Régledu cardinal de la Rochefoucauld
xvui, fol. 124.
aller à Paris, où diverses affaires les appellaient, Comme les deux derniers se disposaient à retourner à Chartres, M. Meyster, qui abandonna sur ces entrefaites leur société, vint diner chez eux, et, pendant le repas, il leur dit fort sérieusement. « Je vous plains, Messieurs; car » vous perdez votre temps, et ne faites pas ce que Dieu » demande de vous. » J'admire, reprit M. du Ferrier, comment vous nous condamnez , lorsque nous faisons du mieux que nous savons. Je ne vous condamne point, répliqua-t-il; mais c'est Dieu qui désapprouve ce que vous faites à Chartres, et j'ai ordre de vous le dire de su part. Hélas ! dit alors M. du Ferrier, serons-nous assez misérables pour nous écarter de ses voies? et le discours finit ainsi.
Après le diner, M. de Foix et M. du Ferrier, touchés des paroles de M. Meyster, résolurent d'aller «vec lui, chez les pères de l'Oratoire , pour les consulter. Ils se rendirent donc à Saint-Magloire, où ils couchèrent, et M. Meyster, ayant réitéré sa déclaration touchant l’inutilité de l’entreprise de Chartres, et ayant même ajouté que M. Amelote était appelé à une autre œuvre ; les pères Bouchard et de Monchi furent d'avis qu'ils s’adressassent à Dieu dans la prière , afin d'obtenir sa lumière et la grâce de la suivre fidèlement ; et, en conséquence, ces Messieurs résolurent d'aller en pélerinage à Notre-Dame-des- Ardilliers à Saumur (1).
Sur ces entrefaites M. Olier vint aussi à Paris, avant la fête de l'Assomption , pour terminer un différent qu'il avait avec le nouveau Prieur-Mage de son abbaye, que les religieux , contre toute espèce de droit, venaient de nommer à cette charge (2). Durant le séjour qu'il fit dans cette ville, il recu la visite de l'abbesse de Fontevrault , Jeanne Baptiste de Bourbon *, occupée de la célèbre affaire de sa juridiction, et qui le pria de visiter, s’il pouvait, les religieuses de la Régrippière , privées de sa présence si long-
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2° VOYAGE DE M. OLIER À LA RÉGRIPPIÈRE. 299 temps. Aucune invitation ne pouvait être plus conforme aux désirs du serviteur de Drœu. Depuis son séjour au couvent de la Régrippière , il n'avait cessé de demander la persévérance pour les religieuses fidèles, et la grâce d'une sincère conversion pour celles qui avaient méprisé jusqu'alors les poursuites du Seigneur. Il résolut donc de partir pour la Bretagne, si Dieu agréait ce dessein. « J'ai » vu ce matin, écrivait-il, le 12 août, à la sœur de Vaut- » dray, madame votre abbesse, qui, au milieu de ses » affaires, dont j'espère un heureux succès *, n'oublie » point sa maison de la Régrippière. Elle m'a témoigné » désirer extrêmement que j'y pusse faire un tour, pour » tâcher d'y renouveler les sentiments de Notre-Seigneur » qui peuvent s'être ralentis. Plût à notre bon Dreu qu'il » ne m'en jugcât pas trop indigne, je le ferais de très-bon » CŒUT ; et, tout misérable que je suis, je m'offre à lui pour » vous aller servir vers le mois de septembre, mais non » pas si longtemps que je le souhaiterais : car notre » chère compagnie se propose de s’en aller , en ce temps, » faire un pélerinage à Notre-Dame de Saumur *, pendant » lequel je pourrai de là aller vous visiter. Si je puis, er ce » peu de séjour , vous aider à votre salut, qui m'est cher » comme le mien propre, je le ferai de très - bon
» cœur (1). »
M. de Foix et M. du Ferrier partirent donc pour Saumur , en convenant toutefois que , durant leur voyage, ils ne parleraient entre eux en aucune manière du sujet qui le leur faisait entreprendre (2). De son côté , M. Olier s'était joint à quelques-uns de ses confrères, qui allaient commencer une mission à dix-huit lieues de Paris ; mais celui qui lui tenait lieu alors de directeur (3), M. Picoté (4) étant venu lui ordonner de laisser là les exercices de cette mission, et de se rendre sans délai à la Régrippière , il partit le sur lendemain, et prit sa route par Saumur , afin de se joindre
(1) Leures au.
de M. Olier, p.
(2) Mémoires de M, du Ferrier, p. 141.
(3) Mémoires autoy, de M, Olier,t. 1. p.147,
(4) Mémoires sur la vie de M.
Olier , par M.
Baudrand, p.10.
RE
à ses amis , espérant qu’ils voudraient bien le suivre de là en Bretagne +.
{v. Il leur avait souvent parlé du couvent de la Régrippière; Grands fruits ‘ . A : ; que M. Olier et, comme leur chemin les obligeait d'y passer , il fut bien Ets ie Ré- aise d'y conduire ses deux amis, surtout M. du Ferrier, le
jugeant plus propre que lui à convertir celle de ces reli-
gieuses qui entretenait le désordre dans le monastère.
« C'était, dit-il, la personne du monde la plus altière et la
» plus suffisante , etelle m'avait en très-grande aversion,
» depuis mon premier voyage, soit parce que le chef du
Pr rs » parti opposé s'était donné à moi, soit parce qu'elle me
t 1. p.146. » voyait trop pauvreesprit pour elle (1) ». Ils arrivèrent à
(2) Ibid, t. 2. la Régrippière à l'entrée de la nuit pendant le mois d'oc-
p. 144. tobre (2). M. Olier y fut fort bien reçu : les quatorze
religieuses qu'il avait converties accoururent toutes au
parloir, avec la supérieure et les anciennes ; il y avait
deux grilles, M. Olier était à l’une, M. de Foix était à
loutre ; et comme M. du Ferrier s'était mis à l'écart
nn et ne disait mot, elles l'appellèrent l’abbe du sip. 142. lenee (3).
» Pour me rendre moins indigne de servir d'instrument
» à sa grâce, ajoute M. Olier, Dreu daigna, le jour même de
» mon arrivée, me faire expérimenter ma faiblesse et mon
» ignorance ; tellement que je ne pouvais m'empêcher de
» dire à nos Messieurs , que j'accompagnais dans ce
+ Ce fut vers ce temps que l'évêque du Puy, Juste de Serres, étant venu à mourir, le chapitre de cette église supplia le Roi de nommer M. Olier à l’évèché vacant , et députa à la cour plusieurs de ses membres pour solliciter cette grâce. Les gentilshommes qui avaient le plus persécuté M. Olier dans ses missions d'Auvergne , applaudirent eux-mêmes à cette démarche. Mais la Providence avait
’ d'autres vues, et elle les manifesta à M. Olier, avant même qu'il eût (1)Mémoir.aut. :
vo .Olier,ta.p. connaissance de la mort de l'évêque (1). Le successeur de Juste de
@ Vie de M. Serres, fat Henry de Maupas du Tour, l’un des prélats de son siè-
de Lantages, liv.
à tte hd cle (2).
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2° VOYAGE DE M. OLIER A LA RÉGRIPPIÈRE. 901 » voyage : Mon Dieu, j'étais bien hardi de precher, il » y à trois ans, dans cette maison, je vous proteste » que maintenant je n'oserais le faire. Le iendemain » matin, m'éveillant une heure avant nos Messieurs , » après m'être levé, je me inis en oraison, où je mé- » ditai ces belles paroles, dont la veille j'avais eu l'esprit » tout occupé en approchant du monastère, et étant en- » core à cheval : Adorabunt Patrem in spiritu et veri- » tate. Elles étaient accompagnées de vives lumières, et » me préparèrent comme d'avance à ce que la bonté » divine avait résolu. Eusuite , sans penser à rien , je des- » cends à l’église pour dire la sainte Messe, et j'y ren- » contre la mère Prieure , qui me prie de prêcher. Je n'y » eusse du tout consenti la veille , mais sur l'heure j'y » acquiesÇai, sentant force et lumière. Je prêchai donc, » et cette prédication fut accompagnée d’une si grande » abondance de grâces,que tous les cœurs furent touchés. » Celles des religieuses qui ne se rendirent pas ce jour-là, » vinrent le lendemain, après la seconde prédication, » tremblantes , et fondant en larmes , demandant » qu'on voulût les entendre en confession. Ce qu'il y eut » de plus considérable, ce fut la conversion de celle qui » dominait dans cette maison , et qui m'avait en très- » grande aversion, depuis le premier voyage. Je sa- » vais bien qu'il lui fallait un autre missionnaire que » moi, en qui elle prit confiance. Je lui amenai donc » celui de nos Messieurs que je croyais qu'elle goûterait , » ce qui arriva précisément : elle alla s'adresser à lui d'elle- » même, et son exemple attira toutes celles de son (1) Mémoires » parti (4). » En effet, le lendemain de leur arrivée à la Ré- Fa A grippière, lorsque M. du Ferrier était à genoux devant le Y. maitre autel,où il faisait son oraison et se préparait à dire mue “ose la sainte Messe, devant ensuite partir pour Clisson , un celte religieuse, nommée madame de la Troche, regarda plusieurs fois par la grille du chœur, et le voyant tou-
(1) Mémoires de M. du Ferrier, p.142.145.144,
jours en prière , elle lui envoya le sacristain pour le prier de vouloir bien offrir le saint sacrifice à sou intention. M. du Ferrier , quoique naturellement très-affable, fit dans ce monument une réponse qui le remplit bientôt lui-même de confusion et d'étonnement : il refusa froidement ce service ; et, comme le sacristain voulait réitérer sa demande, pensant que M. du Ferrier ne l'eût point entendue : Je vous ai dit, répliqua-t-il, que je n'en ferais rien, Cette réponse Loucha si vivement madame de la Troche, que prenant M. du Ferrier pour un homme de Dieu fort éclairé, elle se crut perdue, et se jetant par terre dans sa chambre, elle répandil un torrent de larmes.
Eusuite elle alla supplier l'une des quatorze religieuses converties , de lui procurer l'occasion de parler à cet ecclésiastique; mais quand elle eut appris qu'il était parti pour Clisson , elle faillit mourir de douleur , en sorte que M. Olier se crut obligé d'envoyer prier M. du Ferrier de revenir promptement à la Régrippière. Ils’y rendit aussitôt, et il se fit dans cette maison un changement admirable. La sœur de la Troche commenca par une déclaration publique de son orgueil, confessant à sa honte qu’elle avait osése mêler de donner aux autres des avis contraires à l'essence de leurs obligations. Elle protesta que jamais elle ne songerait qu'à obéir et à observe: les vœux de sa profession, el avertit chacune de ses sœurs de ne plus venir la consulter , voulant désormais vivre dans le recueillement et le silence. Après cette déclaration et la confession générale qui la suivit, toutes initèrent son exemple. M. du Ferrier leur enseigna à faire joraison ; et eles trouvèrent tant de consolation et de goût aux divers actes qu'il leur suggérait durant cet exercice, qu’elles ne pouvaient se lasser de les répéter ensuite pendant la journée (D). « Ce futlui, dit M. Olier, » qui procura le plus de gloire à Dieu, dans cette maison,
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