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DU SINIÈME LIVRE. 245
» Il commença les litanies de la sainte Vierge : le cavalier qui était du royaume de Bohème , et moi, répondions ora pro nobis ; pendant que nous priions ainsi, le malade se tourna vers la ruelle, sans doute pour changer de situation. Les litanics finies, M. Meyster se lève, le prend par les deux épaules et le retournant, lui dit : Monsieur, je viens vous dire, de la part de Dieu, qu'ilne faut plus différer de vous convertir : en même temps cet homme achevant de se tourner vers nous, et Ôtant son bonnet dit : Oui, Monsieur, je veux me convertir, puisque c'est la volonté de Dieu. Mais, reprend M. Meyster, j'entends que vous vous fassiez catholique. C'est ainsi que je l'entends, continue le malade, catholique-romain, non-seulement moi, mais encore ma femme ellous les miens; quittant la religion que nous avons jusqu'à présent suivie, et que je connais el crois étre mauvaise. M. Meyster lui fait faire, sur l'heure, abjuration de son hérésie et profession de la foi catholique ; après quoi il le confessa ct lui donna l’absolution, comme l'en conjura le malade, qui était fort bas. Nous nous retirâmes ensuite,
» M. l'évèque d'Amiens vint le lendemain lui donner la Confirmation. Durant les trois jours que vécut encore le colonel, il prècha continuellement et convertit ses cavaliers, Or,le troisième jour après sa conversion, et qui fut celui de sa mort, il fut assisté par M. Meyster, dans ce dernier passage, de la manière du monde la plus extraordinaire, Celui-ci avait passé l’après-diner dans l'église des Ursulines, occupé à confesser des pénitents; il était onze heures du soir, lorsque le confesseur des religieuses vint l'empêcher d'entendre un homme qui lui restait encore , afin qu'il eût le temps d'aller à sa chambre pour y prendre un peu de nourriture avant que minuit sonnât, et que, par ce moyen, il pût dire la Messe le jour suivant. Le pénitent joignant Iui-mème ses prières à celles de cet ceclésiastique, M. Meyster se retira, Mais comme il eut lavé ses mains avant de se mettre à table,et qu'il disait le Benedicite, tout-àcoup, interrompant sa prière, il prend son manteau, disant : fl n'est pas temps de manger, le colonel se meurt; et, sans vouloir aitendre qu'on allumât la lanterne , il se rend en grande hâte vers le Mouton noir. Le confesseur des Ursulines le suivit en diligence , et ne put l'atteindre que chez le malade, M. Meyster arrivant trouve tout le monde en silence,et demande comment se trouve le colonel. On lui répond qu'il est toujours de même; vous vous trompez, dit-il, il va rendre l'âme: et, s’approchant du lit, il
(1) Mémoires de M. du Ferrier, p. 80, St.
(2) res mie tographes du péte de Condren.
» tire le rideau. Averti par le bruit, le Suédois ouvre les yeux, et le
» regardant, il lui dit: 4h, Monsieur, secourez-moi. M. Meyster l'in » vite à s'unir intérieurement aux actes de foi, d'espérance et de cha- »rité qu'il fait aussitôt lui-même à haute voix , et lui donne encore » l'absolution. Monsieur , que je vous ai une grande obligation, lui » dit le mourant, Dieu soit votre récompense, et, en achevant ces » paroles, il rend l'esprit, Tout cela se fit si promptement , que » M. Meyster , après avoir récité les prières de l'Eglise auprès du » Corps du défunt, eut encore assez de temps pour aller souper avant » que minuit sonnât (4). »