‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 229 sur 489 · Lie de M, Olier, par · texte numérisé non relu

Lie de M, Olier, par

M. de Bretonvilliers, 6. Av. p. ?

Dieu montre à M. Olier que sans son Se -—

cours, ilne »

pourrailuser de ses facultés spirituelles. "

savais plus comment marcher ; et comme je sentais qu'une certaine vertu n'était retirée, si je venais à mettre un pied devant l'autre, je ne savais par quelle puissance c'était, ni même comment me soutenir. J'étais toujours prêt à tomber, et semblable à ces hommes pris de vin, qui ont des forces et qui ne savent comment s’en servir, Je m'étonnais que les autres subsistassent avec tant d'assurance et de fermeté, et qu'ils eussent à leur disposition lt liberté et Ia conduite de leurs corps (1. Quelquefois je ressentais cette même impuissance dans l'usage des choses les plus nécessaires à la vie; je ne savais comment manger, j'en perdais quasi l'habitude.

» J'admirais queles autres prissent leurs repas avec facilité,

etil me semblait que je donnais ces aliments à un corps mort, sentant que la vertu naturelle m'était soustraite (2). Il me semblait aussi que mon âme n'était plus, ou au moins qu'elle ne faisait plus ses fonctions naturelles, et demeurait comme privée de l'usage de toutes ses puissances. Vous me donniez cette conviction, Ô mon Dieu! à mon cher Jésus! pour m'aporerdre par nécessité à n'user de ces facultés que selon votre bon plaisir, et à attendre un autre principe d'action que celui qui m'avait conduit par le passé. Vous vouliez m'apprendre que mon âme n'est pas et ne devait plus être entre mes mains , mais entre les vôtres, Ô mon Tout! qui en êtes le seul et unique maitre (3).

» Ce quela bonté de Dieu avait fait relativement aux facultés corporelles , elle le fit aussi par rapport aux facultés spirituelles de mon âme, et cela me laissa dans des langueurs, des stupidités et des hébétements, qui ne peuvent se comprendre que par ceux qui les ont éprouvés. Mon bon maître m'a fait cette grâce fort long-temps: mon esprit était alors enveloppé d’une telle obscuritt, que je ne me ressouvenais de rien ; je ne pouvais rien

» apprendre , et il y avait tant de confusion et de ténèbres

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ÉPREUVES DE M. OLIER. 257 » dans mon intelligence,que je ne voyais absolument rien 5 » je ne savais même ce que je disais ; j’entendais parler le » monde , comme ferait ua sourd , sans rien retenir ni rien » comprendre ; je ne pouvais exprimer aucune pensée , » même des choses que j'avais comprises autrefois ; je » cherchais dans mon esprit,et je ne trouvais rien : souvent » la pensée se présentait, et puis se retirait aussitôt , en » sorte que, commençant à l’'exprimer, je ne savais plus où » j'en étais. Cet embarras et cette impuissance n'avaient » pas seulement pour objet les sciences et l'étude , mais » encore les choses les plus indifférentes et ies plus aisées , » comme d’enteudre parler d’affaires , de converser avec » mes amis (1). J'étais tellement entrepris que je ne pou- » vais dire un mot, je demeurais tou interdit et l'esprit » suspendu , à peu près comme l’on voit des insensés en » Compagnie, qui, entendant parler, ne conçoivent nine ré- » pondent rien , et demeurent hébétés en regardant le » mue. Ma mère , en me voyant dans cet état, disait de »n ‘us diriez qu'il est devenu idiot et insensé. Je ne » pu" faire autrement ; je croyais même être réduit » pour jamais à cet état , et souvent je m'offrais à Dreu de » bon cœur, pour perdre , s’il voulait, tout-à-fait l'esprit , » et devenir fon. Je me souviens encore que j'étais réduit à » une telle extrémité, que de ne pouvoir écrire ; m'effor- » Gant parfois de le faire , je demeurais des heures en- » lières à écrire deux ou trois lignes,et encore était-ce tout » de travers (2). J'étais privé, pour ma conduite, de toute » lumière intérieure , et presque de tout conseil extérieur; » Car je ne pouvais exposer les matières sur lesquelles j’au- » rais voulu consulter, ne retenant rien, el ne comprenant » pas davantage (3). Si je faisais visite pour moi ou pour » Ja compagnie que nous formions avec mes amis, je man- » quais les personnes que j'allais voir, ou bien je réussissais » Si mal, que chacun avait sujet de croire que Notre-Sei- » gneur m'était pas avec moi, et que son divin Esprit m'avait

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