‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 213 sur 489 · FRANCOISE FOUQUET · texte numérisé non relu

FRANCOISE FOUQUET

NOTE 16, — Durant lx mission d'Hliers, au diocèse de Chartres, M. Olier eut lieu d'admirer, dans a personne d'une pauvre fille de

ce pays, les soins paternels de x Providence sur les âmes simples

2) Hémotr, de 41 ct innocentes, Ce fut Framvoise Fouquet, aveugle depuis quarante di AA MU. t 41 \ as,et sur laquelle M.du Perrier nous a laissé une notice fort édifiante, NAS à Te 1

« La mémoire de cette fille admirable, dit-il (2), nr'est restée si p: 47 4: | » présente que je puis en parler ici pour honorer les amis de DIEU, PE et montrer l'une de cés âmes, vrais trésors de l'Eglise, que Dieu se plait à tenir cachés dans le secret de sa face, parce que Li seul il les connait, Un dimanche, à l'office des vèpres, je me trou- A: | ai obligé d'aller assister une pauvre fille extrèmement malade, ‘ÿ | celui de nos messieurs qui avait ce soin n'étant pas là On me ME | conduisit dans une petite maison d'un artisan qui avait son entrée L' | ( | dans le cimetière, et j'y vis une fille malade, couchée sur une à “0 LA] paillasse et le visage à demi couvert parce qu'elle était aveugle , à Lt { elle s'appelait Françoise Fouquet, et était âgée de 52 ans. Après él \ 48 1 avoir prié à genoux, comme il est convenable de faire en abor- EAN

dant les malades, je lui emandai comment elle se portait : elle me

répondit qu'elle avait le désir de se confesser; et comme je de-

mandais encore ee que le chirurgien et l'apothicaire jugeaient de

sa maladie : Ah! monsieur, me dit-elle, à Dieu ne plaise que

j'appelle les médecins du corps plus tôt que celui de l'âme. Ensuite le

elle se confessa, mais d'une manière si spirituelle, avec un discernement si grand de ses fautes, des infidélités aux grâces de

Du, des manquements qu'elle avait commis en ne rendant pas

‘chaque mystère ses devoirs, suivant les fêtes de l'année, qu'elle

ne remplit d'admiration et d'étonnement ; son regret et ses lar—

nes, pour avoir si mal répondu aux bienfaits de Dieu, étaient ca- [FFE

pables de toucher les cœurs aussi endureis que le mien En voyant

une fille pauvre et aveugle, si remplie des richesses de la

sagesse el de la science célestes, je demeurai convaincu que Dieu cache aux savants des choses qu'il révèle et découvre aux

petits. Enfin, je trouvai qu'elle savait toutes ces hautes vérités dont

le père de Condren nous instruisait dtns ses conférences, et tout

cela joint à de très-rares vertus.

9h40 NOTES

» Cette fille était devenue aveugle à l'âge de douze ans, où elfe

» perdit sa mère ; son père, qui était vigneron d’liers, prit alors un » lice » seconde femme, qui avait peu d'inclination pour Françoise, et là » Mais

» chassait du logis, dès qu’au point du jour son mari était allé au » SC d : » travail. Cette pauvre aveugle, avec une patience singulière, allait » InOI

» se mettre sous un buisson, qui n’était pas fort éloigné, et où elle » etn » demeurait pleurant et songeant à Dieu, jusqu'à ee qu'elle sentit » de x ; à » que la nuit approchait. Pour lors, elle se rendait près de la porte » pleu » de son père, qui, arrivant, la faisait entrer,et lui donnait à manger, » CCS.

» Comme elle me faisait ce récit, je voulus savoir ce que son père » elle » disait de la dureté de cette belle-mère. Hélas, Monsieur, s'écri: » vre |

» Françoise, il ne le sut jamais : je n'avais garde de le lui dire,je savais » ave » qu'il s’en serait trop fâché. Après qu'elle eut passé douze autres an- » qui » nées dans ce jeûne et dans une si forte épreuve, son père mourut, c! » nous ne » cette belle mère la congédia tout-à-fait. Elle crat alors devoir de- » Mais » mander à Dieu la vue,et,pour obtenir cette grâce, elle alla, accon- » s'en

» pagnée de sa cousine à Notre-Dame de Liesse, à Notre-Dame de » nuit » Chartres,à Notre-Dame des Ardilliers,et à Sainte-Anne, en Breta- » glise

» gne. Après quoi elle n’y pensa plus du tout, persuadée que DuEu là » Soin » voulait aveugle , et quelle en devait ètre bien aise. Ces pélerinages » poin » finis, elle revint à Illiers, où elle vivait de quatorze deniers quelle » poin

| à » gagnait parjour en filant, ne vivant que de pain et d'eau; et, comme » L

VE » elle était tout près de l'Eglise, elle y passait une bonne partie des » ratio » journées. Il y avait cinq ou six ans qu'elle avait fait venir pris » de I

ci » d'elle une petite orpheline, sa parente, pour l’élever en la crainte » park

» de Dieu, ct ses quatorze deniers suflisaient pour l'une et pou » beau » l’autre. » M. 4

» Je m'info"mai de sa voie intérieure, et je trouvai qu'il n'y avait 2,9 "D

» hi vision ni révélation. Elle était toute occupée de la présence et di » FCSA » l'amour de Dreu, et du regret qu'il fût si mal servi par elle, après » port

» tant de bienfaits. Pour ce qui est des grâces extraordinaires dont » L'ex

» vous me parlez, hélas ! disait-elle, j'ai commis une grande faute » none » une fois. Un homme de ina connaissance eut les côtes brisées d'une » dais

» elle

» roue de charrette , contre une muraille. Quand je l’eus appris, j:

Br » Rr'en allai pour le consoler chez lui, où je priai un peu près «h F-FEp0

j » Son lit. Il me vint la pensée de toucher son mal, et lui ayant de- » ce q

» mandé s'il voulait me le permettre , il témoigna le désirer; hélas, » mou

» Monsieur, j'entrepris cela! — Hé bien, dis-je, qu'arriva-t-il? — » pas » Monsieur , il se trouva aussitôt guéri; mais vous allez voir la mu- » d'occ

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trois

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Juze ans, où elle rs, prit alors un Françoise, et là nari était allé au singulière, allait loigné , et où elle ce qu'elle sentit L près de la porte lonnait à manger, ce que son püre Monsieur, s'écri:

le lui dire,je savais : douze autres an- )n père mourut, cl talors devoir dee, elle alla, accon:à Notre-Dame de e-Anne, en Bretauadée que Dieu là se. Ces pélerinages orze deniers quelle st d'eau; et, comme ie bonne partie des ait fait venir pri:

élever en la crainte pour l’une et pour

Juvai qu'il n'y avait de la présence et di ervi par elle, après bxtraordinaires dont

s une grande faute

côtes brisées d'une l je l'eus appris, j:

viai un peu près ( al, et lui ayant dex le désirer; hélas, e, qu'arriva-t-il? —

us allez voir la na-

DU SIXIÈME LIVRE. 241 » lice de ma superbe et de mon immortilication, Comme je reve-

» mais chez mon hôtesse, il y eut quelqu'un qui, sans doute pour

» se divertir, me vint mettre de la fiente dans la bouche ; d'abord

» mon estomac se souleva par celte puanteur, ct j'en fus toute émue; » et misérable je ne considérai pus JÉSuS-Curisr, abreuvé de fiel et » de vinaigre. J'entrai dans un jardin, où je me jetai par terre , et » pleurai mon impénitence et mon peu de conformité aux souffran- » ces de mon Sauveur.— Je voulus savoir,continue M. du Ferrier, si

» elle avait de quoi se nourrir: hi v avait deux jours qu'une grosse fiè-

vre la consumait,et elle n'avait pris qu'un peu d'eau, qu'elle buvait

» avec un chalumeau de paille, en le plongeant dans un petit eruchet

».qui élait dans son lit. Je dis à son hôtesse de faire venir une fille chez

» nous, pour prendre du bouillon qu’on y faisait pour les malades. » Mais ectte fille ayant vu tant de monde au logis n'osa y entrer, ct » s’en retourna; de sorte que la malade passa encore cette troisième » nuit avec de l'eau.Lorsque j'appris cela le matin, avant d'aller à l’'E-

» glise, je m'en fâchai contre son hôtesse, et cette pauvre fille pritun » soin ingénieux d'excuser cette faute, protestant qu'elle n’en avait

» point reçu d'incommodité, et qu'elle ne voulait pas qu'on se mit en

» peine pour elle,

» Le récit que j'en fis à nos messieurs leur donna de l'admi-

» ration; ils voulurent la voir, ce qui se fit sans l’'exposer au péril » de la vanité, car elle ne les vit ni ne les ouït point. On nous » parla de cette fille comme d'une sorcière, parce qu'elle guérissait » beaucoup de malades en les touchant ou en priant pour eux. » M. de Bassancourt avait alors les yeux fort malades, il fut guéri » un où deux jours après cette visite; ce que, cependant, nous ne » rogardàmes pas comme un miracle. Je me contenterai de rap-

» porter une disposition admirable où elle était à l'égard du monde.

» L'exhortant dans l'agonie, je voulus lui faire faire un acte de re-

»noncement au monde et à ce qu'il estime ; et, comme je lui deman-

» dais sielle ne voulait pas de bon cœur en sortir et le quitter, » celle me répondit: Monsieur, je ne pense point à lui. —- Cette réponse me surprit , ne sachant pas d'abord si elle avait compris

» ce que je lui disais. Je continuai ; Françoise, êtes vous aise de

» mourir pour aller à Dieu? Oui, dit-elle. — N'estimez-vous

> pas misérables ceux qui aiment la vie de ce monde, rempli de tant

» d'occasions de se perdre? Monsieur, repliqua-t-elle , je ne pense » pas à lui. Enfin, pour achever de mn'éclaircir, je revins une

troisième fois : Françoise, renoncons au monde et à tout ce qui 1, 16

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