMem. au.) dans (2). » Ce fut donc alors que M. Olier commença à

de M.Olier, tu. p.308.- L’Année faire profession d’une vie tout apostolique, et à mépriser

Dominicaine, ‘ etc. — Remar- les faux jugements du monde pour embrasser la sainte ge tel folie de la croix. Ce n’est pas qu'il regardât comme la voie

commune des ecclésiastiques le genre extraordinaire de dévouement envers les malheureux, qu’on le vit déployer alors ; mais il était persuadé qu’il ne pouvait résister aux mouvements de zèle dont il se sentait pressé, sans résister à Dieu mème ; et que, de sa fidélité à les suivre, dépendraient la mesure de sa grâce et toute la suite de sa vocation. Ces sollicitations pressantes le portèrent d’abord à imiter la conduite extérieure de JÉésus-Canisr, en faisant profession publique et éclatante de ses conseils et de ses maximes ; et comme la mission du Sauveur avait eu principalement pour objet les pauvres, qu’il était venu évangéliser, M. Olier se sentit fortement attiré à leur service, et

en fit, dès-lors, son œuvre de prédilection.

Dès des gra peuple les rue duisait le plus grande moigna milieu leurs cc CHRIST, il lesca croire € des au n’était ] sacrés, i général conduir avec qu Françoi depuis répugna sions, s dans l’é du mati pauvres

M. OI qui vou] exemple rencontr il s’arrêt lier, et] environ autres, € l’homme

M. OLIER CATÉCHISE LES PAUVRES. b1

Dès ce moment, il s’éloigna tout-à-fait de la compagnie |, re des grands, pour se confondre avec les gens du plus bas struit les paupeuple. Toutes les fois qu’il rencontrait des pauvres dans ‘res dans sa les rues de Paris, il les abordait avec bonté,et les con- cs duisait dans sa maison pour les instruire. Ceux qui étaient le plus mal vêtus lui semblaient avoir droit à une plus grande tendresse; il les recherchait à dessein, et leur témoignait une plus vive affection. Son cœur se dilatait au milieu d’eux, parce que, sous les haillons qui couvraient leurs corps, sa foi lui découvrait la personne de Jésus-

Cunisr, pauvre et manquant de tout. Les ayant ainsi réunis,

il lescatéchisait, leur apprenant à chacun ce qu’ils devaient

croire et pratiquer pour arriver au salut, et leur faisait

des aumônes proportionnées à leurs besoins. Comme il

n’était point ie nimèême engagé dans les ordres

sacrés, il préparait tous ces pauvres à faire des confessions ({ Fesses ps

générales (1), et se servait d’un domestique sûr pour les — Remarques : ë x histor., t. ut,

conduire ensuite à un confesseur dévoré du même zèle, pag. 457.

avec qui il s’était lié d’une étroite et sainte amitié. C'était 0 M,

François Renar (2), fils d’un Maître des requêtes, honoré e one

depuis peu du caractère de la prétrise, et qui, malgré la J'ieMs.duméme

. ds ar M. Leschasrépugnance naturelle qu’il avait à entendre les confes- TR pag. 6.

sions, se mit à exercer tous les jours ce pénible ministère (9) Lidéed'un r 1° ‘ A . ; véritublePrétre dans l’église des Capucins du Marais, depuis six heures his : : à + 4: sus-Chrisl, exdu matin jusqu’à midi, le plus souvent en faveur des primée en taie

pauvres (3. de eue M. Olier, non content d’instruire en secret tous ceux IV.

qui voulaient le suivre, donna bientôt à la capitale un Patent exemple de zèle apostolique inconnu jusqu'alors. S'il en vresau milicu rencontrait qu’il ne pût conduire à la maison de sa mère, %5 "US.

il s’arrêtait au milieu des rues, les instruisait en particu-

lier, et leur rendait les mêmes services. Il en était Sent

environné ; car ces mendiants, venant, les uns après les

autres, et voyant leurs camarades si bien accueillis par

l’homme de Dieu, s’en approchaienteux-mêmes volontiers.

Une charité si extraordinaire paraissait mal réglée aux yeux des gens du monde, et attirait souvent à M. Olier PA Lab de leurs railleries et leurs mépris (1). Un jour, comme il Leschassier, p. Catéchisait un pauvre à la porte de Notre-Dame, un homme A 98 fort bien vêtu s’approcha d’un domestique qui le suivait, rs bd et lui dit : Tu diras à ton maître qu'il est un fou.M. Olier qui l'avait entendu, sans en rien faire paraître, continua d’instruire ce mendiant avec une douceur et une humilité capables de faire tomber à ses genoux celui qui l’outrageait ainsi, s’il avait su apprécier sa vertu. Il n’était pas rare d’entendre des personnes du monde le traiter d'homme simple, qui avait perdu l'esprit : « À quoi pense-t-il , disait-on, de » s’amuser ainsi avec la populace ? » Mais ni ces discours, ni beaucoup d’autres, plus injurieux encore, ne purent dind Ar . minuer sa fidélité à l'attrait intérieur qui le pressait (2). M. de Breton- » Les Grands, disait-il, ne manquent pas d'instruction, il tb, ya assez de personnes qui s'offrent pour les instruire ; » et les pauvres, pour l'ordinaire mieux disposés, on les » néglige, on les abandonne, parce qu’auprès d’eux la vaà es p.89 » unité ne trouve rien pour se nourrir (3). »

Ces actes extraordinaires de charité touchèrent si vivement quelques ecclésiastiques de naissance, qu’ils commencèrent eux-mêmes à instruire aussi les pauvres au milieu des rues de Paris ; en sorte qu’en peu d’années ce genre de ministère, d’abord si nouveau, n’eut rien que d'ordinaire au

ne ue sein même de cette capitale (4). M. Renar, dont nous venons u.p.262 de parler, fut un des premiers qui s’y exercèrent (5); mais AE pe tous ne s’en acquittèrent pas d’abord avec une égale générodb sité. L’un de ces nouveaux missionnaires, trop faible encore pour braver le respect humain, s’éloignait quelquefois de M. Olier, ou se cachait dans une maison, lorsque, instruisant quelque pauvre, il venait à apercevoir des personnes de sa connaissance. Le serviteur de Dieu en éprouvait un vif déplaisir, et, reprochant ensuite avec douceur cette lâcheté à son ami, il lui représentait que c’était une folie de

rougir de Jésus-Chr Père pour depuis, la s’il renco conduisait ter sur-le

“eux-mêm

Il ne pc sées à la ] dictions € maient ha singularit n’épargna ni représe injures et de violen il les rass le lieu de Seigneur, pour sa fa Sa répons de saint serais pot aussi de l’état eccl lettres ; et d’humiliat « dispens:

que cela

me voir me faire bonté de grandes part de f

M. OLIER CATÉCHISE LES PAUVRES. h3

rougir de reconnaître les pauvres pour nos frères, puisque Jésus-Christ n’aura pas honte de nous avouer de-'ant son Père pour les siens (1). Ces sentiments furent toujours, (1)7ie Ms. de

: ‘ A + î M.Olier, par M.

depuis, la règle invariable de sa conduite, jusque là que & Brelonvil -

s’il rencontrait dans les rues des pauvres malades, il les Us! l» 1 38 conduisait lui-même à l'hôpital, ou les y faisait transpor-

ter sur-le-champ, s’ils étaient trop faibles pour s’y rendre ‘eux-mêmes (2). (2) Hbid.

Il ne pouvait pratiquer longtemps des œuvres si oppo- M. c ee sées à la prudence de la chair, sans éprouver des contra- bläme et perdictions de la part de ses proches. Quelques-uns le blà- rs . maient hautement, et regardaient sa conduite comme une singularité d'shonorante pour un homme de qualité. On n’épargna, pour l’en dégoûter, ni railleries, ni reproches, ni représentations. Plus d’une fois on en vint jusqu'aux injures et aux menaces, et enfin on usa même d’une sorte de violence pour écarter les pauvres de l’appartement où il les rassemblait. Alors il commenca à les conduire dans le lieu de la maison qui lui rappelait l’étable de Notre-

Seigneur, ayant néanmoins l'attention, par ménagement pour sa famille, de les y introduire par une porte dérobée. Sa réponse à tous ceux qui le blâmaient était cette maxime de saint Paul: Si je voulais plaire aux hommes, je ne serais point serviteur de Jésus-Christ (3). 11 réunissait (8)Mem. pour aussi de jeunes écoliers et même plusieurs aspirants à D “ Ke l'état ecclésiastique, pour les former à la vertu et aux "de: le

lettres ; et c'était aux yeux de ses parents un nouveau sujet #éstations uuthentiques, ton-

d’humiliation et de déshonneur. « Je n’ai jamais pu me chant M. Olier, « dispenser de cette occupation, écrit-il, quelque murmure MS OÙ que cela excitât dans ma famille, qui était choquée de 27 M de di : me voir tenir ainsi de jeunes écoliers auprès de moi, et p.35 et 38. me faire le pédagogue de la jeunesse. Il est vrai que la bonté de Notre-Seigneur n’a pas souffert que j'aie eu de grandes oppositions au point que j’en pouvais avoir de la

part de feu mon père ; car il avait un tel pouvoir sur moi,

(0 PARTIS 1, LIVHE 11, — 1630.

» que, s'il eût véeu dans le commencement de mon retour » de Rome, lorsqu'il fallut parler aux pauvres en pleine » rue, je ne sais si j'eusse osé en sa présence l’entreprendre. » Il voulait me pousser dans le monde, et me mettre à la » Cour, où j'eusse eu mauvaise grâce de pratiquer cet em- » ploi, » Parlant ensuite des missions qu’il entreprit peu après, il ajoute: «De plus, je ne sais s’il eût pu souffrir qu’au » lieu de paraître en publicet dans les meilleures chaires » de Paris, comme j'avais commencé, je fusse allé prêcher » dans les missions, aux plus pauvres villages, où je ne » trouvais quelquefois qu’une grosse pierre pour chaire et » point de bonnet, en sorte qu’il me fallait prêcher nu- » tte et jusqu’à trois fois par jour; cet homme sage et » prudent n’eût pu le souffrir alors, à cause que la mission

(4) Mém. aut, » n’était point encore pratiquée par des personnes de conde M. Olier, t, PA u,p.261,262, # dition (1), »

F as a Sa mère, qui lui avait témoigné tant d’affection à son cure l'entrée létour de Rome, fut la première à ne pouvoir le souffrir de M'e de Bus- dans des occupations qu’elle regardait comme un déshoneaux armé Doup publie pour sa famille, Déjà elle avait commencé à ne

plus le voir du même œil lorsqu'il eut refusé la charge d’Aumônier du Roi, et qu’il commença à vivre éloigné du monde, Mais ce qui excita les murmures de tous ses proches contre lui, ce fut que, peu après son retour en France, il facilita à Mademoiselle de Bussy, sa cousine, les moyens de s’arracher au monde et de se consacrer à Dieu dans a Mono l’ordre du Carmel (2), 11 se prêéta d’autant plus volontiers u,p.407. au généreux dessein de cette parente, qu’elle lui avait témoigné une charité plus sincère qu'aucun de ses proches, en fondant à perpétuité une messe qui devait être offerte chaque jour pour elle et pour lui. I1 crut d’ailleurs que le sacrifice qu'il ferait d’une des personnes du monde qui lui étaient alors le plus chères, lui obtiendrait pour lui-même quelque faveur de sainte Thérèse à qui il l’offrait; il la fit donc entrer chez les Carmélites, Cette vertueuse filke en con-

» naître » ses par » venu à » à sa pe ces vani servis I comme J'offris, dédiées.

autres , quelque Notre-D temps q gner me fiant les vent sa de beau lontaire lieu de to saient épi patience. I et dans ce plus de tions les p lui, que pi patience et » m'avait » quelque » devant | » cœur tot

M. OLIER CATÉCHISE LES PAUVRES. 45 serva jusqu’à sa mort la plus vive et la plus sincère reconnaissance. Voulant lui en donner une marque avant même de sortir de la maison, «elle demanda, dit M. Olier, » la clef de mon coffre, et elle y laissa mille belles choses, » qui étaient des restes de sa vanité; croyant par là recon- » naître les petits services que je lui avais rendus malgré » ses parents et les miens, des mains desquels j’étais par- » venu à la dégager. J’aidai encore une dame, attachée » à sa personne, à être reçue Carmélite. Je trouvai donc » ces vanités dans mon coffre après son départ, et je m’en » servis pour faire des présents à la très-sainte Vierge, » comme j'avais commenté à le faire dès auparavant. » J’offris, pour l’ornement de plusieurs églises qui lui sont » dédiées, divers présents en diamants, en argenterie et » autres, et je fus un de ceux qui contribuèrent, par » quelque somme considérable, à la décoration de l’église de » Notre-Dame de Paris. Depuis, je lui ai fait de temps en » temps quelques présents, ayant toujours tâché de témoi- » gner mes affections à cette grande princesse, en lui sacri- » fiant les choses qui m’étaient le plus chères, et bien sou- » vent sans le vouloir : car, dès que j’avais quelque chose » de beau, je sentais dans mon cœur une impulsion involontaire de porter cet objet à Notre-Dame (1). » Au milieu de toutes les contradictions que ses proches lui faisaient éprouver, M. Olier montrait la plus inaltérable patience. Il croyait même que dans les procédés de sa mère, et dans ceux de ses autres parents à son égard, il y avait plus de pureté d'intention et de droiture que dans ses actions les plus saintes (2), et qu’ils n’agissaient ainsi envers lui, que parce que Dreu voulait, par ce moyen, éprouver sa patience et lui faire expier ses péchés. » Lorsque ma mère » m'avait fait quelque mauvais traitement, dit-il, j’allais » quelquefois à l’église Notre-Dame, et, me prosternant » devant la statue de la très-sainte Vierge, je lui disais, le » cœur toutaffligé : Je vous prends pour ma mère, puisque

(1) Mém. aut, de M.Olier, t.1.

(2) Ibid. t. u.

: LP nr » la mienne me rebute; ma sainte Vierge, servez-moi de n. p. 849. » mère, s’il vous plaît (1). »

” ne 7" M. Olier ne mit cependant point de bornes à sa ferveur, se les plaies et malgré la douceur et les ménagements dont il usait pour les ulcères des ne pas trop aigrir ses proches. Ce même attrait fort et puis- RENÉ sant, qui l’avait porté à instruire publiquement les pau-

vres, l’obligea, comme il s’exprime lui-même, à des actes plus héroïques encore, à baiser leurs pieds et même leurs PA as de plaies les plus horribles (2). Les victoires de ce genre qu’il 1, p.456. — 4n- à remportées sur lui-même sont la preuve la plus décisive née Dominicai- ; A me.ete., p. 44. de la grandeur de son courage, et l’un des plus beaux triomphes de sa foi. Après que la religion a publié partout les traits semblables d’un père Claver et de l’illustre Apôtre des Indes, nous ne pensons pas devoir dérober à l’édification publique les actes de ce genre d’héroïsme que présente la vie de M. Olier, ni que la délicatesse des lecteurs chrétiens se refuse à en entendre le récit. Pressé par cet attrait intérieur, M. Olier, après avoir catéchisé les pauvres dans les rues de Paris, leur baisait ensuite les pieds par respect. S'ils avaient quelque plaie, il leur demandait comme une grâce la permission de la baiser ; et, étouffant alors les plus fortes répugnances de la nature, il ne craignaït pas de coller ses lèvres sur des ulcères dont la vue seule faisait horreur aux passants. Une personne, qui l’accompagnait, a compté jusqu’à seize occasions différentes, dit M. de Bre- M Oleroor M. tonvilliers (3), où elle l’a vu baiser ainsi les plaies les plus de Bretonvil- infectes, et coller sa bouche avec tant de tendresse et de on US + complaisance sur la pourriture mème qui en découlait, qu’il MN ES tan en avait ensuite le visage tout couvert. Traversant un jour

u. ch. iv, — Re: le pont de l’Hôtel-Dieu, il aperçut un pauvre par terre, qui marq. histori- P ? pere P P > qu

ques., t. ur. p. avait une plaie dont les passants ne pouvaient soutenir la 555. 2 ; | s :

vue : il s’approche aussitôt, se jette à ses pieds, et ne voyant

4) Pie Ms. de QU JÉSUS-CHRIST dans la personne de son membre souf-

M. Olier,parM. frant, après l'avoir embrassé, il baise la partie affligée de

de Bretonvil- : : k .

liers, p, 39. Son corps à plusieurs reprises (4). Il revenait alors de

l’église

» et que » blant

» Saint » à mes :

» tions d » fût ain » effet j”< » je sois » C’est pt » dire et » portez M. Olic science, ( cessa peu d’une si courage | actes ext1 ner trop ( rompre à baiser les les autre:

en esprit

» souven » vant pa

pi de

eur, pour puispauactes leurs qu'il isive iomit les pôtre ificasente chrétrait dans

pect.

> une plus » Colhorit, a Bre-

M, OLIER CATÉCHISE LES PAUVRFS, K7 l’église Notre-Dame, et, selon la coutume qu'il observa quelque temps, il baisait, en sortant, les pieds de tous les pauvres qu’il rencontrait aux portes, sur le parvis, sur les ponts et dans les rues, sans jamais résister à l'attrait intérieur qui le portait si puissamment à ces sortes d’actes, « Qu'il est doux, Ô mon Dreu ! de vous obéir, écrivait-il, » etque vous rendez bien le centuple à ceux qui font sem- » blant de vous être fidèles ; car je ne puis pas dire vous » l’être réellement, sinon que j’ai toujours tâché de vous » obéir depuis le moment que je me suis converti, Jamais » je n'ai pu souffrir de vous rien refuser, en ayant le » moyen et la force; et j’ai toujours adhéré à vos senti- » ments, pour jeune que j’aie été à votre divin service, » Saint Paul disait: Depuis ma vocation je n’ai pu adhérer » à mes volontés propres, à mon jugement et aux inelina- » tions du sang et de la chair; eh! plût à Dreu que cela » füt ainsi de moi, qui ne suis que superbe, comme en » effet j’en suis tout composé ! Mon doux Jésus, quel que » je sois, c’esten vous que je recois toutes ces grâces, et » c’est pour vous, mon tout, que je veux tout faire, tout » dire et tout écrire, pour vous seul mon amour, qui rap- (1) Mém. aut. » portez tout à votre Père pour lequel vous vivez (1). » : DURS M. Olier, non moins docile à la voix du guide de sa con- VIEIL. science, qu’il n'avait été généreux à suivre l'attrait divin, , 7 Re mr cessa peu après d'offrir aux yeux de la capitale le spectacle ne plus baiser d'une si étonnante humilité. Son confesseur, satisfait du RL courage héroïque de son pénitent, lui fit observer que ces esprit, lorsactes extraordinaires de charité pourraient à la fin lui don- A ner trop d'éclat : il n’en fallut pas davantage pour les interrompre aussitôt. M. Olier s’abstint donc dès ce moment de baiser les plaies des pauvres qu’il rencontrait à Paris et dans les autres villes, maïs il ne laissait pas alors de les baiser

enesprit (2). « Dans les villes, écrivait-il douze ans après, (2) Pie de M.

‘ ; ; ; ; Olier, par le » souvent et quasi toujours, je les baise en esprit, ne pou- Pére Giry, —

js ; Jbid. p. 655.

» vant pas le faire extérieurement. Je sens mon cœur porté """"

(4) Mém. aut.

de M. Olier, 1.

h8 PARTIE 1, LIVRE I. == 1091.

» par l’esprit de Notre-Seigneur jusqu’à la plaie, avec grande » tendresse, Cela m’apprend que ce bon Maître aime beau- » coup ces sortes d’occupations intérieures ; qu’à l’intérieur » rien ne doit nous paraître impossible ; et que nous ne » devons rien laisser à faire, afin que dans l’occasion où » DIEU nous demandera la chose jusqu’à l’extérieur, nous

» soyons toujours prêts à obéir. Il faut donc que notre in- » térieur soit bien plus grand que notre extérieur, et que » ce que nous faisons au dehors nous paraisse si petit à » l'égard de ce que nous désirons faire pour Dieu à l’in- » térieur, que l’œuvre extérieure nous fasse rougir, étant » si peu de chose pour une aussi grande majesté. Alors elle » sera pleine d’humilité et de charité : deux conditions qui » doivent accompagner nos œuvres, et qui étaient l’esprit » dans lequel Notre-Seigneur faisait toutes les siennes (1). » retou Lorsqu'il marchait par la campagne, et qu’il rencontrait leme des pauvres, cédant alors à son attrait, il demandait de PRES baiser leurs pieds ou leurs ulcères. 11 rapporte lui-même chait que ces rencontres semblaient souvent être ménagées par iibur une disposition particulière de la Providence, tant pour le Bercs soulagement spirituel et corporel de ces malheureux aux- vanta quels il faisait toujours l’aumône, que pour sa propre édi- FIQUR fication. Un jour, il vit venir à lui trois pauvres les uns après » mêr les autres, et sous lesquels sa foi vive et ardente lui mon- PEU trait Jésus, Marie et Joseph. « Le premier qui passa, dit-il, » des » ce fut un bon vieillard, l’autre une bonne femme, et le » chat » troisième un jeune homme. Je les interrogeais de leur » pela » croyance, à quoi ils me répondaient fort bien ; le dernier si tion » surtout, qui me représentait Jésus-CurisT, me toucha Sat » beaucoup : c'était un jeune homme qui avait un côté du Sales » corps tout brûlé, le bras tout retiré, tout perdu et même ecclési » écorché. Je lui demandai entre autres choses d’où lui SA » était venu cet accident ; il me répondit que pour avoir lui, il » voulu sanver ses enfants du feu, it s'était ainsi brûlé le nt » corps. [Il ne pouvait répondre plus justement à ma pen- mède,

PÈLERINAGE A CITARTRES. k9

je » sée; ce rapprochement entre lui et mon Sauveur couvert de » de plaies pour avoir voulu sauver ses enfants me toucha ur » vivement. Hé ! Dreu vous bénisse, lui disais-je à chacune je » de ses réponses. Après que je l’eus consolé et que je lui où » eus souhaité la bénédiction de Digu, il s’en alla content; us » je le fus aussi beaucoup moi-même, de ce qu’il m'avait a} Même. ant s » permis de lui baiser sa plaie (1). » u, p. 416, 407. ue Un autre sujet de joie pour M. Olier, fut que ce IX. Là pauvre malheureux lui dit qu’il était de Notre-Dame de ty Ps Chartres, circonstance qui augmenta sa tendresse et sa gé- livré de peines nt nérosité pour lui. 11 fut ravi de témoigner à la très-sainte intérieures. le Vierge, dans la personne de ce pauvre, la reconnaissance qui qu’il conservait pour les grâces dont elle venait de le comrit bler tout récemment dans cette célèbre église. Après son ” retour de Rome, Dieu avait voulu l’éprouver non plus seudt lement par ceux de ses amis et de ses proches qui censude raient sa conduite, mais par lui-même. M. Olier s’appro- “où chait déjà tous les jours de la sainte table, et même du par tribunal de la pénitence, afin d'éviter jusqu'aux plus léle gères imperfections ; lorsque Dieu, pour le purifier daà vantage encore, permit qu’il füt assiégé de peines intédi- rieures les plus accablantes. « Je me souviens, dit-il luiie » même, qu’au commencement que je fis profession de Fes » servir notre bon Maître et sa très-sainte Mère, j’éprouvai il, » des scrupules si grands, que je me confessais trois fois l » chaque matin, jusqu'à aller interrompre à l’autel le chame » pelain de notre chapelle pour qu’il me donnât l’absoludoe » tion. » C’était le père Dufour, chapelain de la paroisse cha Saint-Paul, et qui avait été aumônier de saint François de du | Sales (2). En vain, pour calmer les peines de M. Olier, cet ae me ecclésiastique employa-t-il tous les secours qu'offre la foi sier— Attestu- Jui aux justes éprouvés; quelque soumission qu'il trouvât en AA Se. is où lui, il ne put réussir à lui rendre le calme. Il fallait que la Le main qui avait envoyé le mal en procurât elle-même le reon: mède, Dæc inspira donc à M. Olier de recourir à la source L. *

50 PARTIE 1, LIVRE 11, — 1091, où il avait trouvé sa guérison dans son voyage d'Italie ; et, pour le confirmer dans la persuasion où il était, que toutes les grâces qu'il devait recevoir lui seraient données par les mains de la très-sainte Vierge, il lui inspira la pensée de faire un pèlerinage à Notre-Dame de Chartres, en grande

Rip 00. vénération dans tout le royaume depuis un temps immémo-

gg ni M rial *, M. Olier s’y rendit de Paris à pied, au milieu de

hist, Lu,p A. l'hiver, mais avec une dévotion si ardente et un tel succès,

y AE 1, qu’au moment même où il arriva dans l’église cathédrale,

A LR ‘Oter, ie et avant d’avoir visité la chapelle souterraine, où la Mère

per 26, de Bre. de Drœu était alors spécialement honorée, il se trouva en-

p. 47. 4. tièrement délivré de toutes ses peines (1).

<. me de Après avoir consacré quelques jours à la reconnaisque M. Ge sance, en prolongeant devant la vénérable image de Mafait de lui- rie les tendres effusions de son cœur, il revint à Paris,

même, Son a

mour pour - plus affermi que jamais dans la résolution de vivre d’une

Dieu. manière tout apostolique. Déjà il se refusait tout, pour répandre son bien en aumônes, et vivait éloigné de toute compagnie, afin de vaquer plus librement à l’oraison. Son lit était une simple paillasse ; mortification qu’il cachait si bien, que son valet de chambre l’ignora longtemps et fut le seul qui s’en aperçut au bout de quelques années. Pour lui en dérober la connaissance, M. Olier avait soin de retirer le soir ses matelas, et de les remettre le matin dans

a Save le même état où ce domestique les avait laissés (2). Aussi

Ms. de M chassier,ibid.p. avide d’austérités que les hommes sensuels et voluptueux

M Ole nd. le sont des douceurs et des commodités de la vie, il trai- Lochassier pa. tait son corps avec toute la dureté d’un maître qui dompte son esclave ; et il suffisait qu’une action fût agréable à Dec, pour qu’il s’y portât avec courage, quelque pénible qu'elle fût. Enfin, il était déjà tout possédé du saint amour; et pour l’allumer de plus en plus dans son cœur, il saisissait toutes les occasions de converser avec les personnes qui aspiraient à la vie parfaite. Dans un voyage qu'il fit cette année à son abbaye de Pébrac, il eut l’avantage de

visiter granges dont l’4 ration ] ses ent Vierge, religieu « Pour » Fils, » lez o » Cevoi » fasse » notre » mêm » louer » menc » prenc » duqu » indig » qu'il » parle » role, » en vo »

obte

je ne

Jésus » dilcc » moi Q » et si » leur!

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M. OLIER VISITE UNE SAINTE RELIGIEUSE, 51 visiter plusieurs fois une sainte religieuse, la mère Desgranges, supérieure des Filles de Notre-Dame de Brioude, dont l’âge et les vertus éminentes lui inspirèrent une vénération profonde et une confiance filiale bien méritée, Dans ses entretiens avec elle, il croyait entendre la très-sainte Vierge, et il lui semblait que les paroles de cette sainte religieuse fussent pour son âme une sorte de lait spirituel. « Pour l'amour de notre sainte Mère et de son très-cher

Fils, lui écrivait-il, continuez à nourrir mon âme ; parlez ouvertement à celui qui n’a de cœur que pour recevoir les sentiments du saint amour (quoique souvent il fasse tout le contraire). Ma Mère, à quoi doivent servir notre corps et notre âme, notre temps, notre vie, et même toute l'éternité, sinon pour aimer Dieu, pour le louer, pour l’adorer? Il veut que sur la terre nous commencions à vivre de la sorte : donc, ma bonne Mère, apprenez-moi à aimer votre Tout, votre grand Dieu, auprès duquel je n’ose m’approcher , en étant par moi-même si indigne. Parlez-lui pour votre enfant, et si vous voulez qu’il vous suive, mandez-lui la manière dont il lui faut parler. Ma très-chère Mère, je suis sans voix et sans parole, puisque je suis sans amour. Le Saint-E'sprit qui est en vous, a la science de la voir (1). Quand vous m’aurez 4) Sapient, obtenu sa présence et sa sainte union, ma bonne Mère, %P: {: *:7: je ne vous demanderai pas comment il faudra parler. Jésus, père d'amour, et vous, Marie, la mère de la belle dilection, avec votre saint époux, saint Joseph, obtenezmoi ce saint amour. Amour, qui habites si hautement et si pleinement dans ces trois personnes, donne-toi à leur pauvre petit esclave, mais, hélas ! infidèle et ingrat ! Amour, bouche tes yeux; miséricorde, ouvre ton sein; n’ayez point égard à mes crimes. Souvenez-vous de ce que vous êtes, et non pas de ce que je suis. Prenez-moi, gardez-moi, consumez-moi dans vous, et puis je suis tout content ; dévorez-moi. Eh! feu du ciel, je ne puis

( Lettresau- » Vivre Si vous ne m’animez, ma vie est une mort Der D, » SANS VOUS (1). »

XI. L’ardeur avec laquelle M, Olier s’excitait à l'amour dice que vin, et sa générosité à embrasser les pratiques les plus Dieu appelait héroïques de la vie parfaite, n’étaient point, comme on M: Olier. Lourrait se l’imaginer, l'impulsion aveugle d’une ferveur

indiscrète ou l’excès d’une imagination déréglée, Pour juger de la sagesse de cette conduite extraordinaire, il est nécessaire de considérer les desseins que la Providence avait formés sur lui, et auxquels ces actes de vertu devaient servir de préparation.

Dieu no le destinait pas seulement à devenir, selon ons l'expression de l’Assemblée du clergé de 1730, l’ornement des Procès-ver- el la gloire insigne du clergé de France (2), à l’embaumer

d ol HA À 1 à , Pices jnstig, de encore après sa mort de l'odeur de sa sainteté, comme le té-

AY Pe moignait l’illustre évèque de Meaux (3), et, pour nous ser- D Que de vir des paroles d’un judicieux historien de saint Vincent de ci in tuto, part. Paul, à attacher à son nom l’idée d'un des plus saints prêtres QC AT qui aient jamais été dans l'Église (te), 1 avait encore daigné

Q édi . + 0 4 Ten x le choisir comme l’un des hommes apostoliques, suscités

14i Vie de S. À avr n DAT 1 nç p'incentePaal, alors pour réformer le clergé (5), par l'établissement des

parCollet,in-4, séminaires en France (6), et pour communiquer cette trop

iv. in, p. 189. ; : : ; : . gt . A (5) Histoiredes tardive, mais si heureuse impulsion, qui multiplia bientôt Cros ces établissements dans tout le royaume, 11 devait, selon w, tv, art ne les conseils divins, laisser après lui, dans le séminaire de Condren: Me principal qu'il fonda, une source de grâces pour tout le » Cloysault, 1. nd à : u p.953, * clergé, ainsi que s’en exprime Fénelon (7), et comme une (6) Summa- ,; , D Mer nf; .

rium super in. Cétadelle pour la religion, une école de toutes les ver tus (8); RE donner enfin à l’Église de France une compagnie uniqueete., nv 14, test, A0 k , ns : :

XV. ment vouée à la formation de ses ministres, et qui conti- (7, OEuvresde se ln: à : Aion Fénelon. Cor. NUÂt après lui cette œuvre si importante et si désirée. respond, t, v. : twoait la norfocoti , “mi letl.anë M.Les. Cette Vocation exigeait la perfection la plus éminente et

chassier, comme une nouvelle conversion dans M, Olier. Elle sup- (8) Assembl.du ; Re aie è

Ctergéde Fran- posait, du côté de Digu, des secours extraordinaires ; el ces ce de 4780, déjà sn + 4 : PT PIE « voritis citée, p. do, grâces excellentes qui forment à la perfection des vertus

sacer' salut consi ne do ses pl cation les at amou couve Domi gne, | extra depui sériet cette dans sancti habit que :

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LA MÈRE AGNÈS PRIE POUR M. OLIER. 53 sacerdotales, les hommes à la sanctification desquels le salut d’un grand nombre d’âmes est comme attaché. En considérant l'étendue et les suites d’une telle vocation, on ne doit pas être surpris que Drœv ait commandé à l’une de ses plus zélées servantes, d'offrir, pour la parfaite sanctification de M. Olier *, les prières les plus ardentes et toutes “NOTE 2,p.71. les austérités que pouvait lui inspirer la générosité de son XII. amour. Nous parlons de la mère Agnès de Jésus, prieure du ' Le en de couvent de sainte-Catherine de Langeac, ordre de Saint dre de prier Dominique, en singulière vénération dans toute l’Auver- Fi Her gne, le Velay et les provinces voisines, et dont la vie, tout cation de M.

extraordinaire qu’elle a été, ne doit rien avoir de suspect a depuis que le Saint-Siége apostolique, après une longue et sérieuse discussion, a déclaré, par un décret solennel, que cette sainte fille a pratiqué toutes les vertus chrétiennes

dans un degré héroïque (1). Elle ne cessait de prier pour la ( ge: . é . e mère Agnès de sanctification du clergé, et pour la conversion des pauvres Jésus, in-12,

habitants des campagnes, privés dans ces quartiers de pres- "#6 P- 449. que tous les secours de la religion. Un jour qu’elle de-

mandait avec larmes de sortir promptement de ce monde |

pour aller se réunir à son céleste époux, notre Seigneur MO ne

lui dit: Tu m'es encore nécessaire pour la sanctification d’une À. qe st. 1, p.482.

âme qui doit servir à ma gloire (2) : et, peu de temps après, 7 4 5 admi- F . + . A S x Traulc ac lasœur la très-sainte Vierge, pour qui la mère Agnès éprouvait un Agnès de Jésus,

, à ‘ Lu, Liv. Vi, ch. 1, amour et une dévotion qui trouvent peu d'exemples, même res Do.

Dictons + . , A minicaine, etc.

dans l’histoire des Saints, lui apparut toute revètue de ” Reinargues

gloire (3), et lui fit entendre ces paroles, qui furent le dé- historiques, 1.

re ‘ ; ,, M D. 456.

veloppement des précédentes : Prie mon Fils pour l'abbé de xXore 3,p.72.

Pébrac (4) *. C'était l’abbaye de M. Olier, à deux lieues de he ", M.de Langeac. La mère Agnès ne le connaissait point alors, elle Bretonvilliers,

Se <e : &. 1. pag. 132. — n’en avait jamais entendu parler (5), et n’eut de rapport Pie de ta mére

A . °\ noir Agnès in-49 avec lui qu’au bout de trois ans de prières, d’austérités ct 1608, dr ur de larmes. Il faut entendre M. Olier lui-même témoigner à Fi AR

G » adini- Du et à Marie sa reconnaissance pour une si touchante rubtedela Sœur

j ; Agnès de Jésus, invention de leur amour. ; 1 vi, chap. 1.

(4) Mémoires aut.de M.Olier, t.1, p. 84, 82.

« En l’honneur de la très-sainte Vierge, l’avocate des » pécheurs, dont je suis le premier; protestant à ses pieds, en qualité de son indigne esclave, que je suis redevable à son intercession de toutes les grâces que j’ai reçues, je dirai, couvert de confusion, qu’à peine sorti des abimes du péché où je m'étais plongé pendant plusieurs années de ma jeunesse, et jusqu’à vingt-deux ans, cette reine du ciel, plus ravissante dans sa bonté que dans sa grandeur, prit le soin, et, si j'ose le dire, la peine de descendre sur la terre, et de visiter une de ses servantes d’admirable sainteté, et à laquelle elle dit: Prie mon Fils pour l’abbé de Pébrac, parlant de ce misérable pécheur ; ce que cette sainte fille exécuta si soigneusement, qu’à tout moment elle m'avait présent à son esprit sans m'avoir jamais vu, étant à cent lieues d’elle, et qu’elle s’immolait pour moi comme une victime à la justice de Dreu. Car, après avoir souffert pour mes péchés abominables des peines excessives de la part du Fils de Dieu, qui lui faisait souffrir les impressions de sa passion et de sa mort, unique source de toute satisfaction digne de Dieu, elle employait encore pour moi toutes les inventions que l’amour a coutume de fournir aux âmes pénitentes, comme cilices, haires, disciplines, ceintures de fer ; et avec tant de générosité, qu’elle ensanglantait les murs de sa cellule, et que les ardillons de ses disciplines se retroussaient contre ses os, qui en demeuraient découverts et dépouillés de chair. Tels étaient les excès de sa pénitence, à quoi elle joignait encore ce qu’il y a de plus précieux, les soupirs de son cœur, et des contritions si violentes, qu’elles eussent brisé des rochers ; et enfin ses larmes abondantes qu'elle répandait tous les jours une heure entière (1). » Je remercie l’ineffable bonté de Dieu, qui, non con- » tente des caresses qu’elle fait à mon âme, décharge en- » core sa colère sur un autre que moi, et choisit dans le » corps de son Fils, qui est l'Église, une des parties les

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LA MÈRE AGNÈS PRIE POUR M. OLIER. 55 » plus belles et les plus délicates, afin de satisfaire pour les » crimes de la plus sale et de la plus honteuse : car tout » mon sang versé goutte à goutte, ettout mon corps tran- » ché en pièces, tous les jours de ma vie, n’eussent été suf- » fisants. Si bien que la bonté de Dieu chercha ailleurs à » contenter sa justice ; ne trouvant point en moi ni la pu- » reté de l’amour pour lui plaire, ni les forces pour suffire » à une juste pénitence, et aux emplois laborieux des mis- » sions auxquelles elle me destinait. Donc, qu’à jamais la » divine bonté soit louée, bénie, adorée. Que tous les Anges » et les Saints publient à haute voix sa sainte, adorable et » infinie miséricorde pour moi. Que je cesse de vivre et » d’être, pour publier, par ma destruction et mon silence, » qu’il est au-dessus de toute louange, puisque tout ce qui » existe, converti en bouches et en langues, ne serait pas » capable de raconter la moindre de ses gloires, dont la » plus grande est celle de sa miséricorde. Qu’en attendant, » Seigneur, mon cœur, ma vie, mon être soient convertis » en mon Jésus, pour être à votre gloire une hostie de » louange qui magnifie votre bonté et chante votre misé- 4 nfémoires » ricorde (1). » ps 7 M. Olier n’eut connaissance des prières et des austérités XIII. de la mère Agnès qu’au bout de trois ans, lorsqu'il vit at ue pour la première fois cette grande servante de Dieu. Déjà sieurs pèlericependant il en éprouva les effets dans la grâce signalée PF attre" "ea que Dev lui fit, en le fixant enfin sur sa vocation, comme vocation. nous le raconterons bientôt. Il n’avait point encore de directeur, et ne savait pas même qu’il fût nécessaire d’en avoir un pour avancer dans la vie parfaite (2). Toujours in- (2 id. t. certain sur sa vocation, il doutait si Dieu ne voulait pas PU qu'il entrât dans quelqu'un des ordres religieux les plus réformés, ou s’il était appelé à travailler dans le clergé au salut des âmes. Les faveurs dont il était déjà redevable à l’intercession de la très-sainte Vierge lui firent espérer qu’en l’invoquant avec confiance, il éprouverait encore les

(4) Remarques historiques, t.1, p.292.—VieMs.

de M. Olier,par M.deBretonvildiers. 1.1, p. 58.

(2) Mémoire Ms. de M. Leschassier. — Atdestat, aut., ctc.

M. Olier prèche à St-Paul, sa paroisse.

effets de son pouvoir auprès de Dieu; et, pour se disposer à cette grâce qu’il demandait avec tant d’instances, il entreprit divers pèlerinages en son honneur. Il aima toujours beaucoup cette pratique autorisée dans tous les temps par l'Église, et toujours louable quand on sait en éloigner les abus d’une fausse piété. Outre les pèlerinages qu'il fit à Notre-Dame des Vertus, à Notre-Dame des Anges, et ailleurs aux environs de Paris, il eut la dévotion, avant sa promotion à la prètrise, d’aller deux fois à pied à Notre-Dame de Liesse (1) *. Il s’y rendit pendant les chaleurs de l'été, accompagné de ses domestiques, chantant avec eux les litanies de la sainte Vierge, ou composant, dans le chemin, des cantiques à sa louange (2). C'était aussi par ces pieuses pratiques qu’il se préparait à célébrer ses fêtes ; et ces jours si précieux à sa piété étaient pour lui des jours de grâces et de bénédiction.

Au mois d’août 1632, il fit un de ces pèlerinages à Liesse, tant pour se préparer à la fête de l’Assomption, que pour recommander à sa protectrice le succès d’un sermon qu’il devait prêcher ce jour-là dans l’église de Saint-Paul à Paris. Il rapporte lui-même que, vers ce temps, lorsqu'il montait en chaire pour annoncer la parole de Dieu, il éprouvait quelquefois une agitation involontaire qui l’humiliait beaucoup, et qu’il regardait comme l’effet d’un désir secret de l’estime des hommes. « Souvent je m'étais » offert à Dieu, dit-il, pour demeurer court et souffrir la » confusion qu’il lui plairait; mais je n’en étais pas capa- » ble, et Dieu ménageait mon amour-propre pour ne pas » me décourager. Je me souviens que le jour de l’Assomp- » tion de la très-sainte Vierge, en 1632, et qui précéda nos » travaux des missions, devant prècher à notre paroisse » de Saint-Paul à Paris, après mètre préparé avec grand » soin, même en faisant un voyage à pied à Notre-Dame » de Liesse, je reçus un secours de ma bonne protectrice » au milieu de ma vanité. Comme je voulus nronter en

» parle » plutô

» veut barras et l’aud dans li où il es M. O l’état r suivant que no qu'il p:

peut pa quefois des éni ples da et pént récit, il en Fra clergé, DrEu, ( des ve tira de minist DIEU, que les

M. OLIER EST INCERTAIN SUR SA VOCATION. 57 » chaire, je fus tellement troublé que je n’avais que con- » fusion dans mon esprit, et néanmoins je ne laissai pas » de commencer et d'aller jusqu’au milieu du discours » sans broncher; sur le milieu, je demeure tout court en » moi-même, sans que le monde qui faisait foule ce jour- » là s’en aperçüt. Alors, tout déconcerté, quoique je me » confiasse en ma bonne maitresse, je m’abandonnai à » parler et à dire tout ce qui me pouvait venir à la bouche » plutôt que de m’arrèter ; et il arriva que je dis, sans y » penser, et sans m'en souvenir, tout ce que j'avais Dré- 4) mémoires » paré. C’est un secours de cette bonne souveraine, qui ne FU Ke Aus! » veut pas me décourager dans cet emploi (1). » L’em- ‘nors 5,p.74. barras de M. Olier ne fut en effet sensible qu'à lui seul, ,%, ee et l’auditoire parut très-satisfait. On en voit le témoignage tres des sépuldans l’un des registres publics de la paroisse Saint-Paul *, roles Si.-Pout où il est dit qu’il fit très-bien et très-doctement (2). FE rt ;

M. Olier cependant, toujours incertain, balançait entre XV.

l’état religieux et le clergé, lorsque, au mois de novembre Ge AA suivant, DIEU le fixa tout-à-coup, à l’occasion d’un songe, la charge cuque nous croyons devoir rapporter à cause de la liaison AT ea qu'il parut avoir avec toute la suite de sa vie. DIEu qui sanctitication peut parler de mille manières aux hommes, leur a quel- ‘" ‘let. quefois manifesté ses desseins sous le langage mystérieux des énigmes et des songes, comm * on en voit tant d’exemples dans les Livres saints (3). Pour apprécier les motifs, (3) Genes.cap. et pénétrer tout le sens de celui dont nous allons faire le Mi enpe ar récit, il faut se rappeler que les instituteurs des séminaires, Mer is en France, suscités aussi pour être les réformateurs du clergé, ne sortirent ni de l’état religieux ni de l’épiscopat. Du, qui voulait offrir dans leurs personnes un modèle des vertus propres des ceclésiastiques du second ordre, les tira de cet ordre même et les appliqua aux fonctions du ministère pastoral ; et, parce que tel était le dessein de Dieu, ces pieux instituteurs ne donnèrent d’autres règles,

que les canons de l’Eglise, aux compagnies qu’ils établirent

58 PANTIÉ 1, LIVRE 11, — 1632.

pour continuer après eux la même œuvre, et exigèrent “NOTE 6,p.74. qu'elles ne fussent point séparées du corps du clergé”. Destiné à coopérer à ce grand dessein, M. Olier n’était pas appelé non plus à la vie religieuse, quoique, depuis l’âge de quinze ans, il éprouvât de vifs désirs d'entrer dans l'ordres des Chartreux, ni à l’épiscopat, malgré les sollicitations pressantes qu'on lui fit dans la suite, et jusqu’à sept une ou huit fois différentes (13. Devant servir de modèle aux ecpar M. Buu- Clésiastiques du second ordre, il était appelé à vivre dans dre, pe 76 Le clergé, et à y exercer la charge curiale ; et ce fut pour le détourner de l'état religieux qu’il voulait alors embrasser, et pour lui montrer déjà la place qu’il devait occuper un jour dans la hiérarchie de l'Église, que Dieu lui envoya le

vs, Songe dont il fait, en ces termes, le récit.

Dieumontre «Dans le temps où la mère Agnès priait pour moi, ee der » sans que je le susse, j'étais fort en peine de ma vocaun songe mys- » tion, Alors, n'ayant point de directeur et n’en connaistérieux. sant pas, n’en sachant pas même la nécessité, j'avais

toujours en la pensée de me faire Chartreux, depuis l'âge de quinze ans, Îl arriva qu'après que j'avais entièreinent rompu avec le péché, autant que je le connaissais, un bon éuré, qui avait pris soin de moi pendant quelque temps, fut malade à l'extrémité, et j’allai le voir avant sa mort, Comme je savais que, dans l’ordre de la charité du prochain, il n’avait rien de plus cher au monde que mon salut, je le priai que la première chose qu'il demandât à Digv, en entrant dans le ciel, ce fût la grâce de me faire connaître clairement l’état où il veut que je le serve, Deux ou trois jours après (il y à bien neuf où dix ans), Notre-Seigneur me fit la grâce de me le manifester par un songe. Il plut à sa bonté me montrer, deux nuits de suite, le ciel ouvert, où je voyais saint Grégoire dans tin grand trône, et saint Ambroise dans un autre au-dessous de lui; plus bas, un: nlace de » curé vacant ; ét beaucoup plus bas, quantité de Char-

» treu » peul » que » mes » mér » rend » lieu » à-dil » goir( » cette » l’Eg] » auta » goir » sieu » peut » plac »etpl » être » rerai » ecclé » raiel M.( dans 1 réunir point qu’il e que le sition | qui at remar son op du voil devint Cornei

M. OLIER CONNAIT SA VOCATION. 59 » treux, pour faire la hiérarchie entière. Cela voulait » peut-être dire que la volonté de notre divin maître était » que je le servisse dans le clergé, où ces deux grands hom- » mes avaient brillé avec éclat par leurs rares vertus et leur » mérite, et surtout par les grands services qu'ils avaient » rendus à l’ordre sacerdotal : qu’il fallait m’asseoir en un » lieu au-dessous de saint Ambroise qui était vacant ; c’est » à-dire, remplir cette place de curé, et servir l'Eglise, » en cette qualité, comme saint Ambroise et saint Gré- » goire l’avaient servie en leurs dignités éminentes; que » cette occupation était bien plus utile et nécessaire à » l'Eglise que celle d’être simple Chartreux, et qu’un curé » autant zélé dans sa condition que l’avaient été saint Gré- » goire et saint Ambroise dans la leur, prévaudrait à plu- » sieurs Chartreux tous ensemble. Notre-Seigneur voulait » peut-être encore m’apprendre qu’il fallait, dans cette » place de curé, avoir à ma droite un ordre plus important » et plus nécessaire que celui des Chartreux, qui devait » être au-dessus de ces religieux pour l’utilité qu’en reti- » rerait l’Eglise, un ordre de prêtres, de curés et d’autres » ecclésiastiques, qui serviraient au clergé et le rempli- » raient de sainteté (1). » 4) Mémoires aut.de M.Olier.

M. Olier écrivait ce récit peu de temps après son entrée t. 1, p. 90, 1. — dans la cure de Saint-Sulpice, et lorsqu'il commençait à :. ki Éiqs réunir les premiers membres de sa compagnie. N’en voyant M Re point encore l’entier accomplissement, il était naturel tonvilliers, 1.1, qu'il en parlât d’une manière dubitative. IL avoue même Di que le sens lui en était tout-à-fait inconnu avant la proposition qu’on lui fit de la cure de Saint-Sulpice, et c’est ce qui arrive quelquefois dans les songes divins, d’après la remarque de Benoît XIV. Ce savant Pape cite à l’appui de son opinion l’exemple de saint Pierre, à qui la signification du voile rempli d'animaux immondes, figure des gentils, ne devint manifeste que lorsqu'il se trouva dans la maison de Corneille. Il fait encore observer, d’après le cardinal Bona,

60 PARTIE 1, LIVRE 11. — 1032, que si Dieu ne donne pas toujours l'intelligence du songe dont il est l’auteur, toujours il en imprime dans l’âme un souvenir ineffaçable, accompagné de la ferme conviction que NoTE7,p.75. ce songe vient de lui : deux circonstances qui se rencontrent dans celui dont nous parlons. « Quoique je n’en com- » prisse point alors le sens, ajoute M. Olier, et que je n’y » fisse nulle attention sur l’heure, ni pendant plus de six » années qui suivirent, ce songe m'est toujours demeuré » présent à la mémoire, et aussi distinct que si la chose se » passait maintenant; et pourtant les effets en furent assez » sensibles : car cela me laissa au fond du cœur un éloi- » gnement entier du désir d’être religieux ; d’où il arriva » que, sans y penser, allant ce jour-là même à Vèpres, à » mon ordinaire, dans la maison des Chartreux, je sentis » un tel dégoût de cette vocation, que je ne pus y penser » davantage, quoique dans mon cœur j'aie un très-grand » respect pour ces religieux, et que je me sente heureux » de les visiter, ou d’assister à leurs offices, pour m’unir » à leurs prières et tâcher de participer à leur esprit. »

XVIL Les dispositions de M. Olier pour l’état religieux étant

M. Olicr $e Gone changées, il ne songea plus qu’à se disposer à recevoir met sous la

direction de les saints ordres. Les prêtres de la Mission, quoique nouvelcout lement établis, étaient regardés avec raison comme les homçoit les Ordres mes les plus propres à communiquer l'esprit ecclésiastique; sacrés, cette considération seule aurait attiré M. Olier auprès d’eux, s’iln’yeütété déterminé d’ailleurs par une ordonnance de l'archevêque de Paris, rendue l’année précédente. Comme

il n’y avait point encore dans la capitale de séminaire pour

disposer prochainement les aspirants aux saints Ordres,

M. Bourdoise avait obtenu de ce prélat, par l'entremise de

l'évèque de Beauvais, qu’on obligeât tous ceux du diocèse

a) Fi dx de Paris à faire en commun, avant l’ordination, dix jours de 2 op je retraite (1). Il se proposait de procurer lui-même l’exécu-

Uliv.s,eh.xxv. tion de ce réglement; mais, considérant que sa maison

—Liv.u,chu, , ., ; : . : : :

sect. était trop incommode, il pria saint Vincent dé Paul de

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