‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 285 sur 489 · VAUGIRARD, — LUMIÈRES DE M, OLIER · texte numérisé non relu

VAUGIRARD, — LUMIÈRES DE M, OLIER

que me prêter... Pendant ce temps,nous étions tous trois également recueillis en Dreu, et la mème onction pénétrait et remplissait nos âmes, Disant à l'un de nos messieurs , que nous étions appelés à être des hosties vivantes à la gloire de Dreu, je lui découvrais l'état d'hostie , j'étais tout hors de moi; il se sentait lui-même tout enflammé de l'amour divin,et ne revenait pas de son étonnement. Lundi dernier, je me sentais porté à parler, je ne sais sur quel sujet; et , dans ce moment, je ne savais pourquoi je parlais de la sorte; quelques heures après, un de nos messieurs vint me dire : Hélas ! j'avais bien besoin de ce que vous avez dit tantôt. Hier la même chose m'arriva avec un autre de nos messieurs, qui me consultait sur une matière très-dificile; j’admirai son humilité : car il est infiniment plus sage , plus savant, el plus avisé que moi; et alors même, Notre-Seigneur me montra plus clairement que le jour ce qu’ilme demandait. Maintenant je reçois fréquemment de ces sortes de grâces ; mais c’est à la considération des personnes qui w'interrogent, Dieu m'éclaire par compassion pour elles, je le vois bien sensiblement. Dès qu'on ouvre la bouche pour me consulter , avant même de savoir ce qu'on me demande, Driu me donne, en faveur de ces âmes, les lumières qu'elles désirent, Cependant notre bon maître, pour m'humilier, et me faire connaître que la sagesse et l'intelligence ne sont point en moi, encore moins à moi et de moi, mais que tout est à lui et en lui, me laisse quelque temps dans l’aveuglement et dans l'ignorance de ce qu'on me demande; puis, dans un instant, sa bonté me le fait connaître. Je le. sens tous les jours, soit dans les confessions, soit dans les entretiens particuliers. J'y éprouve une différente pureté de lumière , selon la diversité des sujets qui se présentent, Je leur réponds conformément à leurs besoins, sans au-

(1) Mém, aut, de M, Olier Lt, p. 178, 170, — Vie de M, Ulier, par M. de Bretonvilliers, LE, p. 396, 307.

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HN M. Olicr est } | éclairé de Dieu 1 dans ses prédi- Û ations.

UE | (2) Mémoires un | de M, Baudrand, LEE | p. 14

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» tre préparation que de renoncer à mon propre esprit, »* attendant ce qu'il plaira à Digu de me donner, pour le * service de ses enfants (1), »

C'était la même abondance de lumière, les mêmes grâces , la même onction, lorsque M. Olier annonçait la parole de Dieu au peuple de Vaugirard (2), qui accourait toujours en foule pour l'entendre. « La veille du jour de » l'Incarnation , 24 mars 1642, on m'envoya dire, écrit-il, » d'aller exhorter le peuple pour qu'il se préparât à la fête, » et communiàt dignement. Aussitôt je me rendis à l'é- » glise, quoique sans aucune lumière dans l'esprit, et » Dieu prit plaisir à me faire expérimenter mon ignorance » naturelle et ma faiblesse. Car je ne pouvais rien trouver » à dire. Vous même, à mon Dreu! avez voulu me faire » oublier tout ce que j'avais appris autrefois par mon » étude et mon propre travail, afin de me tout donner par » grâce une seconde fois , et de ne me laisser rien qui ne fut de vous. Deux fois je fus sur le point de dire à celui » qui m'avait envoyé chercher, que je n'avais aucune » pensée dans l'esprit. Mais comme je suis accoutumé à » sentir de la sorte mon impuissance, je m'abandonnai » tout de nouvéau à l'esprit qui éclaire les aveugles et fait » parler les muets. Aussitôt la lumière de Dieu m'éclaira , » et je remarquais encore davantage le secours de l'Esprit * divin, par l’efficace et la puissance des paroles, qu'il me » faisait proférer , et qui touchaient vivement tous les au-

» diteurs et me touchaient aussi moi-même : tellement que, » sans me mettre en peine d'autre chose, je rendais ce » qui m'était donné ; et je continuai de la sorte pour Jésus » et Marie. Le succès fut tel, que tout le peuple, ému et » touché, vint le lendemain en foule pour se confesser ct communier ; et nous ne pümes achever de l'entendre

» qu'à une heure ou deux après midi. Il parut si affectionné, que, depuis cinq ou six heures, ce bon peuple ne quitta point l’église qui ne désemplit pas. Je dirai aussi,

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en passant, ce qui m'arriva dimanche dernier, Pendant la prédication , et lorsque j'étais dans la ferveur de mon discours, il entra dans l'église un religieux de l'ordre de saint François, qui avait quitté l'habit de son ordre, Aussitôt, sans le connaître , je commence à parler de la sainteté de ce grand patriarche , et je le faisais ressortir avec tant d'éclat, que ce pauvre apostat en était couvert de confusion. Après le sermon, il vint me visiter, pressé par sa conscience : mais il était si honteux , qu'il n'osa ni me regarder, ni prononcer une seule parole ; il me parut

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