PRES
» œuvre sur ma confusion , me montrant par là qu'il » fallait désirer d’être détruit et anéanti pour l'établis- » sement de la gloire de Dieu, et que, pourvu que son » œuvre se fit, nous devions être contents.
« Durant mon action de grâces, je sentais des désirs » extrêmes de donner mille vies pour le salut de tous, » j'acceptais toutes ces peines pour la conversion des » prêtres, et comme Jésus-Cunrisr les accepta au jardin » des Oliviers. Me trouvant par hasard devant un tableau » qui le représentait dans la circonstance de sa passion où es le » l'ange lui offrit le calice +, il me semblait que Notre- Olier, tom. 1. ” Seigneur me disait : l’eux-tu boire aussi ce calice? po iv, ” tie lui disais alors de tout mon cœur : © mon tout, p. 257 » mille et millions de vies pour votre amour (2). Je » comprenais cependant , que quoique par un juste jage- » ment, Dieu voulût m'immoler comme une victime, ce
RE sn ETS
» châtiment n'irait pas jusqu'à la mort... Je voyais en es- » prit mon Dieu me châtier d'une main si douce et d’une
» verge si agréable, que je ne puis rien concevoir de plus
» aimable que cet état. Si j'eusse pu baiser alors mille ct
7 On a quelque fondement de croire que ce tableau est encore dans la chambre que M. Olier avait habitée à Vaugirard, et qui depuis sa mort à été convertie en oratoire.
cupations étaient is avoir en Dieu.
ient beaucoup , et ne regarder que ce entière en lui, in de son père (1).
j'avais de la ruine tu: L'œrr re subple de mon maitre, sté ni soulagé de qu'il établirait son rant par Ià qu'il nti pour l'établis- , pourvu que son nts.
sentais des désirs "le salut de tous, la conversion des accepta au jardin devant un tableau e de sa passion où mblait que Notre- > aussi ce culice/ ur : © mon tout, re amour (2). Je par un juste jugee une victime, ce .. Je voyais en esà si douce et d’une \ concevoir de plus iser alors mille ct
ableau est encore dans rard, et qui depuis sa
» mille fois cette main et ces verges si douces, je l’eusse » fait sans balancer ; et comme cette vue était sans mé- » lange de figures sensibles , je n’éprouvais au cœur qu'a- » mour pur pour la main de mon Dreu, et pour les chà- » liments qu'il me réserve (1). »
Au milieu de cette opposition générale, M. Olier se voyait encore contraint de construire un bâtiment assez vaste pour recevoir les nouveaux sujets qui se présen-
tient à lui chaque jour. Dans la disposition où étaient alors les esprits, tout ce qu'il put obtenir de l'abbé de Saint-Germain et des marguilliers, ce fut la permission pure et simple de bâtir à ses propres frais, dans le jardin du presbytère, trois corps de logis, à condition, toutefois, que le tout appartiendrait à la fabrique ; qu'une partie serait destinée pour le logement des officiers du bas-chœur et de la sacristie, et qu'enfin i
(1) de M.
Mém. aut,
Olier, t,
prop
constr
Olier se ose de uire un
bâtiment pour
le sé
. Autre
minaire, projet,
(2) Remarq.
il es tir
t LL p.
véillerait lui-même à l'entretien de ces bâtiments (2). II 137. 198.
paraît que les princes Henri et Louis de Bourbon-Condé , et Gaston duc d'Orléans, oncle du Roi, tous trois paroissiens de Saini-Sulpice, et qui approuvèrent celle autorisation, n'étaient pas plus favoravles au serviteur de Dieu , quoique le duc d'Orléans parle du projet en termes {rés-honorables. Dans ses fettres, données à Fontainebleau le 16 octobre, il déclare que pour seconder le pieux et très-nuble dessein de l'abbé Olicr, relatif à l'institution des cicres et des prêtres qui viennent à lui de toutes parts, pour être formés aux fonctions de leur état, lui Gaston, n'ayant pu se trouver à l'assemblée des marguilliers, à approuvé néanmoins (out ce qui s’y est fait, voulant contribuer de tout ce qui dépend de lui , à la perfection d’une œuvre si sainte, si utile et si avantageuse à toute l'Église (3).
Il était difficile d'imposer à M. Olier des conditions plus onéreuses que celies de cet accord. Il les accepta néanmoins, par zèle pour le clergé ; et en attendant qu'il püt y
(5) Ibid, tn,
(1) Dilibérations de S, Sulpice. ibid, fol, #.
(2) Mém. aut.
de M.Olier, L.v.
(3) Mémoir. de M. Baudrand, p.
donner suite, il fit construire des cellules (1) pour les séminaristes, s'engageant à les démolir lorsque les grands corps de logis seraient achevés. Selon sa coutume, il voulut offrir ce dessein à la très-sainte Vierge, dans l'église de Notre-Dame, afin qu'elle voulût bien le bénir ; et il raconte que , dans cette occasion , elle daigna lui apparaître tenant entre ses mains le modèle d’un bâtiment qu'elle lui présentait pour en faire construire un semblable, « Lundi » 22 mars, dit-il, étant allé à Notre-Dame, pour lui sou- » mettre l'entreprise de notre bâtiment, et savoir si elle » l'aurait agréable , £ette divine maîtresse , dans sa bonté »* ordinaire, me sembla porter un bâtiment sur ses mains,
et me le présenter. Je n'osais l’'accepter , en étant
très-indigne, et me voyant incapable de l’er‘repren-
dre; je ne laissai pas néanmoins de me tenir soumis
à ses ordres (2). » On voit par là que le bâtiment montré à M. Olier était beaucoup plus vaste que celui qu'il allait construire, et il dut en conclure qu'il fallait bâtir sur un plan plus étendu. Au moins est-il certain qu'il renonça à son premier projet, et résolut même dès-lors d'élever ce nouveau bâtiment sur un autre terrein qui lui appartint en propre +. H fit donc cesser les travaux commencés, et ne songea plus qu'à trouver, proche de l'église paroissiale , un lieu commode pour bâtir. La Providence voulut qu'il s'en présentàt un tel qu'il pouvait le souhaiter, soit pour la proximité de la cure, soit pour son étendue (3). Cet emplacement était situé rue du Vieux-Colombier , vis-
à-vis celle des Cannettes, appelée aussi alors de Saint- Sulpice , et appartenait à l’un de ses parents, M. Méliand, procureur général du Parlement de Paris, de qui il l'a-
+ M. Baudrand rapporte néanmoins que M. Olier eut un autre motif pour changer de dessein, ce fut la crainte d'employer des sommes considérables , sans être assuré que l'édifice dût servir à sa destination.
(1) pour les sémiie les grands corps tume, il voulut of- , dans l'église de bénir ; et il raconte apparaitre tenant qu'elle lui présen- 1blable. « Lundi ne, pour lui sou- , @t savoir si elle se, dans sa bonté nt sur ses Mains, :cepler , en étant le de l’er‘reprenme tenir soumis e bâtiment montré e celui qu'il allait allait bâtir sur un ain qu'il renoncça : dès-lors d'élever rein qui lui appar- AVAUX COMMENCÉS, de l'église parois- Providence voulut vail le souhaiter, ur son étendue (3), ax-Colombier , visssi alors de Saint- ‘ents, M. Méliand, ris, de qui il l'a-
Jlier cut un autre moemployer des sommes
t servir à sa destini-
cheta conjointement avec MM. de Poussé et Damien, le un . à | ñ ; ; | ) Remarques 27 mai 1645, pour le prix de soixante-quinze mille livres , historiques. t. 1. in “ nn " ù ps ’ on! p. 45.
qu'ils comptèrent de leurs propres deniers (1). I y avait "(3)" {ue d'aedans ce local un grand jardin elos de murailles, et trois #isition. Archi- | ves du royaume.
corps de maisons (2); et en attendant le temps favorable M. 41. pour bâtir, M. Olier plaça dans ces maisons une partie |;) pjémoires des ecclésiastiques qu'il avait, tant à Vaugirard qu'au 4 M4 Baudrand, k p. 25.
presbytère (3). - À ” | si CRU IV.
Comme il pensait que ce nouveau dessein animerait Nouvelle concontre lui la haine de ses ennemis, et que d'ailleurs il As à , Montmartre.
était impossible de prévoir jusqu'à quelles violences ils M. Olier et ses LL) H , de H 4 H LL UV WE] ? L » compagnons pourraient se porter , il désira de renouveler avec deux ent à Dieu d'entre ses ecclésiastiques , probablement MM. de le np qu'ils ont achete.
Poussé et Damien, le même engagement qu’il avait contracté avec les premiers compagnons de sa retraite, à Vaugirard , en 1642, de ne point abandonner l'œuvre du séminaire. En conséquence, le 2 du mois de mai, il les conduisit à Montmartre, où le père Bataille se rendit aussi. « À la gloire de Dreu, écrit M. Olier, le jour de » Saint Athanase, étant allé à Montmartre avec deux de » nos messieurs, nous avons fait promesse sur l'Évangile, entre les mains du révérend père Bataille, de » ne nous départir jamais du dessein qu'il a plu à Dreu » de nous inspirer, de nous lier ensemble pour lui serd ,d 1 bI ur lui ser » vir d'organes et d'instruments , ct lui disposer des prê- (4) Lu au. , A + É dure x de M. Olier, t.
» tres qui le servissent en esprit et en vérité, qui hono- y. p.79. — Vie par A1.deBreton- EX : à villiers, t, EE p.
» avec charité au service de ses membres (4). » Par un 157.
autre acte bien digne de leur religion, M. Olier et ses deux co-propriélaires se considérant, en qualité de serviteurs de JÉsus-Cnrisr et de l'Eglise, comme incapables
Ca
» r'assent aussi son Fils sur les autels, et s’'employassent
de posséder en propre cette maison , s'empressèrent d'en faire hommage à Du, comme à son véritable maître. « À l'honneur et à la gloire de la très-sainte Trinité, ren- » fermée dans le très-auguste Sacrement de l'autel, di-
RE ee
(4) Divers écrits spirituels de M. Olier.t, 5.
Les parois siens murmu — rent contre M.
Olier. Dieu lé fortilie.
» saient-ils dans l'acte qu'ils dressérent, trois prêtres » consacrés à l'houneur des trois Personnes adorables, » désirant, en la vertu du très saint Sacrement , être con- » sommés eh un, et n'avoir rien entre eux qui ne soit commun à tous, abandonnent, dans un même esprit, à Ja très-sainte Trinité, une maison qu'ils ont ac-
» quise, destinée à loger les serviteurs qu'elle a choisis » pour son honneur, et leur donner la facilité d'y prendre l'instruction nécessaire pour son divin service, C'est » au pied de ce trés-saint et très-auguste Sacrement, votre * arche, où vous habitez parmi nous , que nous déposons » tout le droit, que, à la mode du monde, on pourrait nous » donner sur cette maison. Des esclaves, à divin maître,
» n'ont point de bien à eux; nous n'avons point, par con- » séquent, de droit sur ces lieux que l'on nous cède, et » qu'on dit nous appartenir; mais, Ô mon Dieu, nous » vous cédons et transportons cet extérieur et cette appa- » rence de droit que l’on nous donne. Que vous soyez » donc connu pour l'unique Seigneur titulaire et proprié- » taire du tout, et que ce soit par votre seule permis- » sion que vos pauvres sujets y trouvent leur couvert pour » s’y instruire et vous servir; enfin qu'il y vivent sans cesse » SOUS Vos yeux ,et y marchent dans la dépendance de » vos volontés divines (1). »
Ce que M. Olier avait prévu arriva; dès qu'on sut qu'il avait renoncé au plan arrêté dans l'assemblée des marguilliers , et qu'il s'agissait d'en dresser un nouveau , qui serait incomparablement plus dispendieux , il essuya bien des reproches sur la témérité prétendue d'une entreprise si diflicile et si hasardeuse. On ne se lassait pas de lui dire, qu'à peine il auroit jeté les fondements de l'édifice , qu'il serait dans la nécessité de l'abandonner. Aux pluintes et aux murmures, quelques-uns ajoutaient les railleries les plus indécentes; mais sa réponse était toujours ln même : « JÉsus-Curisr Notre-Seigueur , qui a commencé
pt, trois prêtres onnes adorables, ement , être con-
eux qui ne soit un mème esprit, n qu'ils ont ac-
qu'elle a choisis icilité d'y prendre in service. C'est : Sacrement, votre ue nous déposons , On pourrait nous s,0 divin maître, is point, par con- 'on nous cède, et mon Dieu, nous eur et cette appa- . Que vous soyez tulaire et propriétre seule permis- L leur couvert pour y vivent sans cesse la dépendance de
dès qu'on sut qu'il semblée des marun NOUVEAU , qui eux , ilessuya bien e d’une entreprise Jassait pas de lui ments de l'édifice, onner. Aux plaintaient les railleries étail toujours a ,) Qui à commencé
PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIER. 513 » l'œuvre, disait-il, l'achèvera par sa miséricorde, I ne » faut pas se défier de sa bonté; ses trésors sont tou- » jours pleins, et jamais ils ne s'épuisent ; prenons cou- » rage, la sainte Vierge nous secourra (1), » « Le jour » de l'Ascension, 25 mai, ajoute-t-il, voyant l'opposition » que les grands et les princes mettaient à l'œuvre de » Dieu, j'en étais à l'extérieur un peu abattu, La bonté » divine, si attentive à fortifièr ma faiblesse, me dit par » sa miséricorde infinie : Ton œurre se feru. Ces pa- » roles me remplirent d'une confusion extrême, surtout » celle-ci : Zon œuvre, Je lui disaisalors : Non, mon Dieu, » cen'est point la mienne, c'est la vôtre : et toutefois ces pa- » roles portaient avec elles une vive lumière dans mon » esprit ; elles me faisaient comprendre que j'étais, à l'é- » gard de tous ces messieurs, que DIEU amène dans sa » maison , leur pauvre petit serviteur et leur domestique ; » que je devais user de beaucoup de douceur pour ga- » gner leurs esprits (2). »
Cependant les trois années à partir depuis la prise de possession de la cure , et au bout desquelles M. Olier saait qu'il en serait chassé, approchaient de leur terme. Déjà, vers le mois de janvier 1645 , deux personnes fort intérieure savaient parlé de cette persécution à M. de Bretonvilliers (3) et « de temps en temps, ajoute celui-ci, » M. Olier nous disait lui-même : ?reéparons-nous à ce » que Diiu nous réserve, et demandons beaucoup son » Saint-Esprit, afin de porter saintement la croix » qu'il nous a destince. Nous en étions tellement cer- » {ains , » continue-t-il, parlant de trois ou quatre prêtres avec qui il était plus particulièrement lié, « que nous nous » en entretenions assez souvent, quoique nous ignoras- » sions la manière dont elle devait arriver. Plusieurs fois » nous lui avons entendu dire : De bon cœur, mon
Dieu, de bon cœur; je ne suis pas digne de cette » grâce ; non je ne mérite pas cette miséricorde avec
(1) Vie par M, de Bretonvilliers,
(2) Mém. aut.
de M, Olier.t.v.
M. Olier prépare ses disciples à la persécution qui doit fondre sur eux.
(3) Vie Ms. par M, Leschassier, p. 21.— Par M.
de Bretonvilliers, {Ut p° 410,
(1) Vies. de M. Olier, par A.
de Bretonvilliers, t.11.p.110.111.
(2) Testament de M. de Poussé.
— Archives du Royaume, ibid.
M.deFiesque demande à rentrer dansla cure de Saint Sulpice.
» laquelle veus voulez me traiter, par le grand désir
» que vous avez de faire du bien au plus inyrat des » hommes. » Chaque jour il s’offrait avec Jésus-Curisr, par avance, embrassant la croix qui lui était préparée, et se regardant comme une hostie qui ne devait plus vivre que dans l'esprit et dans la vue de son sacrifice (1).
On ne saurait méconnaiître ici la conduite de la divine providence. Elle daigna manifester cette persécution à M. Olier, long-temps avant qu’elle arrivât, non-seuiement afin qu'il se tint prêt lui-même à la souffrir, mais aussi pour qu'il l'annonçât clairement à ses disciples, comme le Sauveur en avait usé à l’égard des siens. Les ecclésiastiques de M. Olier auraient sans doute été exposés à une tentation bien étrange, si cette persécution eût fondu sur eux sans qu'ils en eussent été avertis. Le voyant en butte à l’animadversion publique, plusieurs auraient pu douter que la main de Dreu für encore avec lui ; au lieu que, après cette prédiction , l'événement ne devait servir qu'à affermir leurs cœurs dans la confiance. M. de Poussé , espérant sans doute d’en être la victime , fit même son testament six jours avant que la sédition éclatàt , le 2 juin 1645 , et laissa au séminaire que M. Olier fondaît, tous ses biens , et spécialement sa terre de Beaume , qui était d’un revenu considérable (2).
Contre toutes les apparences, le coup fut porté à M. Olier par celui-là même de qui il devait craindre le moins une persécution. Les premiers qui se liguèrent contre lui furent des amis et des parents de M. de Fiesque, qui lui avait résigné sa cure. frrités de voir entre ses mains un bénéfice qu'ils désiraient pour un d’entre eux, ils cherchérent long-temps une occasion d'agir contre lui, et de lui susciter une affaire qui l'obligeäñt d'abandonner sa paroisse. Mais n’en trouvant point qui secondit leurs vues , ils la firent naître, en persuadant, à force de flatteries el d'importunités, à M. de Fiesque lui-même,
ar le grand désir , plus ingrat des vec JÉSUS-CHRIST, ui était préparée , qui ne devait plus le son sacrifice (1).
nduite de la divine elte persécution à vAt, non-seuiement souffrir, mais aussi ; disciples, comme les siens. Les ecns doute été eXpo- | cette persécution ent été avertis. Le lique, plusieurs auit encore avec lui; vénement ne devait a confiance. M. de a victime , fit même sédition éclatât , le pue M. Olier fona terre de Beaume,
coup fut porté à devait craindre Île s qui se liguèrent s de M. de Fiesque, de voir entre ses ur un d’entre eux, asion d'agir contre i l'obligeñt d'aban- L point qui secondit suadant, à force de Fiesque lui-même ,
PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIER. 545 quoiqu'il eût tant pressé M. Olier d'accepter sa cure, que le bénéfice qu'on lui avait donné, lors de sa démission , était d'un revenu fort inférieur à ce qu'il avait droit d'attendre ; qu'on l'avait trompé ; et qu'il était de son honneur , autant que de son intérêt, de revenir sur ses pas (1). Parmi les ecclésiastiques que M. de Fiesque avait laissés après lui, et que M. Olier avait conservés pour servir la paroisse à titre d'habitués, sans qu'ils fussent membres de la communauté, plusieurs, dont la vie ne répondait pas à la sainteté de leur état, osèrent bien se mettre de la partie. Ce n'était parmi eux que piaintes et que murmures contre celui qu'ils auraient dû chérir et respecter comme leur père. Ils étaient venus à bout de persuader à l'ancien curé, que, depuis sa démission, tout était bouleversé dans sa paroisse, et qu'il avait perdu son troupeau en l'abandonnant. [ls prétendirent qu'il avait été joué, et lui firent entendre que s’il demandait justice, ce qu'il ne pouvait différer davantage, il ne manquerait pas d'amis qui l’appuieraient. Toujours trop crédule et trop peu en garde contre la séduction, M. de Fiesque donna dans le piège (2). Il eût été facile de l'apaiser d'abord, en faisant réparer les bâtiments du prieuré de Clisson, qu'il avait reçu en échange pour la cure de Saint-Sulpice. Mais M. du Ferrier, chargé du temporel de la communauté, et peutêtre un peu trop exact à le conserver, ayant refusé quaire cents livres que M. de Fiesque demandait pour ces réparations , ce verte (3).
M. de Fiesque , pour rentrer alors en possession de sa cure, publia contre M. Olier un factum des plus san-
refus donna lieu à une rupture ou-
glants, où il l’'accusait d'en être l’injuste détenteur, en vertu d'une permutation nulle et obtenue par surprise. On a vu que M. de Fiesque , qui était de Bretagne , avait luimême demandé le prieuré de Clisson, qu'il connaissait déjà, et où il avait dessein de se retirer. C'était un béné-
(1) Vie de DT.
Olier, par le père Giry, partie 1re.
ch. xvir.—Remarques historiques, t 1 p.59.
(2) Vie, par MI.
de Bretonvilliers.
(5) Mémoires de M. Baudrand, p. 21.
VHIT.
Factum contre M. Olier.
Etat du prieuré
de Clisson.
o46G PARTIE II. LIV. IV. PAROISSE. — 16/5.
fice simple, depuis que, en 1626, il avait cessé d’être occupé par les religieux de l'abbaye de Saint-Jovin , a moyen d'un accommodement ménagé par M. Olier père: el,à partir de cette époque,quatre prêtres séculiers y avaient fait et y faisaient tous les jours le service divin. M. de Fiesque, voulant toaver un vice de nullité dans la permutation , prétendit que ce bénéfice, au lieu d'être simple, était réellement conventucl; et ce qui donna à celte allégation une apparence de vérité, ce fut l’entreprise que tentèrent alors les religieux de Saint-Jovin : ils voulurent rentrer dans le prieuré de Clisson , où deux de ces religieux se présentèrent en effet, lun avec k qualité de sous-prieur , autre avec celle de sacristain ; el enfin un chapelain se fit pourvoir du prieuré, comme sl eül été vacant, sans que M. de Fiesque fit contre eux la moindre démarche. Bien plus, les juges royaux, invités à se rendre à Clisson , pour déclarer l'existence de la prétendue conventualité, la fondérent sur deux raisons qu'on n'imaginerait pas aisément. La première fut que, en conpulsant les archives, on avait trouvé que, dans son institution, ce prieuré était régulier : d'où il conclnaient qu'il devait l'être encore; là seconde, que la disposition des lieux montrait qu'il l'était en effet, puisqu'on y voyail un cloître, un chapitre, un dortoir , des cellules , un refectoire et des banes au chœur. En conséquence , les juges saisirent le revenu du prieuré, tant pour la provision
adjugée aux religieux , que pour les arrérages, qu'ils fai-
saient remonter apparemment jusqu'au temps où la conventualité avait été abolie, Les choses en étaient venues à ce poin, lorsque M. de Fiesque répandit dans la par roisse le faction où il demandait justice. Cet éerit était de nature à produire une vive sensation, et à intéresser tous les cœurs en faveur de l'ancien euré de Ia paroisse. I y était représenté comme dépouillé du prieuré de Clisson, poursuivi par les religieux de Saint-Jovin, attaque
avait cessé d'être ocde Saint-Jovin , au é par M. Olier pére; res séculiers y avaient ervice divin. M. de nullité dans la perice, au lieu d’être ; eL ce qui donna à érité, ce fut l’entrex de Saint-Jovin : ils e Clisson , où deux \ effet, l'un avec ‘elle de sacristair ; el prieuré, comme s'il esque fit contre eux juges royaux , invités l'existence de là préir deux raisons qu'on ère fut que, en conque, dans son insliù il concluaient qu'il e la disposition des
puisqu'on y voyail des cellules, un renséquence , les juges U pour la provision arrérages, qu'ils faiau temps où la con- »s en étaient Ventes ‘épandit dans la pastice. Cet écrit était tion, et à intéresser curé de Ja paroisse.
‘ du prieuré de Clis- Saint-Jovin, attaque
PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIER. 517 encore par leur prétendu prieur, privé, enfin, de la cure Ge (1)Factum pour Saint-Sulpice, en vertu d'une permutation pleine de sur- RS DUR prise, de déguisementet de nullité (1). Aussi les ennemis se PA de M. Olier, munis de cette pièce si favorable à leurs des-
seins, ne gardèrent plus aucune mesure,
Les libertins ner bien haut , de tous côtés, la préterdue injustice dont et les femmes : : : e à Ÿ de mauvaise vie ils chargeaicnt le digne pasteur , il se forma contre lui une formentune au-
autre faction. Les libertins nt il était le fléau le plus tre faction conautre faction. Les , dont il était le fléau le plu re ME Olier,
Pendant qu'ils échauffaient les esprits, et faisaient son-
redoutable et le plus inflexible, trouvèrent la circonstance très-favorable pour se Yenger,etrésolurent sa perte. Il avait déjà banni de sa paroisse beaucoup de filles vendues au crime, qui y avaient multiplié les lieux de débauche ; miis il n'avait pu guérir tout le mal. Plusieurs de celles qui restaient encore , furieuses de se voir continuellement surveillées et poursuivies par l’homme de Dieu, firent aussi leur complot, et engagèrent dans la sédition, une multitude de laquais et de domestiques, tous disposés aux coups de main. Les émissaires des deux factions , quoique dirigés par des intérêts fort différents , après s'être enhardis muiuelle “ent durant plusieurs jours, en vinrent jusqu'à ameuter la populace, et à faire un seul parti de tous les mécontents. En moins d'une semaine, l'esprit de révolte s’accrut et se communiqua au point de former contre la personne de M.Olier, (2) Vie de M. Olier, par M.
de Bretonvilliers,
ger, et fut comme le prélude des barricades de la Fron- {id — Mémoir. Re de M. Baudrand, de (2). p. 21.
uue conjuration qui mit sa vie dans le plus grand dan-
Le jeudi après la Pentecôte, $ juin 1645, dès le ma- X. . ; at ! ' . La conjuranyt , ‘leans ù NN , À Un, un gentilhonme du duc d'Orléans, M. du Four, vint 'éctate. Le apprendre à M. Olier, qu'il se tramait une conjuration D est et . envahi.
contre lui (3); et une autre personne l'assura qu'une (3) Vie de M. Olier, ibid, t. 11.
voisine, avec dessein de se porter contre sa personne aux (#)-festations oi | | Ë autographes , D.
dernières violences (4). Il profita de ces avis, non pour 165.
troupe de gens armés s'étaient réunis dans une maison
écarter le coup, mais pour s'y préparer. Il se rendit l'église en surplis, selon sa coutume, et y célébra ensuite le saint sacrifice , s'offrant avec Notre-Seigneur, pour être immolé à la gloire de son Père , et se réjouissant de participer enfin à ce calic+, après lequel il avait si ardemment et si long-temps soupiré. Il était à peine rentré au presbytère , environ vers huit heures du mi- ‘in, qu'une troupe de factieux fondent en armes sur k (1) Vie de M. maison, avec un bruit et un tumulte qui mettent l'alarme Olier, par AM.
Leschassier, p. dans le quartier, et en criant qu'on faisait injustice an 20. Le FRE :
véritable titulaire de la cure (4). Aussitôt on ferme les portes de l'église de Saint-Sulpice, pour les empé- (2).uestations Cher de S$'v introduire ; quelques-uns y pénétrent néanau, ibid. + st x .
moins (2); les autres entrent dans le presbytère , qui est
bientôt investi par la populace. M. de Bretonvilliers, (3) Extraits de