MISSIONS D'AMIENS , MONTDIDIER ET MANTES
NOTE 91. — Dès que le père de Condren eut connaissance des
bruits que l’on répandait contre la mission d'Amiens, écrivit aux
missionnaires. « Je loue Dieu de ce qu'il donne sa grâce à plusieurs,
» et me soumets à sa conduite. Il est certain néanmoins que l'oppo- » sition nuit beaucoup à une œuvre qui n’est pas encore confirmée » par l'expérience.Mais puisque la divine Providence l'a permis ainsi, » vous devez vous conduire doucement,et faire le bien sans rechercher » l'éclat, évitant les contentions, et ne faisant qu'achever ce qui est » commencé. Il me semble que la meilleure conduite, en telles ren- » contres, est celle de JÉsus-Carisr,qui continue de faire l'œuvre de » Du et parle fort peu de la contradiction des hommes. Surtout il » ne faut rien dire qui attaque les communautés, pour relever l'Eglise » et le sacerdoce, ni faire des comparaisons qui sont odieuses à plu- » sieurs personnes. Vous avez fait prudemment de vous abstenir des » conférences dans les maisons particulières, puisque les puissances » les tiennent pour suspectes. Il faut qu’on remarque en votre con- » duite, que vous êtes sans dessein dans Amiens, que la dévotion du peuple et celle de l’'évèque sont les seuls motifs qui vous ÿ arrè-
» tent, et que vous ne désirez autre chose que de pacifier les con- » sciences qui sont émues. Faites voir à tout le monde , que ceux qui » parlent ne vous connaissent pas, et que vous êtes tous prêts à les » servir. Quand vous serez en état de sortir d'Amiens , en sorte que » l'œuvre de Dieu ne soit point décriée, il en faudra prendre l'oc- » casion. Celan’empèchera pas qu'on ne puisse y retourner une autre » fois, pour y être mieux reçus encore, quand on aura vu qu'on ne » cherche que le bien (1). »
Le succès de cette mission, qui ne fut terminée qu'au bout de cinq mois,inspira à M.de Caumartin le désir d’en procurer une à Montdidier,
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DU SIXIÈME LIVRE. 2h7
petite ville de son diocèse. M. Olier s’y rendit de Paris avec M. du Ferricr et M. de Foix, le mème jour que M. Meyster, M. Amelote et les autres y arrivèrent de leur côté, et tous prirent leur logement à l'Hôtel-Dieu. Les religieuses hospitalières de cette maison, connues alors dans toute la France sous le nom d’{luminces de Picardie, n’eurent pas la part la moins abondante des fruits de cette mission. Outre les illusions où les avait jetées leur ancien directeur , Labadie, illuminé fameux de ce siècle, l'esprit de discorde les divisait encore entre elles (1); et le père de Condren, touché de compassion sur le double malheur de ces vierges folles , écrivit aux missionnaires de ne pas leur refuser leurs charitables soins. « Puisque vous êtes » logés à l'Hôtel-Dieu, leur disait-il, et que les religicuses vous » assistent, illes faut servir en Notre-Seigneur, sans prendre » parti et sans entrer dans leurs intrigues. Vous devez vous com- » porter comme fit saint Paul envers les Corinthiens, en établissant » JÉSUS-CHRIST et détruisant le schisme et la division, en autori- » sant la charité et la simplicité chrétienne. On aura sujet de s’é- » difier, si l'on voit que les missionnaires ne veulent savoir que » Jésus crucifié, et ne font profession que de la science de la cha- » rité (2), » Une conduite si chrétienne produisit les fruits que le père de Condren s'en promettait. Toutes ces religieuses firent leur confession générale ; et l'évèque d'Amiens fut si satisfait du changement opéré parmi elles , qu'il désira donner à M. du Ferrier la place, alors vacante, de supérieur de l'hôpital. Mais le père de Condren ne goûta pas ce dessein (5). « Si l'on veut presser M. du » Ferrier davantage, écrivait-il, je crois qu'il fera bien de ré- » pondre qu'il n’est pas assez spirituel pour juger des âmes reli-
» gieuses ; qu'il s’est donné à Notre-Seigneur pour servir le peuple
de Daeu dans les voies communes ct ordinaires de l'Evangile,
et qu'il ne se sent point capable d'autre chose. Il ne faut pas
laisser de dire aux religieuses qui vous parleront , qu'elles doi- » vent vaincre le mal par le bien, et surmonter la division par la » Charité (4). »
Les missionnaires n'avaient pas encore terminé la mission de Montdidier, qu’on les attendait à Abbeville : mais, craignant qu'il ne fussent accablés par le travail, le père de Condren leur écrivit (3) de venir à Paris cour prendre du repos.
NOTE 22. — Les succès si éclatants de la mission de Mantes inspirèrent , à l’évêque diocésain, le désir d'aller prendre part aux
(1) Mémoir.. de M. du Ferrier , p. 86. S7. 89. 98.
(2) Lettres aut.
du père de Condren.
(3) Mém. de M.
du Ferrier , Ms.
Biil, Sainte-Geneviève. p. 101.
— Ms. Biol. Rp.
(4) Lettres aut.
du père de Condren.
(5) Lettre aut.
du père de Condren, du 6 juin
248 NOTES travaux des missionnaires. « Monseigneur de Chartres, leur écri- » vait le père de Condren, témoigne une très-grande volonté d'as-
» sister à la clôture de votre mission, et d'y rendre le service
(1) Lettre au » qu'il pourra à Notre-Seigneur, I y doit arriver la surveille de
dogr. du père de
Condren.
(2) lhid,
Bourdoise ; Ms.
ane, pe 20,
{4\Leltres aut, de M. Olier, p.