LE PÈRE BERNARD. M. BOURDOISE
circonstances , un an après la mort du pauvre prêtre, le
jour de l'octave de la Fête-Dieu, M. Olier assistant une
multitude de ces malheureux , au parvis Notre-Dame, et
leur donnant à tous des marques de sa tendresse et de son
respect pour les membres souffrants du Sauveur : on les
voyait lever les mains et les yeux au ciel, et on les enten-
dait dire avec attendrissement : l’oilàa le père Bernard ; ts
il est ressuscité (À). Nous verrons même , dans la suite , t. HP. 154
l'un de ces pauvres, le frère Jean Blondeau, domestique
du père Bernard, s'attacher, après la mort de ce dernier,
à M. Olier , en qui il croyait avoir retrouvé son saint et
charitable maître. XL.
Durant le séjour que M. Olier fit cette année à Paris, Ps er
après son retour de Bretagne , il se lia d’une étroite amitié oo Pa CR
avec un autre grand serviteur de Dieu, Adrien Bourdoise, (2) Vie de M.
instituteur de là communauté de Saint-Nicolas-du-Char- NO E oi
donnet, à Paris (2).Cet homme, qu'on a comparé à Elie pour PrREA Jr in-
l'ardeur de son zèle, et à Jean-Baptiste pour sa sainte
liberté à reprendre les petits et les grands *, se consumait * NOTE 12:
de douleur en voyant les scandales de son temps, et sur-
tout le dépérissement de la discipline ecclésiastique. La
Providence semblait l'avoir suscité, dans ces temps mal-
heureux, afin que par l’âpreté, la rudesse et les clameurs
souvent importunes de son zèle, il réveillàt, comme malgré
elles, tant de sentinelles endormies de la maison du Sei-
gneur ; et c'est avec beaucoup de raison que M. Maillard,
l'un des disciples de M. Olier, mort supérieur du sémi-
naire de Saint-Trenée à Lyon, et qui avait connu particu-
lièrement M. Bourdoise, en a tracé ce portrait, qui le peiat
au naturel. « On pouvait lui appliquer, dit-il, les paroles
» que les Scribes et les Pharisiens adressèrent à Notre-
» Seigneur , dans un esprit de malice : Nous savons que
» vous êtes véridique , et que vous enseignez en vérité la
» voie de Dieu, sans avoir égard à qui que ce soit ; ef non
» est tibi cura de aliquo. I était sans respect humain,
î La
» disant à chacun la vérité sans crainte , sans déguisement,
» quoique d'une manière assez singulière. Il est vrai
» que cette manière paraissait choquer la prudence hu-
» maine, mais elle était pleine de la prudence des saints ;
A At A » el tout en excitant quelquefois à rire , elle ne laissait pas in-40, p.752. » d'avoir de très-bons effets (4). »
Le: trait dont nous allons parler en est lui-même une
preuve. M. Olier, accompagné de M. de Foix et de M. du
Ferrier , alla un jour à Saint-Nicolas pour visiter M, Bour-
doise , et célébrer ensuite la sainte Messe dans cette église,
* NOTE 15 Je modèle des paroisses de Paris *. M. Bourdoise, qui con-
naissait le zèle et la piété de ces ecclésiastiques, désirait
se lier particulièrement avec eux. Ravi d’une conjoncture
(l ‘1 si favorable, il chercha quelque prétexte pour les entrete- | : nir de la vie des clercs ; et son esprit, si fécond en expé- IP dients, lui en fournit un tout à propos : car, après leur vi- ‘ site qu'il reçut fort honnêtement, lorsqu'ils en vinrent à
| lui demander la permission de célébrer la sainte Messe
dans l'église de la paroisse, « alors, dit son historien , pour
, » avoir lieu de leur parler, il leur refusa net la faveur de
PA AA re » célébrer, » alléguant qu'il y avait dans leur extérieur
me TR quelque chose qui n'était pas entièrement conforme à la
\ 512. modestie ecclésiastique (2). On aurait peine à comprendre comment l'extérieur si pauvre et si exemplaire de M. Olier
| Kj put donner quelque lieu à une correction de ce genre, si (3) Vie impri- l’on ne savait que le zèle de M. Bourdoise alla jusqu'à re-
mée du même , procher un jour à saint Vincent de Paul de n'être qu'un
AP pH homme timide et pusillanime, et même, en se servant d’une
pit Fe : de ces expressions qui iui furent toujours familières, de
| 295.in-12. imp. l'appeler une poule mouillée (3). On peut bien croire que he Eee M. Olier, pénétré de si bas sentiments de lui-même, témoigna une humilité semblable à celle que saint Vincent de Paul fit paraître en cette occasion ; qu'il se confondit et s’accusa de n'être qu'un misérable pécheur , indigne de monter à l’autel; et ce qui montre que tels furent ses
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