ÉPREUVES. SOUSTRACTION DES DONS SURNATUREZS
NOTE 1. — M. Ofier expose ainsi les effets étonnants que laisse dans une âme Ia soustraction des dons surnaturels , lorsque Diev veut, par ce moyen , la purifier. « Cette soustraction , dit = il, se » fait à l'égard de la grâce sensible ; car læ bonté divine ne laisse » pas de nous secourir alors de grâces insensibles, bien plus et- » ficaces. Le défaut de ses grâces sensibles cause d'étranges effets, » et Souvent des humiliations prodigieuses dans une âme. Sous » l'influence de ces secours, la volonté et le cœur sont portés » à Dieu avec délices , et l'on en remarque quelque chose au dehors, » jusque dans le portet le maintien du corps, jusqu'aux œuvres exté- » ricures qui s'opèrent alors avec une douceur, une modestie et une » égalité non pareilles. Dieu retirant ees dons sensibles , il laisse » l'âme dans sa nudité: et eomme de ces dons naissaient auparavant » de grandes lumières, il ne reste plus alors dans l'âme que trouble » et confusion (1). »
« Touché de compassion pour moi, DIEU me fit done la miséricorde de m'ôter ces biens, pour me faire connaître ce que » j'étais , et me désabuser ainsi doucement de mon erreur. C'est » l'effet d’ane miséricorde non pareille, que de nous laisser ainsi » à nous-mêmes ; sans Cela, nous irions nous estimant , nous appro- » priant ce qui est à Du seul, et nous tomberions enfin dans un » aveuglement semblable à celui de Lucifer. Par-là, Dixu montre » visiblement à une âmele fond de son abjection, et achève de lui » découvrir sa misère (2) ; car cette grâce sensible, qui tenait on » bride l'homine corrompu, venant à se retirer, tout change aus- » sitôt dans l'intérieur et l'extérieur. L'Esprit saint lui laisse » alors éprouver quel est son déréglement naturel, et la corrup- » tion de ses désirs. Alors il semble que la bride soit lchée » aux passions. On ne sent que colère dans les moindres
» rencontres, envie , aversion, sentiments d'amour-propre, jus-
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» que-là que Ja superbe rejaillit sur l'extérieur dans la contenance
» du corps, qui est fière et arrogante. Souvent néanmoins l'âme n'y » contribue p?r aucune pensée, ni aucun sentiment volontaires ; c’est » l'effet propre d'un dégorgement de superbe, qui se fait sentir » partout en l'absence de son gouverneur ; dont la présence la
» réprime et l'oblige à se cacher (1). Ainsi, quand le Saint-Esprit ,
qui avait élevé l'âme à Dieu pour un temps, vient à se re-
tirer , l'âme, n'étant plus soutenue par ce principe si fort et
si puissant , retombe en elle-mèine, et semble par cette chute
tomber dans un abime d’obscurités , de ténèbres, de corrup-
tion, de confusion ; dans un abime de passions, qui , comme des
bêtes farouches , se rongent et se dévorent elles-mêmes. Enfin,
il semble à l'âme qu'elle tombe du ciel dans les enfers, tant
notre fonds est épouvantable à nos propres yeux ; combien plus
aux yeux de Dieu, l4 pureté et sainteté même (2). Dieu laisse
ainsi au milieu de nous cette fournaise ardente , cette Concupis-
cence, qui, non moins que les cendres de Sodôme et de Gomorrhe,
nous avertit des jugements de Dieu, prononcés contre Adam
et sa postérité ; c’est une bouche d’enfer que nous portons dans
nos entrailles, qui vomit toujours mille vapeurs insupportables
à DIEU, et qui attirent sur notre chair de péché le châtiment de sa
main vengeresse. Je ne parle pas ici des péchés que nous avons
commis par notre propre malice, mais seulement de l’humilia-
tion commune à tout Le monde. Je ne m'étonne plus si les saints
entraient quelquefois en de saintes fureurs contre eux-mêmes, si
armés d'instruments de pénitence , ils mettaient leur chair en
lambeaux, et faisaient ruisseler leur sang, infligeant ainsi à leur
chair un juste martyre. C’est pour cela que le Fils de D, afin
de montrer aux hommes ce qu'ils devaient souffrir dans leur
» chair criminelle, voulut qu'on le flagellàt, que son sang coulât
de toutes parts , et que ses os fussent disloqués. De là vient que
ce secours sensible se retirant , et cette soustraction mettant à
» nu notre malice , nous sommes bien aises d’être en butte aux
injures , aux outrages , aux traitements les plus injustes et les
"plus rigoureux (5) ».
» Voilà ce qu'opèren ces saustractions de grâces : d'abord la
connaisance visible ét manifeste que nous ne sommes que pé-
ché par nous - mêmes; et ensuite l'humilité, qui fait que nous
nous plaisons à ètre traités de la part de Du et de la part des
(1) Mémoires ault. de M. Olier, LL p. 30ù, 506,
(2) Jbid.t. 1 pe
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